Une réponse sur plusieurs fronts à une urgence complexe dans le sud de Madagascar

Une analyse de la malnutrition des enfants dans la région montre que plus de 300,000 enfants sont à risque dans les mois à venir, dont environ 60,000 enfants souffrant de malnutrition sévère.

Abela Ralaivita
Sambeirake, 20 ans, regardant son bébé de quatre jours Mananantsoa dans sa maison, dans le sud de Madagascar.
UNICEF/UN0595854/Andrianantenaina
13 mars 2022

Au village d’Andranotsiriry qui se trouve à 20km de la ville d’Ambovombe, docteur Raymondine dirige l’équipe mobile pour soigner les enfants vivant dans les zones enclavées et reculées. Elle est appuyée par un autre agent de santé qui effectue le dépistage et la prise en charge de la malnutrition chez les enfants. Ce jour-là, Lohambosie est venue avec sa fille Jessica, huit mois, et six autres enfants du village en marchant pendant trente minutes. Le périmètre brachial de Jessica se situe dans la zone avec une couleur jaune : elle est atteinte de la malnutrition aigüe avec une forme modérée, causée par le manque de nourriture. « Je suis agent communautaire et mon rôle est d’emmener les enfants malades et malnutris auprès des services de santé. Malheureusement, ma fille en fait partie », témoigne-t-elle, inquiète sur l’état de santé de son enfant qui recevra le traitement adéquat au site communautaire de son village.

Lohambosie venue avec sa fille pour se faire dépister de la malnutrition
UNICEF/UN0595888/Andrianantenaina
Un champ de mais détruit par la sècheresse et le « Tiomena »
UNICEF/UN0595863/Andrianantenaina

Le sud de Madagascar continue de connaître sa pire sécheresse depuis 40 ans, laissant une partie de la population lutter pour sa survie. Des années de sécheresse sévère consécutives ont anéanti les récoltes et entravé l'accès à la nourriture. Malgré les interventions en cours, l'insécurité alimentaire dans le Grand Sud et le Grand Sud-Est de Madagascar reste élevée, avec 1,64 million de personnes classées en Crise ou en Urgence, correspondant à 37% de la population analysée. De plus, le vent du sud appelé « Tiomena » similaire à une tempête de sable continue de compliquer la vie de la population.   

Lutter ensemble contre la malnutrition

En 2021, environ 60,000 enfants ont été traités de la malnutrition aigüe sévère. Un enfant sur trois sur ces cas a été soigné par les équipes mobiles comme celle conduite par Docteur Raymondine, grâce aux aliments thérapeutiques prêts à l’emploi fournis par l’UNICEF. Afin de connaitre le statut nutritionnel des enfants dans le sud, les agents de santé et les agents communautaires effectuent un dépistage mensuel d’environ 130,000 enfants. Les parents ont même été formés et ont reçu des bracelets de mesure du périmètre du bras afin qu’il puisse détecter la malnutrition chez leur enfant.  

Langesa, 42 ans, agricultrice et mère de 12 enfants, fait partie de ces parents qui ont bénéficié de cette formation. « Grâce au bracelet, je peux maintenant détecter d’une manière assez tôt la malnutrition chez mes enfants. Je propose même mon aide aux autres parents du village qui n’ont pas encore reçu de bracelet », explique-t-elle.  

Un enfant mangeant l’aliment thérapeutique prêt à l’emploi au centre de santé
UNICEF/UN0496738/Andrianantenaina
Portrait de Langesa, 42 ans
UNICEF/UN0595913/Andrianantenaina

L’eau, un élément crucial

Le passage des cyclones Batsirai et Emnati en février 2022 a augmenté la réserve souterraine de la rivière Mandrare au niveau de laquelle des milliers de personnes aux alentours de la ville Amboasary s’approvisionnent en eau. Il en est de même dans les autres localités de la région d’Androy, ce qui a fait renaitre un brin d’espoir pour les communautés en majorité composées d’agriculteurs. 

Du côté du village d’Ehavo situé à 20km d’Ambovombe, les légumes poussent grâce au système d’usage multiple de l’eau. Une adduction d’eau effectuée par l’UNICEF et ses partenaires en 2020 et qui permet à la fois de donner de l’eau potable à la population mais en même temps de faire prospérer l’agriculture. Vatsaonjoe, 56 ans fait partie des 600 personnes du village bénéficiant de ce privilège. « La quantité d’eau que produise ce système est suffisante pour la consommation et l’agriculture pratiqué par les membres de notre association villageoise », témoigne avec soulagement Vatsanjoe. Les élèves de l’école primaire publique d’Ehavo peuvent désormais se laver régulièrement les mains et éviter les maladies en gardant une bonne hygiène.

Vatsaonjoe cultivant la terre dans le jardin potager du village d’Ehavo
UNICEF/UN0599410/Andrianantenaina
Vatsaonjoe cultivant la terre dans le jardin potager du village d’Ehavo
Persia recevant les médicaments de son fils au centre de santé
UNICEF/UN0595856/Andrianantenaina
Persia recevant les médicaments de son fils au centre de santé

La lutte contre la malnutrition dans le sud de Madagascar nécessite des interventions multiples et l’implication de tous.  En 2021, 35,000 personnes dont 22,500 enfants ont bénéficié du transfert monétaire mensuel versé au plus vulnérable. Persia (20 ans) et son fils Claudio (23 mois) qui avait la toux ont pu acheter des médicaments et de la nourriture grâce cette subvention. L’UNICEF et ses partenaires ne lâchent rien et continuent d’accélérer les réponses d’urgences pour renforcer la résilience de la population et afin que chaque enfant du sud de Madagascar puisse jouir de son droit au bon développement.