« A cause des bruits de fusils, notre maman nous cachait dans la maison »

En 2018, des milliers de migrants, de nationalités diverses, vivants en Libye ont été contraints de fuir les violences et étaient arrivés au Niger à la recherche d’asile.

Par Islamane Abdou
Wicha
UNICEF/Niger/Islamane
02 février 2021

Dans la cour de l’école primaire Katanga de la ville d’Agadez, ce matin du mercredi, le thermomètre affiche 13° avec un vent trainant de la poussière sur son passage, ce qui ne décourage pourtant pas les enfants qui jouent avant le son de cloche qui marque le début des cours.

Une fois en classe, les élèves s’assoient à trois par table, chacun avec son masque, Covid-19 oblige. Dans la classe de CM1, pendant les cours, à chacune des interrogations de l’enseignante pour savoir si les enfants comprennent les cours, la première de la classe a toujours la main levée. Cette écolière, c’est Wichah, elle a 13 ans et est de nationalité Soudanaise. « Nous avons quitté notre pays à cause de la guerre, nous sommes partis en Libye, là-bas aussi on a quitté à cause de la guerre » nous dit-elle. Wichah et ses 4 frères et sœurs sont arrivés au Niger en 2018 sur initiative de leur maman. « En Libye, leur papa a été porté disparu, j’ai alors décidé de venir avec eux au Niger car on m’a dit que c’est plus paisible et pour qu’ils puissent aller à l’école. » nous confie Leyla, devenue chef de famille par la force des choses. 

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En 2018, des milliers de migrants, de nationalités diverses, vivants en Libye ont été contraints de fuir les violences et étaient arrivés au Niger à la recherche d’asile. Parmi eux, beaucoup sont des enfants qui se retrouvent avec les séquelles des violences et sans perspectives de scolarisation. Grâce au concours financier de plusieurs donateurs dont le Fonds Asile, Migration et Intégration (FAMI) de l'Union Européenne et le Ministère de l’Intérieur Italien, UK aid et le Comité français de l’UNICEF, le Bureau de l’UNICEF au Niger a lancé en 2020 à Agadez, un programme de renforcement de la réponse en protection et d’éducation au profit des enfants réfugiés et demandeurs d’asile, « ce projet matérialise l'appui de l'UNICEF au gouvernement nigérien dans sa décision de mettre en place un mécanisme unique de gestion du transit des demandeurs d'asile et des réfugiés. C’est aussi la réponse de l'UNICEF à une sollicitation de l’UNHCR aux fins de renforcer l'accès des mineurs à des services garantissant leurs droits à l'éducation et à la protection » précise Fidèle Marcos Kikan, spécialiste de la protection de l’enfant à l’UNICEF.

C’est à la suite des cours en classes passerelles, que 95 de ces enfants demandeurs d’asile dont l’âge est compris entre 4 et 17 ans ont pu bénéficier d’une inscription dans le système éducatif formel du Niger. Ils sont répartis dans cinq écoles de la ville d’Agadez qui suivent normalement des cours aux côtés des enfants de la population hôte.  « Dans mon école, j’ai eu de nouvelles amies nigériennes avec lesquelles j’étudie et joue. Ma meilleure amie est nigérienne. » affirme Wichah avec le sourire aux lèvres. 

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Lorsqu’elle n’a pas cours, elle et ses autres camarades de leur maison d’accueil, assistent à des séances de jeux à l’Espace Ami des Enfants sous le contrôle des travailleurs sociaux de INTERSOS, l’organisation non-gouvernementale en charge de la mise en œuvre du projet. « Ces séances d’appui psychosocial à travers des activités récréatives et socio-éducatives nous permettent d’aider à faire oublier aux enfants ce qu’ils ont vécu et aussi d’identifier ceux qui ont besoin d’un soutien particulier afin d’apporter les réponses adéquates » nous dit Ahmed Mahfouz, qui est responsable de ce projet à INTERSOS. « En Libye, on entendait beaucoup de bruits de fusils, notre maman nous cachait dans la maison. Mais ici, on fait même des sorties pour aller jouer ailleurs. » confie Wichah.

 

 

Wicha
UNICEF/Niger/Islamane
Wicha
UNICEF/Niger/Islamane

A ce jour, ce sont près de 400 enfants réfugiés et demandeurs d’asile qui ont bénéficié des services de protection et d’éducation à travers ce projet et ce dernier ne s’arrête pas là. Pour promouvoir la cohésion sociale et faciliter l'accueil et l'intégration, 94 enfants et adolescents issus de la communauté hôte d’Agadez bénéficient d’une formation professionnelle et les presque 2 000 élèves des cinq écoles partenaires accueillant les réfugiés et demandeurs d’asile ont profité de la construction ou la rénovation de classes, l’équipement en mobiliers et matériels scolaires y compris évidemment les dispositifs de prévention contre le Covid-19.

 

 

Wichah
UNICEF/Niger/Islamane
Wichah en compagnie de ses frères et soeurs et leur maman
Wichah
UNICEF/Niger/Islamane
Wichah en train de jouer au football