Unicef Home

Information
En bref

Un rapport révèle les «souffrances inimaginables» des femmes

Mardi 11 juin 1996 : Selon de nouvelles estimations, près de 600 000 femmes perdent chaque année la vie du fait d'une grossesse ou d'un accouchement, et pour chaque femme qui meurt ainsi, il y en a une trentaine d'autres qui souffrent d'infections, de lésions et de handicaps souvent douloureux, humiliants et débilitants.

C'est une «conspiration du silence ...une histoire de souffrances inimaginables», peut-on lire dans le dernier numéro du Progrès des nations, le rapport de l'UNICEF dans lequel les pays sont classés selon les progrès accomplis pour la santé, la nutrition et l'éducation de leurs enfants, ainsi que dans les domaines de la planification familiale et de la promotion des femmes.

«Il n'est pas exagéré d'affirmer que c'est la tragédie la plus négligée de notre époque, quand 1600 femmes—parfois des adolescentes—perdent chaque jour la vie du fait d'une grossesse ou d'un accouchement, alors que ces décès pourraient très souvent être évités», a déclaré Carol Bellamy, Directrice générale de l'UNICEF, lors d'une conférence de presse internationale tenue à Paris à l'occasion du lancement de cette publication annuelle.

Les estimations les plus récentes révèlent qu'en Afrique subsaharienne, 1 femme sur 13 meurt de complications liées à la maternité, le taux étant de 1 femme sur 35 en Asie centrale et du Sud, de 1 sur 3200 en Europe occidentale, de 1 sur 3300 aux États-Unis et de 1 sur 7300 au Canada.

Ces chiffres, qui ont été compilés par l'UNICEF, l'Organisation mondiale de la santé et l'Université Johns Hopkins, en prenant en compte davantage d'informations que les études précédentes, révèlent une augmentation de 20% par rapport aux estimations précédentes.

«L'UNICEF continuera à lutter pour que cette question figure parmi les priorités publiques et politiques», a déclaré Mme Bellamy, qui a également signalé que ces statistiques avaient des conséquences graves pour les enfants. Selon le rapport, les près de 600 000 femmes qui meurent chaque année laissent derrière elles au moins 1 million d'orphelins.

Les causes de décès les plus courantes pendant la grossesse et l'accouchement sont les hémorragies, qui tuent chaque année 140 000 jeunes femmes, les tentatives d'avortement sans aide médicale, responsables de 75 000 décès, la septicémie et l'obstruction du travail, qui font respectivement 100 000 et 40 000 victimes. Depuis 1990, 3 millions de femmes ont succombé à l'un ou plusieurs de ces problèmes de santé.

De plus, un quart des femmes des pays en développement souffrent toute leur vie de lésions douloureuses, humiliantes et débilitantes liées à la grossesse et à l'accouchement. La plus pénible est la fistule, une maladie dont 80 000 femmes seraient atteintes chaque année. La plupart restent sans traitement et, selon le rapport, le problème doit toucher actuellement entre 500 000 et un million de femmes au total.

Pour réduire les taux de mortalité et de morbidité maternelles, la première étape est de rompre le silence qui entoure ces problèmes, affirme l'UNICEF. Il faut donner accès aux services de planification familiale à tous eux qui en ont besoin; offrir des soins médicaux de bonne qualité avant, pendant et après la grossesse et assurer aux femmes une meilleure éducation et une nutrition plus équilibrée. Mais surtout, toutes les femmes enceintes devraient avoir accès à des soins obstétricaux de bonne qualité — les soins médicaux modernes qui ont amélioré le sort des femmes dans les pays industrialisés au début du siècle. Le rapport explique qu'au Royaume-Uni, par exemple, ce n'est qu'après 1930, au moment où les soins obstétricaux modernes ont commencé à s'attaquer aux dystocies, aux hémorragies et aux infections, que les décès maternels ont commencé leur diminution prononcée jusqu'aux niveaux actuels.

Selon la publication, garantir aux femmes des pays en développement un accès à des services obstétricaux décents ne coûterait pas cher. Il faudrait simplement donner aux médecins, aux infirmières et aux sages-femmes une formation de base peu onéreuse, ce qui garantirait à la majorité des femmes enceintes un accouchement sans danger.

«Vous n'avez pas besoin d'hôpitaux cinq étoiles», affirme le rapport. «Dans le monde en développement, des milliers d'hôpitaux pourraient, avec quelques perfectionnements, fournir des soins obstétricaux adéquats... [mais] beaucoup sont inutilisables faute des 100 dollars nécessaires à l'entretien — la réparation d'un appareil d'anesthésie, l'installation d'un éclairage approprié».

Malnutrition infantile

Le progrès des nations 1996 présente également sous un nouveau jour l'un des problèmes les plus anciens du monde en développement : la malnutrition infantile. Le rapport affirme que, contrairement à un mythe très répandu, le pourcentage d'enfants malnutris de moins de 5 ans est nettement plus élevé en Asie du Sud qu'en Afrique. C'est ainsi qu'à eux seuls trois pays d'Asie—le Bangladesh, l'Inde et le Pakistan—regroupent la moitié des enfants malnutris du monde et affichent des taux de malnutrition généralement deux fois plus élevés que ceux des pays d'Afrique subsaharienne les plus pauvres. Les taux nettement plus élevés de bébés souffrant d'insuffisance pondérale à la naissance, le statut généralement inférieur des femmes, une densité démographique beaucoup plus forte, une moins bonne hygiène et des pratiques d'allaitement et de sevrage moins satisfaisantes expliqueraient, selon l'UNICEF, les taux élevés de malnutrition affichés par l'Asie du Sud.

Pauvreté de l'enfant

Dans un chapitre sur les problèmes sociaux dans le monde industrialisé, Le progrès des nations 1996 se penche sur le problème de la pauvreté des enfants dans les pays du monde connaissant la plus grande réussite économique. (Les chiffres n'étaient pas disponibles pour la Fédération de Russie.) Ce sont les États-Unis, avec plus d'un enfant sur cinq au-dessous du seuil de pauvreté, qui affichent le nombre le plus élevé d'enfants pauvres dans ce groupe de pays. Quatre autres pays—l'Australie, le Canada, l'Irlande et Israël—enregistrent des taux de pauvreté chez les enfants supérieurs à 10%. Dans 11 des 18 pays concernés par l'enquête, les gouvernements ont pris des mesures de protection sociale qui réduisent de plus de 10% le nombre d'enfants vivant pauvrement. En France, par exemple, les mesures appliquées par le gouvernement font tomber la proportion d'enfants vivant au- dessous du seuil de pauvreté à 6,5%.

Cette étude comparative révèle que la Suède vient en tête pour l'alphabétisation, que le Japon affiche les taux les plus faibles de grossesse chez les adolescentes, que c'est en Finlande que l'on trouve le plus de jeunes qui fument à l'âge de 15 ans et que les enfants de la Fédération de Russie enregistrent des taux records d'accidents. Les taux les plus élevés de suicides chez les jeunes de 15 à 24 ans se rencontrent en Finlande, en Lettonie, en Lituanie, en Nouvelle-Zélande, dans la Fédération de Russie et en Slovénie.

La publication examine également la situation de l'aide dans les pays industrialisés, signalant qu'en 1994—la dernière année pour laquelle des chiffres étaient disponibles—l'aide au développement était à son point le plus bas depuis 20 ans. En termes de pourcentage du PNB, ce sont la Norvège, le Danemark, la Suède et les Pays-Bas qui viennent en tête. Les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, l'Irlande et l'Italie sont en queue de peloton.

En termes absolus, le Japon et les États-Unis sont les premiers donateurs. Avec la France et l'Allemagne, ces quatre pays fournissent près des deux tiers du montant total de l'aide mondiale. Par habitant, ce sont les Danois qui sont les plus généreux; par personne, les Canadiens donnent deux fois plus que les Américains, les Japonais le double des Britanniques, les Néerlandais deux fois plus que les Allemands.


Pour de plus amples informations, envoyez votre courrier électronique à media@unicef.org