Réalité de vie

Réalité de vie

 

Leaders communautaires ensemble pour une coutume protectrice des enfants dans le sud

Polio dans le village
© UNICEF/2016/Stopper J
Les pas qui font couler les larmes de Soahinare, maman de Tandrameie

Comme si c’était hier, Soahinarie et son mari se souviennent encore lorsque Judith, Sage-femme et Chef de Centre de Santé  de Base de Marovato leur a expliqué  que la paralysie de leur fille était irréversible. « C’était un choc total, je n’arrivais pas à croire que ma fille ne pourra plus marcher normalement » lance son père profondément déçu. Ni le temps, ni la misère ambiante dans laquelle vit cette famille de trois n’a rien entamé à leur chagrin. Regrets et remords sont leur quotidien. Lorsque la petite Tandrameie se déplace pour aller chez sa grand-mère, sa mère d’un air triste, les yeux larmoyants, nous dit : «Chaque fois que je regarde ma fille marcher, j’ai les larmes aux yeux parce qu’elle n’est pas née comme ça… je m’en vœux parce que je n’ai pas accouché une infirme. C’est venu si brutalement, et maintenant ma fille ne sautera plus comme elle le faisait avec les autres enfants ». Enceinte de 8 mois, la future maman de 25 ans se reproche de n’avoir pas complètement fait vacciner sa fille victime de polio.

La famille vit à Beborodoke, un village de la Commune de Marovato, situé à une soixantaine de kilomètre du Chef-lieu du District de Tsihombe, environ 1400 kilomètres d’Antananarivo, la Capitale de Madagascar. Parmi les quatre cas de cVDPV détectés dans le district de santé de Tsihombe, deux sortaient de la seule Commune rurale de Marovato ou vivent la petite Tandrameie, et ses parents. A deux ans et demi, Tandrameie est l’un des deux cas de paralysie due au cVDPV détectés dans cette localité en 2015.

Pratiques culturelles néfastes contre couverture vaccinale en VPO

Comme dans beaucoup de communautés du sud de Madagascar, les femmes sollicitent encore les accoucheuses traditionnelles (matrones) et après l’accouchement il faut pratiquer le « JABELY », une coutume qui exige que le nouveau-né  et sa maman soient enfermés dans la maison pendant au moins deux mois sans sortir. Selon Hanta Nirina, une voisine de la maman de Tandrameie, « nous n’avons pas le choix, nous sommes obligées de nous soumettre à cette coutume si tu ne respectes pas le JABELY, tu auras la galle » lance-t-elle. Et comme toutes les mamans, Soahinarie a fait le JABELY. Cette pratique coutumière a pour conséquence directe le non-respect du calendrier vaccinal. Les enfants qui suivent cette pratique commencent la vaccination en retard. Dans la région d’Androy, la couverture vaccinale en VPO0 dépasse difficilement 50%. Les enfants grandissent sans avoir pris leurs 4 doses de VPO. Ce qui les expose au virus de la polio et a d’autres maladies évitables par la vaccination.  Malheureusement, Tandrameie est parmi ces enfants victimes des pratiques culturelles dites néfastes dont le « JABELY ». Selon Judith, Chef CSB de Marovato, « Tandrameie est parmi ces enfants qui n’ont pas reçu plus de 3 doses de VPO ce qui explique sa vulnérabilité au virus de la polio ».

 

 

Leaders communautaires ensemble pour une coutume protectrice des enfants

Depuis le lancement de la campagne de riposte en 2015 par le Président de la République, l’Unicef et ses partenaires appuient le Ministère de la Sante, à mobiliser la communauté toute entière et à sensibiliser les parents sur les dangers qu’ils courent en sautant les doses de vaccin de l’enfant. De même, l’Unicef appui aussi le plaidoyer auprès des notables, autorités administratives et Communales locales pour une prise en compte des intérêts des enfants dans l’application des coutumes. Des actions de Communication Interpersonnelles et de sensibilisation sont menés en faveur des accoucheuses traditionnelles afin qu’elles comprennent la nécessité de faire la vacciner les enfants contre la polio dès la naissance et jusqu’à 14 semaines. Sans toutefois abolir cette coutume, Unicef et ses partenaires plaident pour une flexibilité des autorités coutumières afin qu’ils permettent aux parents de faire vacciner les enfants tout en respectant la coutume. De même, les agents communautaires sont impliqués pour le suivi complet du calendrier vaccinal de l’enfant de la naissance jusqu’à 9 mois.  A cet effet,  notables,  tradipraticiens, matrones et autorités municipales de Marovato se sont engagés à veiller à ce que les enfants soient vaccinés contre la polio dès la naissance et ce, jusqu’à 14 semaines.

Progrès considérables.

Comme résultats, la conscientisation de la communauté qui sollicite régulièrement les formations sanitaires. A titre d’exemple, les parents de Tandrameie ont décidé que leur deuxième enfant va naitre au Centre de Santé  de leur village et qu’ils vont désormais s’assurer que leur bébé soit complètement vacciné à la lettre. « Je ne permettrai plus que mon second enfant souffre comme sa sœur je sais désormais que la vaccination en ai la garanti ». Conclu la maman de la petite Tandrameie. Sur le plan technique, la couverture vaccinale en VPO0  est passée de 15% à 59% entre janvier et juillet 2016, un progrès considérable selon les observateurs.

 

 

Polio:la maman et la fille
© UNICEF Madagascar/2016/Stopper J
La petite TANDRAMEIE avec sa mère a la visite prénatale

 

 
Search:

 Email this article

unite for children