« L’inondation a tout emporté laissant mon avenir en suspens », Kamaria, 12 ans

Témoin des inondations récentes à Marovoay, Kamaria, 12 ans raconte le choc auquel elle a dû faire face. Avec sa famille, elle a dû tout laisser derrière pour trouver refuge dans un site d’hébergement laissant son avenir en suspens.

Aubry RAZANAKOTO
EPP Marovoay
Aubry RAZANAKOTO

30 janvier 2020

Marovoay, 29 janvier 2020 - Être victime de montée d’eau n’est pas facile surtout à l’âge de 12 ans. Armée de courage, Kamaria nous raconte en détail son périple en tant que sinistrée. « Je n’ai jamais vu un tel désastre de ma vie », confie Kamaria, 12 ans, qui se souvient encore du lundi soir où tout a basculé. « Il pleuvait sans arrêt pendant quatre jours et l’eau montait à toute vitesse submergeant toute la maison comme nous habitons dans une zone basse près de la rive, notre maison était vite submergée. Au début, notre papa nous a interdit de sortir. L’eau continuait à monter et le danger devenait réel, alors ma grand-mère nous a forcé à quitter la maison, laissant nos parents seuls pour garder la maison et laissant toutes nos affaires derrière dont mes matériels scolaires. Au bord d’un pirogue, on était allé à notre école, devenue centre d’hébergement et on nous a mis à l’étage », explique Kamaria l’amertume dans les yeux.

« Le Samedi, notre mère a vraiment paniqué et est partie nous rejoindre aussi en pleine nuit. Il ne restait plus que notre père à la maison. Finalement lui aussi est parti, en confiant à un ami la maison. Dans la précipitation, il a réussi à sauver quelques affaires. En cherchant un sac pour y mettre quelques verre et vaisselle, il a trouvé mon cartable, il a pris celui-ci et a jeté dans l’eau tous mes cahiers, matériels et livres, pensant que les verres sont plus importants. Quand j’ai su cela, j’étais vraiment en colère et désespérée. Pour mes matériels scolaires, sachant que mes parents ne pourront pas en acheter d’autres, mais surtout pour ce que j’ai déjà mis dans les cahiers : les leçons et les formules. Je me suis demandé comment je pourrai réviser alors que j’ai un examen à la fin de l’année ».

Selon toujours Kamaria, sa famille a tout perdu car le gardien de la maison s’est enfui pour aller vendre les vaisselles et autres petits matériels de la maison.

« Je savais déjà que cette situation allait avoir un impact sur ma scolarité, car déjà en temps normal on avait déjà de problème pour subvenir à nos besoins », se lamente la petite, en classe de 7ème, à l’Ecole primaire publique de Tsimahajao Marovoay centre, fille d’un père sans travail fixe et vendant occasionnellement de la soupe, et d’une maman au foyer.

Pour le cas de Kamaria, le retour sur les bancs de l'école reste incertain car la plupart des écoles dans la ville sont devenues des sites d’hébergement comme les églises et la maison communale pour accueillir les sinistrés des bas quartiers. « Quand on est revenu à la maison pour voir, le dimanche matin en pirogue, on ne voyait plus que le toit de la maison. Mon père m’a dit que dans tous les cas, on ne peut plus espérer grand-chose de la maison, elle va être détruite par l’humidité permanente », continue-t-elle les larmes au bout de ses yeux.

Elle fait partie des 1.231 enfants privés de cours à Marovoay où 16 écoles sont touchées dont 19 Salles de classe complètement détruites et 4 salles de classe partiellement détruites.

Moins d’une semaine après le désastre, les aides d’urgence commencent à arriver sur place et auprès des sinistrés grâce à la coordination entre le gouvernement malagasy et les partenaires techniques et financiers dont l’UNICEF. « A l’heure où je vous raconte mon histoire, je suis très contente parce que l’UNICEF, avec la direction régionale de l’éducation ainsi que les responsables au sein de la Circonscription scolaire sont venus apporter des kits scolaires pour les enfants ayant perdu leurs matériels scolaires que ce soit à l’école ou dans leur maison. Ces aides me redonnent espoir car cela veut dire que je pourrai continuer à travailler à l’école parce que j’aurai les matériels nécessaires. Je ne m’en ferai pas trop pour les matériels perdus car je peux compter sur mes amis pour copier les leçons ; je doublerai mes efforts pour avoir mon diplôme à la fin de l’année scolaire. », souligne-t-elle.

Selon ses enseignants, Kamaria a obtenu une moyenne de 15,8/20 au premier trimestre. Selon eux, elle est une élève sérieuse et qui aime l’école. Ces derniers l’ont beaucoup encouragé et guidé durant les intempéries. Un geste très apprécié par la petite Kamaria.

Malheureusement son oncle vient de décéder, emporté par une violente crue. Même en deuil, elle ne baisse pas les bras, et affiche son optimisme. D’autant plus que malgré tout, elle nous a dit qu’elle croit fermement devenir médecin quand elle sera grande.

Marovoavy compte plus de 6000 sinistrés suite aux intempéries. L’UNICEF a mobilisé depuis le début de cette semaine des camions pour transporter des tentes, des fournitures scolaires et des kits de santé et d’hygiène pour venir en aide aux sinistrés notamment aux enfants afin qu’ils puissent reprendre rapidement le chemin de l’école.