De l'accouchement à domicile au centre de santé: les "Mamans Lumières"changent la donne à Bagoundjié

De l'accouchement à domicile au centre de santé: les "Mamans Lumières"changent la donne à Bagoundjié

UNICEF Mali
De l'accouchement à domicile au centre de santé: les "Mamans Lumières"changent la donne à Bagoundjié
UNICEF/UNI868018/Dicko
07 novembre 2025

Les cris innocents des nourrissons résonnent dans le profond silence des mamans. Une boîte à images, une assistance composée d’hommes et de femmes en majorité de jeunes mamans et une voix imposante anime une séance sur les pratiques familiales essentielles (PFE). 

Cette voix est celle de Farimata Abdoulaye, une « maman Yeleen », ou « maman lumière », qui éclaire le chemin des autres. Elle est aussi un relais communautaire travaillant pour le Centre de Santé Communautaire (CSCOM) de son village, Bagoundjé, situé dans la région de Gao.

« Je travaille comme volontaire pour ma localité et pour ma commune. Nous sensibilisons les femmes et les incitons à effectuer les pesées dans les CSCOM », explique Farimata Abdoulaye. 

À Bagoundjé, dans la ville de Gao, au nord du Mali, en août 2025, Farimata Abdoulaye, 65 ans, maman Yeleen et relais communautaire volontaire, sensibilise les mamans au centre de santé.
UNICEF/UNI868021/Mounkoro
À Bagoundjé, dans la ville de Gao, au nord du Mali, en août 2025, Farimata Abdoulaye, 65 ans, maman Yeleen et relais communautaire volontaire, sensibilise les mamans au centre de santé.
UNICEF/UNI868019/Mounkoro

À 65 ans, elle trouve toujours du plaisir à servir sa communauté. Pour elle, c’est un devoir de contribuer au développement local par des actions positives.

« Autrefois, quand il n’y avait ni centre de santé ni agents relais, les femmes accouchaient à domicile et le taux de mortalité était très élevé. Elles ne faisaient aucune visite prénatale ni postnatale, et Les enfants n’étaient pas pesés. Beaucoup ne possédaient pas d’acte de naissance, ce qui causait de grandes difficultés au moment de l’inscription à l’école », se souvient Farimata. Comme elle, tous les relais communautaires souhaitent voir diminuer la mortalité infantile — un objectif qui passe par la diffusion des bons messages auprès des mamans. 

De l’ombre à la lumière

Fatoumata Abdrahamane, habitante de Bagoundjé, participe régulièrement aux séances de sensibilisation animées par les relais communautaires. « Avant, nous n’avions pas toutes ces informations », témoigne-t-elle.

« Dès le premier mois de grossesse, il faut effectuer les pesées, et pour l’accouchement, il est préférable d’aller au centre de santé, car à domicile, il peut y avoir des complications. Le centre est sûr et bien équipé », confie-t-elle. Lors des échanges avec Farimata et ses collègues, Fatoumata se sent à l’aise pour poser des questions et mieux comprendre les comportements à adopter en tant que maman.

À Bagoundjé, un quartier de Gao, au nord du Mali, en août 2025, Bibata Idrissa Maiga, 37 ans et Farimata Abdoulaye, 65 ans, toutes deux mamans yeleen, s’engagent pour la santé communautaire
UNICEF/UNI868025/Dicko

Aïchata, également de Bagoundjé, confirme les propos de Farimata sur l’importance de ces séances :

« Nous remercions l’UNICEF, qui a fait de son mieux. Les relais sont bien formés et viennent à leur tournous sensibiliser », dit-elle, ajoutant qu’elle se sent désormais mieux outillée en matière de pratiques familiales essentielles. « J’ai beaucoup appris sur la grossesse grâce à ces séances. Quand on est enceinte, il faut aller à l’hôpital, puis y retourner un mois plus tard pour la consultation. Si la grossesse est confirmée, il faut se faire peser et se faire vacciner pour préserver sa santé, car la santé est primordiale », explique-t-elle, avant de conclure : « Il faut aussi établir les extraits de naissance des enfants, car sans acte de naissance, un enfant n’a pas d’identité, n’existe pas et devient apatride dans son propre pays. »

À Bagoundjé, dans la ville de Gao, au nord du Mali, en août 2025, Farimata Abdoulaye, 65 ans, maman Yeleen et relais communautaire volontaire, sensibilise les mamans au centre de santé.
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Des changements notables

Après une séance de sensibilisation, Farimata rentre chez elle, quitte sa tenue de Maman Yeleen et range sa boîte à images, qu’elle reprendra quelques jours plus tard pour une nouvelle rencontre. Avant de reprendre ses activités quotidiennes, elle adresse un dernier message de satisfaction et d’encouragement, invitant surtout les jeunes mamans à bien appliquer les conseils prodigués.

« Aujourd’hui, la situation a changé. Les actions que nous menons apportent beaucoup d’avantages. Les femmes se rendent aux CSCOM, elles font la pesée, utilisent les moustiquaires, les enfants ont leurs extraits de naissance, et bien d’autres choses. Il y a eu beaucoup de changements, grâce à Dieu », se félicite Farimata, la “Maman Yeleen”.

Elle remercie les partenaires, les ONG et toutes les personnes qui accompagnent sa communauté, citant notamment la population locale, le Gouvernement du Mali initiateur du PAFEEM, l’UNICEF, les ONG partenaires comme CIAUD, ainsi que la banque mondiale pour son appui financier. « Nous sommes satisfaits de cette initiative du Gouvernement du Mali et du soutien des partenaires, et nous en demandons encore davantage pour le bonheur de toute la communauté », lance Farimata.

À Bagoundjé, un quartier de Gao, au nord du Mali, en août 2025, Farimata Abdoulaye, 65 ans, maman Yeleen dévouée, s’engage auprès des familles pour la santé des mères et des enfants.
UNICEF/UNI868028/Dicko

Ces séances de sensibilisation, organisées dans le cadre du projet de Promotion de l’Accès au Financement, à l’Entrepreneuriat et à l’Emploi au Mali (PAFEEM), contribuent au bien-être des femmes — en particulier des jeunes mamans — en leur transmettant les bonnes pratiques pour mieux s’occuper de leurs enfants. Grâce au travail des relais communautaires, les femmes de Bagoundjé intègrent désormais les consultations prénatales et postnatales dans leur quotidien, ce qui contribue à réduire la mortalité infantile.

Le PAFEEM, qui vise à favoriser l’inclusion financière et à soutenir l’emploi des jeunes et des femmes, devient ainsi un outil de promotion du bien-être et de la cohésion sociale. Il intègre les Pratiques Familiales Essentielles dans ses activités communautaires, notamment à travers des séances de sensibilisation sur la santé, la nutrition, l’hygiène et la protection de l’enfant. Ce lien entre les PFE et le PAFEEM renforce la capacité des familles à accompagner le développement des jeunes tout en favorisant un environnement propice à la résilience et à la cohésion sociale. 

Depuis 2012, le Mali traverse un contexte politico-sécuritaire difficile, dont les effets continuent de peser sur la situation économique du pays et peuvent influencer la mise en œuvre des politiques publiques. Face à ce constat, le Gouvernement a pris plusieurs initiatives, dont la création du PAFEEM, qui vise à soutenir les efforts nationaux pour relever les défis de l’inclusion financière, du financement des Micro, Petites et Moyennes Entreprises (MPME) et de la création d’emplois.

Cet objectif s’inscrit pleinement dans la Stratégie Nationale pour l’Émergence et le Développement Durable (SNEDD 2024-2033), qui met en œuvre la vision « Mali Kura É²É›taasira ka bÉ›n san 2063 ma », conformément à son axe 3 : “Transformation structurelle de l’économie et croissance”. Les activités du PAFEEM s’articulent autour de cinq composantes, dont la Composante 3 : “Appuyer les Activités Génératrices de Revenus (AGR) et la création d’emploi”, mise en œuvre avec l’appui opérationnel de l’UNICEF.