Mariam , La Résiliente du Désert

Mariam est de ces femmes que la vie n’a pas épargné mais que le sourire habite toujours. D’une voix rauque - de celles qui ont trop vécu - elle raconte. Voici , sans filtre, son histoire.

UNICEF Mauritanie
Mariam , La Résiliente du Désert
UNICEF Mauritanie/A.Tamayo Alvarez/Bassikounou/2018
16 juillet 2018

« Mon âge ? Je ne le connais, je pense avoir 20 ans. Peut-être plus, peut-être moins. Je viens d’un village pas loin de Tombouctou. Petite, mon père nous a abandonné ma mère, mes frères et moi. Nous n’avions rien et j’étais contrainte de travailler. Je travaillais dans les champs. J’y passais la journée ! J’étais prête à tout pour pouvoir manger. Il m’arrivait souvent de ne rien manger durant toute une journée. Je ne me souviens pas bien de l’âge que j’avais mais je n’étais pas bien grande : je n’avais pas encore de seins, ils n’avaient pas encore poussé. (Rires)

Quelques années plus tard — je devais avoir 15 ans — ma mère m’a forcé à me marier avec ce vieux cousin maçon. Je ne l’aimais pas. Je ne voulais rien de lui et voulais m’en séparer. Mais mes sœurs me forçaient à rester en m’assénant de « C’est ton mari ».

Cet homme faisait ce qu’il voulait de moi et je ne pouvais pas refuser. Devoir conjugal ! Je suis finalement tombée enceinte de Zahra à qui j’ai donné le nom de ma sœur.

Au décès de ma mère, je pouvais enfin me libérer du joug de mon mari, je n’en pouvais plus. Je me refusais à lui et il a fini par me divorcer. Lorsque j’ai accouché, je me suis retrouvée seule.

sans mari.

sans mère.

sans famille.

Je n’étais qu’une enfant.

Mariem
UNICEF Mauritanie/A.Tamayo Alvarez/Bassikounou/2018

J’avais un tapis. Un tapis seulement. Je l’ai vendu pour pouvoir acheter du lait au bébé. Je ne pouvais pas l’allaiter, j’étais moi-même très faible.

Zahra a 4 ans aujourd’hui. Elle est restée au Mali avec la grande famille. Personne ne s’occupe d’elle. Elle n’a pas de vêtements et ma sœur me dit qu’on la frappe. Je veux aller la récupérer mais je n’en ai pas les moyens.

Quand j’étais petite, on m’a excisé. Ma mère m’a emmené sans prévenir chez une dame. J’etais enfant mais je n’oublierai jamais la douleur. On m’a coupé une partie de moi, on m’a tout enlevé. Quatre femmes sont venues et m’ont attrapé les pieds et les mains. Chacune un membre. Une autre femme s’est assise sur ma poitrine. Enfin , la plus vieille est venu pour me couper. Je sentais que la femme coupait , nettoyait le sang puis coupait de nouveau. Je sentais mon cœur sortir de ma poitrine. Je n’oublierai jamais. On m’a enlevé une partie de moi.

J’ai entendu dire que c’était interdit d’exciser les filles. Chez moi, c’est normal. C’est pour purifier la femme. Je veux le faire à Zahra , pour la purifier. Si on ne purifie pas la femme, elle n’ira pas au paradis.

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UNICEF Mauritanie/A.Tamayo Alvarez/Bassikounou/2018

Après mon divorce, j’ai connu l’amour. Je me suis mariée avec cet homme malgré la volonté de sa famille. Mais il m’a trahie alors on s’est séparés. J’étais déjà enceinte de mon fils Aziz.

Encore une fois seule.

Avec un enfant.

Et vulnérable.

Des hommes ont voulu profiter de ma vulnérabilité mais j’ai tenu à conserver ma dignité. J’ai donc quitté seule le Mali et suis venue à Bassikounou, en Mauritanie.

Ici, grâce aux projets de l’UNICEF, je me suis finalement senti protégée. Je pouvais louer une petite chambre pour 30 dollars. Quand j’ai donné naissance à mon fils, je l’ai appelé Aziz

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UNICEF Mauritanie/A.Tamayo Alvarez/Bassikounou/2018
Grand Aziz et Petit Aziz chez Mariam, Bassikounou

Chaque Samedi, le jour du grand marché à Bassikounou, je prends mon fils sur le dos et nous partons très tôt pour essayer de vendre un peu de riz et du thé. Il m’arrive de gagner quelques ouguiyas, il m’arrive aussi de revenir les mains vides.

Les autres jours de la semaine, je ne sais pas comment gagner ma vie. J’aimerais avoir un travail décent qui me permette de payer mon loyer et manger. J’aimerais tant avoir une petite étale au marché pour vendre le couscous que je prépare très bien !

Aziz tombe malade très souvent. Ils ont dit qu’il était malnutri. UNICEF l’a pris en charge dans le programme nutrition. Il prend son plumpynut tous les jours.

Mon plus grand rêve ? Que mon fils ne vive pas la même vie que la mienne. Et Zahra ! Récupérer Zahra ! ”

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UNICEF Mauritanie/A.Tamayo Alvarez/Bassikounou/2018

Mariam et Aziz sont bénéficiaires d’activités santé et nutrition mises en place par UNICEF et ses partenaires à Bassikounou. Mariam a également été identifié pour bénéficier d’une activité génératrice de revenu mise en place par l’UNICEF en partenariat avec l’ONG ESD et financée par la Commission Européenne (ECHO).