À Madagascar, les professeurs innovent pour faire aimer les matières scientifiques

Les collégiens se ruent vers les matières littéraires au grand damne des matières scientifiques qui contribuent pourtant au développement. Les professeurs jouent de leur créativité et de leur imagination afin de renverser la tendance

Lalaina Harisoa Ralaiarijaona / Richard Daretry
Odette en pleine explication de la leçon à ses élèves
UNICEF Madagascar/2022/Ralalaiarijaona
18 juillet 2022

Au collège de référence d’Ambovombe, dans le Sud de Madagascar, les efforts d’Odette et de Voriraza, respectivement professeurs de Sciences de la Vie et de la Terre et de Sciences Physiques paient. Sur 135 élèves ayant passé leurs brevets l’année passée, 133 ont choisi de poursuivre en parcours scientifique. Pour arriver à de tels résultats, formations et adaptations ont été nécessaires. Généralement, seulement un enfant sur trois pense à poursuivre un parcours scientifique à cause de la difficulté de compréhension et d’application des matières. Et les garçons sont plus enclins aux matières scientifiques que les filles.

Dans sa classe de 6ème où enseigne Odette deux fois par semaine, parler dans le vide prend tout son sens. Le désintérêt des étudiants pour les Sciences de la Vie et de la Terre se répercute sur les notes à chaque évaluation. Odette ne recueille pas la moyenne pour la majorité de ces 90 élèves. « Le défi est de trouver la meilleure manière de transmettre les connaissances et de maintenir les attentions » explique-t-elle. En fait, il est difficile pour les élèves de comprendre un sujet qu’ils ne visualisent pas. « Pour développer une culture scientifique et accroitre l’esprit de recherche et l’esprit critique, il est utile de démontrer ce qu’on apprend, de faire des expériences, de toucher et palper la matière. Mais les moyens mis à notre disposition sont minimes et les méthodes d’enseignements ne sont pas toujours adaptés » explique -t-elle.

Conscient du danger et de la régression flagrante du niveau des élèves pour les mathématiques, les sciences physiques ou encore les sciences de la vie et de la Terre, le Ministère de l’Education Nationale avec l’appui de l’UNICEF qui est soutenu par des donateurs comme Zonta International, le club interprofessionnel qui défend le droit des femmes et la Fondation Findel appartenant à Susan et Stefan Findel a misé sur la formation des professeurs scientifiques. En octobre 2021, 437 enseignants de la région ont bénéficié de renforcement de capacités dont 11 pour le collège de référence d’Ambovombe. Les modules concernaient l’organisation et la préparation du programme à déployer sur l’année, les méthodes pédagogiques à mettre en œuvre, la théorie qui doit nécessairement être suivie d’une mise en situation. Pour les matériels didactiques à utiliser pendant les cours, les enseignants font entièrement appel à leur imagination et s’inspire de l’environnement qui l’entoure. Pour cette leçon sur les plantes, par exemple, Odette a déniché deux végétaux dont les différences sont constatées de visu et permet de résumer la leçon.

Sans surprise, les enfants participent activement aux échanges, posent des questions et comprennent rapidement. « Nous avons fait de même pour apprendre les types de sols ou chacun s’est muni d’un échantillon. Quant à la leçon sur la puberté, chacun s’est senti concerné et cela a été fluide » témoigne -t-elle. « Depuis l’application de cette méthode, je compte aussi de moins en moins d’absence dans ma classe » conclut-elle.

L’élève est enthousiaste et s’intéresse au cours en matérialisant la leçon avec des objets et des matériels
UNICEF Madagascar/2022/Ralalaiarijaona
L’élève est enthousiaste et s’intéresse au cours en matérialisant la leçon avec des objets et des matériels