En réponse à une pénurie, l’oxygène de nouveau disponible face à la COVID-19

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Fanja Saholiarisoa
Approvisionnement d'oxygène
UNICEF Madagascar/2021/Nabil
03 juin 2021

La deuxième vague de la COVID-19 à Madagascar a mis une pression énorme sur le système de santé déjà fragile, tout en créant un besoin urgent d'approvisionnement en oxygène pour le traitement du virus.

Madagascar, un des pays les plus pauvres au monde, ne possède pas les infrastructures nécessaires pour approvisionner les grands hôpitaux en oxygène liquide. Au cours de cette deuxième vague de la pandémie, le pays a été fortement dépendant de l'oxygène gazeux qui est fourni par des générateurs vétustes et mal entretenus L’urgence a été de trouver une solution pour répondre aux besoins immédiats de la riposte à la COVID-19 grâce à des bouteilles d'oxygène. Cependant, cela a été limité par un nombre insuffisant de bouteilles et par l'obligation d'importer des bouteilles supplémentaires.

De plus, les bouteilles importées auraient dû être adaptées aux exigences locales et transportées vers les hôpitaux à travers le pays.

Malgré ces défis, l’UNICEF Madagascar demeure le plus grand fournisseur d’oxygène des hôpitaux du pays pour le traitement des patients de covid19. Cela a été rendu possible grâce à des accords à long terme concernant l'approvisionnement en oxygène avec deux entreprises à Madagascar, lesquels ont été mis en œuvre en 2020.

« La procédure n’a pas été facile et nous avons dû être très proactifs », a déclaré Anne Cabrera-Clerget, responsable des approvisionnements de l’UNICEF. « La phase critique a été en avril et il fallait agir. Nous avons pu réunir le secteur privé et le Ministère de la Santé pour discuter des solutions potentielles au manque d'oxygène. Les discussions ont ensuite été étendues à la Division des approvisionnements de l'UNICEF, qui a pu trouver des fournisseurs d'oxygène liquide et d'oxygène gazeux dans le monde. »

Trois grandes entreprises, Air Liquide, EO2LE et Industrial Gaz de Madagascar ont rejoint le groupe de travail pour contribuer à la riposte. Des accords à long terme ont été mis en place avec EO2LE et Air Liquide en 2020 pour la riposte à la COVID-19, avec Industrial Gaz de Madagascar qui s’est joint à l'effort en 2021. Et cela, pour assurer un soutien à long terme aux systèmes d'oxygène dans de nombreux hôpitaux de Madagascar.

« Bénéficier d’un approvisionnement régulier en oxygène a été un énorme soulagement pour notre hôpital car il serait beaucoup plus difficile de sauver des vies sans l'arrivée de ces bouteilles, » a expliqué Général Andriamparary Rafetrason Josoa, Directeur Technique de l'Hôpital Militaire du pays, l'un des plus grands établissements assurant le traitement du covid19. « Les approvisionnements sont arrivés au bon moment et ont empêché le système hospitalier de s'effondrer en raison du grave manque d'oxygène. »

A.M. Ratsimbazafy a passé deux semaines à faire des allers-retours à l'hôpital où sa femme était traitée contre la COVID-19. « Si elle n’avait pas reçu d’oxygène pour atteindre un taux de saturation sanguine de 96%, elle serait morte, » se souvient-il. L'oxygène est nécessaire non seulement pour le traitement de la COVID-19, mais aussi dans le traitement d'un large éventail de maladies.

Rakotomalala a eu la même remarque dans le traitement de sa belle-mère de 70 ans. « Elle a été hospitalisée pendant près de trois semaines. Sans la disponibilité de l'oxygène pour son traitement, nous ne savons pas si elle aurait survécu », a-t-elle déclaré.

À l’Hôpital Ravoahangy Andrianavalona, ​​le plus grand centre hospitalier du pays, Dr Rasoarinoro Lalao raconte comment le personnel a eu du mal à traiter la flambée de patients avant l’arrivée des approvisionnements supplémentaires. « Ce fut une période difficile car nous nous efforcions de traiter quelque 120 patients atteints de la COVID-19 par jour. En cas de forme grave, un patient peut avoir besoin de cinq bouteilles d'oxygène par jour. Avec cet approvisionnement gratuit, nous avons pu traiter tout le monde. »

Dr Lalao admet qu'étant le plus ancien hôpital de Madagascar, l’établissement présente des faiblesses en terme d'infrastructure.

Pour y remédier, un effort conjoint de l'UNICEF, du secteur privé et du Ministère de la Santé a testé en Mai une solution plus durable concernant la fourniture de bouteilles d'oxygène. Un test a été réalisé dans l'un des plus grands hôpitaux d'Antananarivo en utilisant de l'oxygène liquide transformé en oxygène gazeux alimentant le réseau d'oxygène de l'hôpital – un système connu sous le nom de CryoTanks. Le test a été une réussite. Le système hospitalier est toujours alimenté par ce système et la méthode est actuellement étudiée pour être répliquée dans quatre autres hôpitaux assurant le traitement de la COVID-19.

Grâce à l'engagement de l'UNICEF et de ses partenaires, avec le soutien de la Banque Mondiale, les besoins en oxygène des patients atteints de la COVID-19 dans le pays ont été couverts de fin avril à aujourd'hui. Un plan visant à accroître davantage l'approvisionnement en oxygène dans tout le pays est en cours d'élaboration, lequel est appuyé par l'expertise de l'UNICEF. En Mai, 200 concentrateurs d’oxygène sont arrivés dans le pays grâce à un financement du dispositif de financement ACT-A de l’UNICEF.

En 2020, 12 771 bouteilles d'oxygène et 21 concentrateurs d'oxygène ont été utilisés pour l'oxygénothérapie sur une période de sept mois dans trois des régions du pays les plus durement touchées par la COVID-19. Jusqu'à présent, au cours de la deuxième vague de la pandémie, 13 500 bouteilles d'oxygène ont été fournies aux patients dans 35 centres de santé et hôpitaux de 11 régions. Les partisans de ces efforts visant à sauver des vies comprennent la Banque Mondiale, le gouvernement du Danemark, le gouvernement Canadien et le Bureau de la protection civile et d’opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO).