Voyage retour aux sources des données

Derrière chaque statistique, il y a des familles et des vies humaines

Sitraka ANDRINIVO
Sougra Banou Banou Myriam Issa, agent de santé, s'occupe d'un enfant atteint de malnutrition aiguë sévère au centre de santé Maroalipoty (sud de Madagascar)
UNICEF/UNI209769/Ralaivita

17 décembre 2019

Taux, pourcentages, graphes et courbes multicolores, … que ce soit dans les médias ou tout autour de nous, il n’est pas rare de rencontrer régulièrement données et statistiques pour illustrer des sujets joyeux ou plus graves.  Au contraire. C’est, par exemple, ce qu’on retrouve dans les 10 pages de ce bulletin qui relate la situation nutritionnelle dans huit districts du Sud de Madagascar, identifiés comme vulnérables à l’insécurité alimentaires.

Mais vous êtes-vous déjà demandé comment la taille du bras du jeune Manamiasy a pu contribuer aux données qui vont éclairer les décisions nationales, régionales et des districts ?

Les statistiques commencent leur voyage à pied

Croyez-le ou non, tout commence par un long voyage à pied. Tous les trois mois, des agents communautaires parcourent inlassablement chaque fokontany dans les districts d’Amboasary, Ambovombe, Ampanihy, Bekily, Beloha, Betioky, Tolagnaro et Tsihombe. Ils parcourent chaque foyer, dans chaque village, afin d’examiner chaque enfant.  

Au total, ce sont plus de 300.000 enfants, entre 6 et 59 mois, qui sont dépistés, un par un, fokontany par fokontany. Les agents communautaires (AC) mesurent la grosseur (circonférence) de leurs bras et vont consigner les informations sur une fiche en papier.  En tout, un agent communautaire peut ainsi parcourir plusieurs kilomètres à pieds, chaque jour durant une semaine pour recenser et mesurer tous les enfants dans sa zone. C’est un travail qui demande beaucoup de dévouement et un véritable engagement.  « Le bon côté de ce travail, c’est que où qu’on aille dans ces villages nous sommes toujours très bien accueillis car les familles savent que nous sommes là pour leur bien » confie Jose, qui travaille dans les villages autour d’Ankilikira à Ambovombe.

les familles savent que nous sommes là pour leur bien

José, Agent Communautaire

Après parfois plus de 5 jours à arpenter chaque  sous-quartier du village, les agents communautaires regroupent leurs données auprès du Centre de Santé de Base. Déballer les paquets, décrypter l’écriture, réécrire les informations au stylo.  Là où l’électricité est souvent un luxe, inutile de dire que la saisie électronique n’est pas forcément la solution la plus aisée. L’informatique intervient au niveau du Service de Santé de District, ou des équipes formées vont vérifier et saisir la compilation des informations et l’envoyer électroniquement aux équipes centrales du Ministère de la Santé, de l’Office Nationale de Nutrition et de l’UNICEF. C’est enfin là que tout cet amas d’information va pouvoir être organisé et devenir les statistiques tel qu’on les retrouve dans bulletins d’information.

Des chiffres, mais pourquoi faire ?

C’est grâce aux statistiques que les décideurs peuvent prendre les bonnes décisions, avec moins de risque d’erreur de jugement. Surtout pour que les ressources disponibles soient allouées pour soutenir ceux qui en auraient le plus besoin.

Concrètement, c’est par exemple en connaissant le nombre exact d’enfant atteints de malnutrition aigüe dans un district qu’il est possible de savoir quel district a besoin de plus de plumpy nut, et de combien il a exactement besoin ou encore pour aider les autorités du district à décider s’ils doivent ajouter des équipes mobiles pour rejoindre ces zones. Avec le Système de Surveillance Nutritionnel (SSN), appuyé par plusieurs partenaires comme le Gouvernement Princier de Monaco, il est même possible d’avoir des informations à un niveau plus profond, par commune.  Ainsi, lorsqu’une réponse est mise en œuvre dans le district d’Ambovombe, on sait exactement que parmi les 21 communes du district, il y a 12 communes en situation « d’urgence nutritionnelle » à prioriser, 4 en « alerte nutritionnel », et 5 ou la situation est sous contrôle. Cela permettra de prévoir avec plus ou moins de précision les ressources nécessaires dans chaque commune.

Défini et testé en 2017, le Système de Surveillance Nutritionnel est une initiative des membres du cluster (groupe de travail) nutrition de Madagascar, dont l’UNICEF fait partie. Le système est, depuis le début de l’année 2018, mis en œuvre dans 8 districts identifiés comme vulnérables à l’insécurité alimentaires. Avec cette nouvelle approche, plus exhaustive et pourtant plus économique, une réponse plus appropriée peut être apportée au plus près de chaque enfant en besoin. Et tout cela, grâce au dévouement d’agents communautaires, comme José, qui chaque jour se consacrent pour le bien-être de chaque enfant dans leurs communautés.