Entre lueur et espoir: le Soutien Psychosocial, Tremplin de la Résilience pour les jeunes de Gao
Entre lueur et espoir : Le Soutien Psychosocial, Tremplin de la Résilience et de l'Emploi pour les jeunes de Gao
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Le coude posé sur la table, la main sous le menton, Abdrahamane est assis dans une salle où il attend ses pairs. Depuis plusieurs mois, il a pris l’habitude de participer à ce rendez-vous hebdomadaire pour écouter les discussions dans le cadre des activités de prise en charge psychosociale. Cet espace sécurisé pour les jeunes offre une lueur d’espoir dans un contexte marqué par les crises humanitaire et sécuritaire.
Alors que la température a baissé par rapport aux pics de chaleur habituels, Abdrahamane peut désormais marcher dans les rues de Gao, la ville qui l’a vu grandir. Âgé de 18 ans, il profite de sa jeunesse pour se rendre à pied sur le lieu de rencontre. Déterminé à changer sa vie, il fait toujours partie des premiers arrivants. « J’ai fermé mon atelier de menuiserie pour le reste de la journée. J’y fabrique des tables, des bancs, des meubles et des jouets pour enfants », explique-t-il.
« Grâce à l’UNICEF, j’ai obtenu un petit emploi dans la menuiserie. Nous avons été formés et sensibilisés aux bonnes pratiques pour un meilleur cadre de vie, sans stress », ajoute-t-il.
Au plus fort de la crise humanitaire et sécuritaire à Gao et dans les autres régions du nord, Abdrahamane, malgré son jeune âge, garde en mémoire certains moments douloureux qu’il a dû traverser, comme beaucoup d’autres jeunes de son âge. Des scènes de stress et de traumatisme ont marqué une partie de sa jeunesse. « J’avais moins de dix ans lorsque nous devions rester enfermés à la maison parce qu’il y avait des affrontements armés en ville. Certains jours, on entendait des détonations ou des crépitements d’armes », se souvient le jeune homme, loin d’être le seul à avoir vécu de telles épreuves liées à l’insécurité.
C’est aussi le cas de Youssouf Maïga, 27 ans, président de l’association des handicapés physiques Gorey Ben, qui signifie « plus le temps de s’asseoir ». Youssouf participe également aux séances de sensibilisation psychosociale dans le quartier Château. Se retrouver parmi 24 autres participants à ces sessions d’accompagnement est pour lui un privilège et une occasion d’échanges et de convivialité entre pairs. « J’ai bien assimilé la formation. La formatrice est compétente et elle a le don de partager ses connaissances avec nous. J’ai acquis des compétences en communication efficace, en partage d’informations fiables, en prise de décisions éclairées, et j’ai appris à mieux connaître mes capacités », raconte-t-il.
À Bagoundjé, à 15 kilomètres de la ville de Gao, des rencontres similaires entre jeunes sont organisées. La formatrice Salamata Saliou, 34 ans, anime les discussions et donne à chaque participant la possibilité d’exprimer son point de vue sur les sujets abordés.
« Nous parlons de compétences psychosociales : Avoir conscience de ses capacités, savoir gérer son stress, faire preuve d’empathie envers les autres, communiquer efficacement et prendre de bonnes décisions », explique Salamata Saliou. Selon elle, ces discussions aident les jeunes confrontés à des défis qu’ils ont honte ou peur d’aborder en famille à prendre de meilleures décisions. « Nous leur conseillons d’éviter les mauvaises fréquentations et de ne pas toucher aux stupéfiants qui peuvent détruire leur vie, entre autres », poursuit-elle.
« Un chemin sûr vers la résilience des communautés », peut-on lire sur les affiches lors des sessions d’accompagnement psychosocial des parents, des jeunes et des adolescents.
L’UNICEF et son partenaire de mise en œuvre, l’ONG Nouveaux horizons (NOHO), organisent ces séances de sensibilisation dans le cadre de la composante 3 du projet PAFEEM, initié par le Gouvernement du Mali et financé par la Banque mondiale. L’objectif est d’apporter un appui psychosocial aux jeunes et adolescents affectés par la crise humanitaire et sécuritaire dans les régions du nord et du centre. « Les activités psychosociales s’adressent prioritairement aux adolescents et aux jeunes, ainsi qu’aux parents et membres de la communauté. Dans le cadre du PAFEEM, près de 60 activités de soutien psychosocial de groupe ou individuelles ont été organisées dans différentes communes des régions de Gao et de Kidal. Ces sessions ont bénéficié à plus de 1 750 jeunes, dont près de 900 adolescentes », rapporte Boulkassoum Cissé, Spécialiste de la protection de l’enfance au bureau de l’UNICEF à Gao.
Grâce au vivier d’assistants psychosociaux formés dans la région de Gao, l’UNICEF organise ces séances de sensibilisation en partenariat avec l’ONG NOHO, dans le cadre de la composante 3 du PAFEEM.
Plusieurs jeunes participent à différents volets du PAFEEM. Abdrahamane et Agaïchatou ont tous deux bénéficié du volet des activités génératrices de revenus (AGR). Pendant qu’Abdrahamane fabriquait des meubles dans son quartier Château à Gao, Agaïchatou gérait son restaurant à Bagoundjé. Le point commun entre eux : leur participation aux sessions de prise en charge psychosociale. Chacun se bat et avance à sa manière, grâce à l’appui du PAFEEM.
Depuis 2012, le Mali traverse un contexte politico-sécuritaire dont les effets continuent de peser sur la situation économique du pays et pourraient à terme freiner la mise en œuvre des politiques publiques. Face à ce constat, le Gouvernement a pris plusieurs initiatives, dont la mise en place du Projet de Promotion de l’Accès au Financement, à l’Entreprenariat et à l’Emploi au Mali (PAFEEM). Ce projet vise à soutenir les efforts du Gouvernement malien pour relever les défis de l’inclusion financière, du financement des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME) et de la création d’emplois. Cet objectif est en parfaite cohérence avec la Stratégie Nationale pour l’émergence et le Développement Durable (SNEDD 2024–2033), qui met en œuvre la vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bÉ›n san 2063 ma », conformément à son axe 3 : « Transformation structurelle de l’économie et croissance ». Les activités du PAFEEM s’articulent autour de cinq Composantes, dont la Composante 3 : Appuyer les Activités Génératrices de Revenus (AGR) et la création d’emplois, mise en œuvre avec l’appui opérationnel du Fonds des Nations Unies Pour l’Enfance (UNICEF).