À Madagascar, plaidoyer pour l’extension d’un programme de protection sociale pour les enfants

Le programme d’allocation universelle pour l’enfant et d’égalité des chances est une fenêtre d’espoir pour la centaine de familles vulnérables qui vivent de l’exploitation du mica

Irenee Arimanana Ravelojaona Ep Ratovo
Familles Mica
UNICEF Madagascar/2022/Ravelojaona
14 juillet 2022

À Vohibola, à 15 km d’Amboasary dans le Sud de Madagascar, Soja Molisoa et sa femme Miza Razie vivent de l’exploitation du mica avec leurs 10 enfants. Exerçant ce métier depuis plusieurs années, ils se désolent du prix dérisoire des efforts fournis pour exploiter cette mine. Le revenu journalier de 3000 (0.78 dollars) à 4000 (0.98 dollars) MGA permet seulement d’acheter 3 gobelets de riz. « C’est peu pour 12 bouches à nourrir. Mais cet argent nous assure de quoi manger au moins une fois par jour » explique Miza Razie.

Dans cette partie de l’île, l’exploitation du mica est une activité qui a pris de l’ampleur à cause de la sécheresse sévère qui y sévit. Les familles ont choisi l’activité à défaut de récoltes satisfaisantes tout au long de l’année pour subvenir à tous leurs besoins. La situation est encore plus délicate pour Miza Razie et sa famille qui ne possèdent pas de terres à cultiver ni de bétails. « Nous survivons seulement grâce à cette activité » témoigne-t-elle.

Comme cette famille, l’exploitation de mica est exercée par des familles vulnérables, ayant des enfants en bas âge. C’est le cas de la famille de Soja Heritsivany qui est en charge de 20 enfants. « 12 sont mes propres enfants et 8 mes petits-enfants, de 4 de mes filles qui sont mères célibataires. Par ailleurs, 12 ont moins de 15 ans » relate-t-il.

Ensemble, parents et enfants travaillent également dans le mica. Avec un prix de 100 (0.024 dollars) à 150 (0.037 dollars) Mga le kilos, l’entraide est cruciale pour réussir à avoir autour de 3000 (0.78 dollars) à 4000 (0.98 dollars) MGA durant la journée. Les enfants ne jouissent pas de leurs droits fondamentaux, entre autres, l’accès aux soins de santé de base, ou encore l’éducation car les parents ont rarement les moyens de les soigner ou d’assurer leurs études. Avoir une protection sociale inclusive, à travers des allocations pour les enfants et d’égalité de chances est une alternative qui permettra de réduire la pauvreté des enfants et d’encourager plus d’investissement dans leur bien-être pour leur épanouissement.

Tenasoa est la fille de Miza Razie. Elle a 14 ans et vit avec un handicap physique. Ne pouvant pas marcher, elle rampe chaque jour pour rejoindre le site d’exploitation et vaquer à sa tâche pour avoir 2kilos de mica par jour. « Je ne connais pas l’origine de son handicap. Je ne me rappelle pas si elle a bénéficié de la vaccination de routine lorsqu’elle était jeune. D’autre part, il faut qu’elle travaille car cela permet d’augmenter nos revenus » poursuit Miza Razie.

Une pointe d’amertume dénote toutefois sa voix. Tenasoa aime l’école mais ne peut y aller faute de moyens, surtout que l’établissement le plus proche est à 15 km du site avec une route en très mauvais état. Comme elle, beaucoup d’enfants travaillant dans l’exploitation du mica ne vont pas à l’école. La communauté de Tenasoa et sa famille ont ainsi envisagé la construction d’une école et ont déjà convaincu un jeune diplômé du village d’y enseigner. « Nous avons déjà commencé à le construire avec nos propres moyens mais on n’arrive pas à le terminer » se désole-t-elle.

D’autre part, il est difficile de connaitre l’âge exact des enfants du village qui travaillent quotidiennement dans les mines. Aucune des naissances qui y ont eu lieu n’a été enregistré. Les enfants ne possèdent pas d’actes de naissance. Ce sont les deux matrones dont Miza Razie qui ont la lourde tâche d’accompagner les mères et de mener à bien tous les accouchements. « Trois jours sont nécessaires pour se rendre au chef-lieu de la commune si quelqu’un est malade. Le trajet se fait à pied car nous n’avons aucun moyen de transport » raconte Soja Heritsivany, l’autre exploitant de mica.

Tenasoa fille de Miza Razia. Elle a 14 ans et elle n’est jamais allée à l’école. Elle est devenue handicapée car elle n’a pas été vacciné. Malgré son état, elle arrive à travailler sur le site mica en rampant. Elle apparaît eue deux kg par jour et l’argent qu’elle gagne complète sa nourriture quotidienne.
UNICEF Madagascar/2022/Ravelojaona
Tenasoa fille de Miza Razia. Elle a 14 ans et elle n’est jamais allée à l’école. Elle est devenue handicapée car elle n’a pas été vacciné. Malgré son état, elle arrive à travailler sur le site mica en rampant. Elle arrive à travailler 2kg de mica par jour et l’argent qu’elle gagne complète sa nourriture quotidienne.