Mahery, la force d’un petit homme sur le chemin du rétablissement

A 8ans, Mahery a été contraint de quitter sa demeure il y a six mois car sa mère lui faisait subir fréquemment des violences physiques

Abela RALAIVITA
Mahery est debout à l'entrée du centre CDEF Collectif pour les droits de l'enfant et de la famille
UNICEF/UN0285182/Ralaivita
01 mars 2019

Mahery, 8 ans, est originaire d’un village du sud de Madagascar. Il a grandi avec sa grand-mère, car sa mère biologique a déménagé à Mahajanga avec un homme qui n’était pas son père. C'était sa grand-mère qui s'était toujours occupée de lui. Il y a 7 mois, sa grand-mère lui a envoyée rejoindre sa mère à Mahajanga puisqu’elle avait espéré que là-bas il pouvait étudier à l’école. C'est là que commence son calvaire. Sa mère lui faisait subir des violences physiques, ou elle l'emmenait au bar du coin pour qu'il puisse l'aider dans son travail de serveuse. 

Mahery ne savait pas à quoi ressemblait une école. Sa vie quotidienne était limitée à la cuisine, le marché et la borne fontaine à laquelle il s'approvisionnait en eau, chaque jour. Malgré son jeune âge et sa petite taille, Mahery exécutait parfaitement les tâches que lui confiait sa mère. D'après l'entourage, c'est un "super petit homme". Pourtant, lorsque sa mère était de mauvaise humeur, elle le frappait violemment à coups de balai - des violences qui se sont multipliées au fil des semaines. 

Mahery appelle sa mère "grande soeur". “A l’époque, ma grande sœur était enceinte. Elle adorait les achards et je devais lui en acheter tous les jours. Toutefois, elle trouvait toujours un prétexte pour me frapper quand je rentrais à la maison”, explique le petit homme.

Mahery a pu en être sorti car la communauté a pris ses responsabilités

Grâce à la communauté, qui a pris ses responsabilités, Mahery a pu être arraché à ces circonstances. Au mois d'août dernier, sa mère l'avait enfermé dans la maison. Après l'avoir frappé plusieurs fois, elle était partie et n'était revenue que le lendemain. Ayant entendu les cris de l'enfant, les voisins du quartier ont défoncé la porte et trouvé l'enfant qui souffrait de multiples blessures. Les intervenants sociaux l'ont immédiatement transporté au centre d'accueil d'urgence, gère par l’association “Collectif des droits de l’enfant et de la famille (CDEF)” où Mahery a reçu des soins médicaux, avant de trouver un refuge. 

A Madagascar, un nombre important d'enfants est victime de violences au quotidien. Comme Mahery, près de 9 enfants sur 10 déclarent avoir été victimes de châtiments corporels au sein de leur famille. Le Ministère de la Population, l'UNICEF et d'autres acteurs de la Protection pour l'enfance travaillent ensemble pour mettre en place un système fonctionnel capable de prévenir et de combattre la violence à l'encontre des enfants. Le Réseau de Protection de l’Enfant (RPE), dont le CDEF fait partie, est un élément essentiel de ce système. Le RPE regroupe plusieurs entités notamment différents ministères, la gendarmerie et la police, le tribunal, les centres de prise en charge, et d’autres associations qui travaillent dans plusieurs domaines mais qui ont créé une remarquable synergie afin de protéger les enfants.

UNICEF Madagascar

Grâce à ce système, le cas de Mahery a pu être signalé, référencé et il a pu bénéficier d’une prise en charge médicale, psychosociale et judiciaire. En effet, la justice a été saisie et le CDEF essaie de trouver la meilleure solution pour lui, soit de rejoindre sa grand-mère dans le sud, soit de vivre avec sa mère, avec un accompagnement psycho-social étroit. Entre-temps, il reste au centre d’accueil géré par le CDEF, où il bénéficie d’un toit, un lit, de repas chauds, des cours d’alphabetisation, et où il peut s'amuser et communiquer avec d’autres enfants. Mahery a retrouvé le sourire mais le chemin est encore long. « Je veux devenir ingénieur en bâtiment », confie-t-il. Avant de pouvoir réaliser ce rêve, il devra passer par l’école et devenir encore plus fort.

* Le prénom a été changé pour protéger l'enfant