17 mai 2024

Le rôle de l’Afrique dans la réalisation d’une nouvelle victoire historique pour l’humanité en matière de santé.

 La maladie de la variole était autrefois inévitable. Cependant, grâce au pouvoir de sauver des vies que détiennent les vaccins et à la collaboration mondiale, des décennies se sont écoulées depuis l’apparition du dernier cas. En effet, les agents de santé, les membres des communautés locales et les dirigeants mondiaux ont unis leurs efforts pour éradiquer la variole de manière permanente.Peu après cet exploit historique, le monde a dirigé son attention sur l’éradication de la polio, une autre maladie invalidante et évitable qui attaque le système nerveux et qui peut provoquer une paralysie à vie, voire la mort. Grâce aux vaccins, au dévouement des travailleurs de la santé et à des décennies de collaboration mondiale, les cas de polio sauvage ont chuté de 99,9 %, et 20 millions de personnes marchent aujourd'hui, qui auraient sinon été paralysées par le virus.La vaccination est l’une des interventions de santé publique les plus efficaces et les plus rentables. Cette année marque le 50ème   anniversaire du Programme Élargi de Vaccination (PEV) qui a pour rôle de mettre en œuvre le calendrier de vaccination de routine élaboré en 1974 par l’Organisation Mondiale de la Santé et ainsi de protéger le plus grand nombre d’enfants contre les virus les plus courants, y compris la polio. De nouvelles données publiées dans The Lancet révèlent que les efforts mondiaux en matière de vaccination ont sauvé environ 154 millions de vies au cours des 50 dernières années et ont contribué à réduire la mortalité infantile de plus de 50 % en Afrique.Cependant, marquer l’histoire n’est jamais facile. Malgré des décennies de dévouement et de leadership de la part des ministres africains de la santé et d’autres dirigeants gouvernementaux, il reste difficile de vacciner tous les enfants contre la polio. Les perturbations liées au COVID-19 ont entraîné le plus grand recul en matière de vaccination qui ait été observé au cours des trois dernières décennies : les systèmes de santé ont été débordés par la situation de pandémie et les ressources ont été canalisées vers d’autres besoins, laissant les plus vulnérables sans protection.Les conséquences de ce recul ont été graves. En 2022, le Malawi, suivi du Mozambique, ont signalé les premiers cas de poliovirus sauvage en Afrique depuis plus de cinq ans, importés de l’étranger. De plus, en raison de la baisse de la couverture vaccinale, 15 pays de la région, depuis 2021, s’efforcent de mettre fin aux épidémies de polio liées à une variante du virus.Une bonne couverture vaccinale de routine est essentielle pour éradiquer la polio. En Afrique orientale et australe, 4,6 millions d’enfants n’ont pas bénéficié de la vaccination de routine pendant la pandémie. Par exemple, plus de 977 000 enfants à Madagascar et 1,3 million d’enfants en Somalie n’ont pas reçu une seule dose de vaccin entre 2020 et 2022.L’éradication de la polio nécessite une couverture vaccinale d’au moins 95% afin d’arrêter la circulation du virus ainsi qu’une forte vaccination de routine pour prévenir de nouvelles infections. Malgré les efforts déployés pour augmenter les taux de vaccination, les mêmes enfants continuent d'être oubliés. Ces enfants "zéro dose", qui n’ont jamais été vaccinés, vivent souvent dans les zones les plus difficiles d’accès, ce qui les expose à des risques de maladie ou même de décès dus à des maladies évitables telles que la rougeole et la polio.Nous venons de rentrer de Madagascar, où il y a plus d’un million d’enfants "zéro dose" entre deux et cinq ans. Les données du ministère de la Santé Publique indiquent que dans 22 des 23 régions du pays, moins de 50% des enfants ont reçu leur première dose de vaccin contre la polio à la naissance. Nous avons été réconfortés d’entendre les dirigeants et le personnel de santé parler de leurs efforts actuels pour protéger davantage d’enfants contre les maladies infectieuses. Sous la conduite du gouvernement, nous pouvons soutenir ces actions pour donner la priorité à la vaccination de routine dans le système de soins de santé primaires du pays. Il s’agit en effet d’intensifier d’urgence les efforts en vue de combler ces lacunes immunitaires extrêmement préoccupantes.Il reste beaucoup à faire pour renforcer les systèmes de santé à Madagascar et dans toute la région afin que nous puissions protéger chaque enfant contre les maladies évitables par la vaccination. Les besoins sont complexes et énormes, mais pour surmonter ces défis, une seule chose est nécessaire: la volonté politique. On nous rappelle régulièrement que « les vaccins ne sauvent pas de vies ; la vaccination sauve des vies ». Pour que la vaccination se concrétise, il est essentiel que les dirigeants du continent restent déterminés à investir dans leurs systèmes de santé et en particulier dans les vaccins, et à manifester publiquement leur soutien à la vaccination contre la polio et à la vaccination de routine plus largement. Un engagement continu avec les agents de santé communautaires et les dirigeants communautaires s’avère également crucial pour atteindre des taux élevés de vaccination, même chez les enfants les plus vulnérables.Le monde a une chance historique de mettre définitivement fin à la polio, mais si nous ne restons pas engagés, le virus pourrait rapidement faire un retour et paralyser à nouveau des milliers d’enfants chaque année. L’éradication peut sembler à portée de main, mais pour ce faire, nous — les gouvernements, les partenaires et les donateurs — devrons intervenir fermement et avec urgence afin de franchir ce cap. Nous l’avons fait pour la variole, et nous pouvons encore le faire — c’est humainement possible.