Soutenir et protéger les enfants de Gao

A Gao, grâce au soutien de l’UNICEF, le Centre de Transit et d’Orientation (CTO) du gouvernement malien offre une prise en charge holistique des enfants affectés par le conflit.

Julie Crenn
Youssouf passe le temps en jouant au CTO de Gao.
UNICEF MALI/2021/Crenn
18 mai 2021

Youssouf* a le regard morose. Voilà déjà un an que l’adolescent de 14 ans est pris en charge au CTO. « Tout ce que je souhaite c’est rentrer à la maison, retrouver ma maman, mes frères, ma soeur et mon père » glisse-t-il en soufflant. Le quotidien de Youssouf a basculé en mars 2020 lorsqu’il est blessé par balle à la jambe dans la région de Douentza. « J’étais au point d’eau avec les vaches et je suis tombé d’un coup, pendant que les animaux buvaient. Je n’ai rien senti. Après je me suis réveillé à Gao et je pensais que j’allais rentrer rapidement au village. » Malheureusement, la convalescence de Youssouf est prolongée de six mois en août 2020 lorsque sa blessure à la jambe se réouvre suite à une mauvaise chute.

« Nous souhaitons qu’il se rétablisse à 100 %. »

Ismail*, responsable du CTO.

Son état nécessitant des soins médicaux et psychosociaux adaptés le maintien alors loin de sa famille plus longtemps que prévu comme l’explique Ismail* le responsable du CTO : « Il vient d’une zone éloignée où même l’accès à l’eau est compliqué, ses fractures nécessitent le suivi d’un traumatologue et un centre de santé communautaire ne pourrait pas lui fournir les soins dont il a besoin. Nous souhaitons qu’il se rétablisse à 100% avant de pouvoir partir. »

Youssouf reçoit des soins infirmiers au CTO de Gao.
UNICEF MALI/2021/Crenn
Youssouf marche à Gao.
UNICEF MALI/2021/Crenn

Au Centre de Transit et d’Orientation de Gao un infirmier, un psychologue, trois animateurs et deux cuisinières se relaient pour assurer un suivi permanent des enfants, nuit et jour, sept jours sur sept. Enfants à mobilité transnationale, enfants issus des groupes armés, enfants non accompagnés, enfants en conflit avec la loi, le CTO accueille des mineurs aux parcours différents mais aux besoins semblables : « Tout ce que nous faisons est basé sur le principe de la protection de l’enfant, » insiste Ismail*. « Peu importe les causes de leur arrivée, notre objectif est qu’ils trouvent ici le cadre nécessaire pour surmonter leurs problèmes psychosociaux. »

Pour aider les enfants, le psychologue Ibrahim* utilise plusieurs techniques : « il y a une phase d’observation puis je fais des séances d’écoute individuelle. Parfois il est plus simple pour l’enfant de partager son histoire lors des thérapies de groupe où chacun prend la parole, pour d’autres cela passe par le dessin ou le jeu. » Des séances qui ont augmenté en période de COVID-19 : « A cause de la pandémie, les activités sportives et socio-culturelles ont été restreintes et nous avons multiplié les séances d’écoute en groupe ou individuelle » explique Ismail.

Le centre a été équipé en masques, gel hydroalcoolique, dispositifs lave-main et savons. « Nous avons été soutenu pendant cette période particulière et nous n’avons eu aucun cas de COVID ici au CTO » ajoute-t-il. En plus des conséquences sanitaires, la pandémie a perturbé les soutiens sociaux et familiaux des enfants et augmenté les vulnérabilités socioéconomiques des ménages. Dans ce contexte, les enfants et adolescents sont encore plus exposés à des risques de violences, d’exploitation et de séparation familiale. Le CTO de Gao permet aussi d’accueillir et apporter le soutien et protection nécessaires à ces enfants.

Des enfants jouent avec une animatrice du CTO.
UNICEF MALI/2021/Crenn

En avril 2021, le centre hébergeait 22 enfants, dont 10 filles, pour le plus grand plaisir de Youssouf : « je me suis fait beaucoup d’amis ici, certain sont partis mais j’aime m’assoir avec les autres, j’ai même appris le sonrhaï. » Bien qu’ils viennent d’horizons hétéroclites et parlent des langues différentes, les enfants arrivent à communiquer et à tisser des liens. « Ici parmi leurs pairs ils se sentent en sécurité » souligne Ibrahim. Fin avril, la bonne nouvelle est tombée : Youssouf va pouvoir retrouver sa famille. « Nous avons eu le feu vert du médecin et il va bientôt rentrer chez lui », détaille Ismail.

Depuis sa création en 2017, le centre de Gao a accueilli plus de 320 enfants vulnérables, toujours de façon transitoire car l’objectif reste que l’enfant puisse retrouver un cadre familial stable. Un travail d’identification, de recherche de liens familiaux et de réunification est mené pour chaque enfant, toujours avec pour objectif principal son bien-être. Dans le cas de Youssouf, le lien avec ses proches est maintenu par téléphone et son père a pu lui rendre visite deux fois. 

Grâce aux financements de la Suisse, du Canada, du CERF et de FCDO, le CTO offre une prise en charge holistique comprenant un suivi psychologique individualisé, un suivi médical et la participation à des causeries éducatives sur différentes thématiques, comme la culture de la paix, la tolérance et le vivre ensemble.


* Les noms ont été changé pour raison de protection.