Publication du rapport sur la nutrition mondiale 2018

Si la malnutrition atteint un niveau inacceptable et touche tous les pays du monde, il existe aujourd’hui une opportunité d’y mettre fin.

30 novembre 2018
Prise de mesure d'un enfant lors d'une enquete nutritionnelle au CSB Ampasina Maningory (Fénérive Est)
UNICEF/UN0231292/Ramasomanana
Prise de mesure d'un enfant lors d'une enquete nutritionnelle au CSB Ampasina Maningory (Fénérive Est)

Bangkok, le 29 novembre 2018 – Le rapport mondial le plus complet sur la nutrition souligne l’inquiétante prévalence et le caractère universel de la malnutrition sous toutes ses formes. Dans sa cinquième édition, il offre un aperçu concret des progrès réalisés et appelle l’ensemble des parties prenantes à agir pour lutter contre la malnutrition.

Le Rapport présente de nouvelles données qui révèlent le nouveau visage de la malnutrition en Afrique. Il met également en lumière de nouvelles initiatives venues des quatre coins du continent, et conçues pour relever un défi qui s’est diversifié et a pris de l’ampleur.

Le fardeau de la malnutrition est inacceptable

L’Afrique est de loin la région la plus durement touchée par des formes cumulées de malnutrition. Sur les 41 pays luttant contre trois aspects de la malnutrition – le retard de croissance chez les enfants, l’anémie chez les femmes en âge de procréer et le surpoids chez les femmes – 30 se trouvent en Afrique, soit 73 %.

Corinna Hawkes, Coprésidente du Rapport et Directrice du Centre for Food Policy, a déclaré : « Les chiffres appellent une action immédiate. La malnutrition est la première cause de mauvaise santé. Les conséquences sanitaires du surpoids et de l’obésité sont jugées en partie responsables de quatre millions de décès dans le monde. Il ne s’agit pas tant de se demander pourquoi la situation est aussi désastreuse, mais pourquoi elle ne s’améliore pas alors que nous en savons beaucoup plus qu’avant. »

Les progrès accomplis à ce jour ne sont tout simplement pas suffisants.

Des mesures importantes ont été prises pour lutter contre la malnutrition. À l’échelle de la planète, le retard de croissance chez les enfants âgés de moins de 5 ans a chuté de 32,6 % en 2000 à 22,2 % en 2017. Malgré ce recul mondial, les chiffres augmentent en Afrique. Bien que la prévalence du retard de croissance ait décliné sur le continent, le nombre d’enfants souffrant de cette pathologie, porté par la croissance démographique, a régulièrement augmenté, passant de 50,6 millions en 2000 à 58,7 millions en 2017.

Les données révèlent une hausse générale de l’obésité et du surpoids en Afrique. Parallèlement, celle-ci connaît une hausse importante de la consommation de produits alimentaires industriels.

À l’échelle mondiale, aucun pays disposant de données suffisantes n’est en voie de réaliser la totalité des neuf objectifs fixés en matière de lutte contre la malnutrition. L’Afrique ne fait pas exception :

  • Aucun des 54 pays africains n’est sur la bonne voie pour atteindre 5 des 9 objectifs fixés en matière de lutte contre la malnutrition analysés en 2018.
  • L’Afrique était la seule région à ne pas enregistrer une augmentation globale du taux de surpoids chez les moins de 5 ans, la prévalence de ce phénomène stagnant depuis 2000.
  • Toutefois, les taux de surpoids et d’obésité chez les enfants de 5 à 19 ans ont augmenté chez les filles comme les garçons – les filles ayant enregistré une hausse plus rapide.
  • Les dépenses publiques liées à la nutrition au niveau national varient selon les gouvernements. La tendance est incertaine – il est impossible d'anticiper une hausse ou une baisse dans les années à venir.
  • Au global, les fonds publics destinés à l'aide au développement en Afrique ont augmenté au cours des cinq dernières années.

De nouvelles données mettent également en évidence le fait que les statistiques nationales sont insuffisantes pour saisir l’ampleur de la tâche. Une analyse géospatiale de la sous-alimentation dans 51 pays d’Afrique, dirigée par l’Institute for Health Metrics and Evaluation, révèle une impressionnante hétérogénéité des niveaux et des tendances en la matière, aussi bien à l’échelle nationale qu’infranationale. Même lorsque les pays semblent en voie de réaliser les objectifs mondiaux, il en va différemment au niveau infranational (plus d’information ci-dessous).

Nous sommes mieux armés pour mettre fin à la malnutrition. Afin d’enrayer ce fléau, l’Afrique a pris des mesures qui peuvent servir de modèles et catalyser le changement.

Le Rapport sur la nutrition mondiale 2018 souligne que des solutions existent déjà, mais indique que les initiatives efficaces ne sont pas adoptées à grande échelle :

  • Nous voyons des exemples pays élaborant des plans multisectoriels afin de réaliser leurs objectifs. La Tanzanie a adopté un large éventail d’objectifs stratégiques – sept en tout, comprenant notamment le retard de croissance, l’anémie et l’insuffisance pondérale à la naissance. Ils s’inscrivent dans le cadre du Plan d’action national multisectoriel pour la nutrition 2016-2021, un programme quinquennal ambitieux visant à alléger le fardeau multiforme de la malnutrition. Ce plan a été mis en place sous l’autorité directe du cabinet du Premier ministre, afin de réduire toutes les formes de malnutrition associées à la fois aux carences et aux excès ou déséquilibres. Son objectif global est d’accroître les interventions à forte incidence auprès des populations les plus vulnérables, notamment les enfants âgés de moins de 5 ans, les adolescentes et les femmes enceintes ou allaitantes. À cet effet, il appelle l’ensemble des secteurs, de la protection sociale à l’éducation, en passant par la filière alimentaire, à agir. Plus d’information disponible page 41.
  • Les nouvelles données changent la donne et peuvent conduire à des actions plus efficaces. En 2018, la revue Nature a publié les résultats d’une analyse géospatiale exhaustive relative aux troubles de la croissance chez l’enfant, couvrant le retard de croissance, l’émaciation et l’insuffisance pondérale, réalisée dans 51 pays africains entre 2000 et 2015. Elle s’appuie sur plus de 200 enquêtes sur les ménages géoréférencés, représentant plus de 1,2 million d’enfants, qui donnent accès à des niveaux de détails encore jamais atteints. L’analyse révèle que de nombreuses localités ne sont pas sur la bonne voie, et que si les tendances actuelles perdurent, aucun pays africain n’a de chances de réaliser l’ensemble des objectifs mondiaux de l’OMS en matière de nutrition sur l’intégralité de son territoire. Plus d’information disponible pages 46 et 47.
  • Les gouvernements affichent leur détermination et multiplient les initiatives. L’engagement pris par le gouvernement éthiopien de mettre fin à la sous-alimentation des enfants d’ici à 2030 a enregistré des progrès considérables grâce à la politique nationale relative à l’alimentation et à la nutrition récemment élaborée. Ce cadre juridique et responsable souligne le droit des enfants à une nutrition adéquate et à une croissance normale et renforce les actions prévues dans le programme national relatif à la nutrition. Entre 2000 et 2016, le taux de retard de croissance chez les enfants a chuté de près d’un tiers. Cependant, il reste beaucoup à faire, car la prévalence du retard de croissance, de l’émaciation et de l’anémie reste élevée. Plus d’information disponible page 103.

Bien que nous soyons loin de nos objectifs, la possibilité d’éliminer la malnutrition n’a jamais été aussi grande et appelle à une réaction immédiate.

Afin de traduire les solutions en actions, les auteurs du rapport préconisent des mesures indispensables :

  • Casser les silos actuels afin de lutter contre la malnutrition sous toutes ses formes ;
  • Prioriser et investir dans les données pour identifier les domaines d’action déterminants ;
  • Accroître et diversifier le financement des programmes de nutrition ;
  • Prendre des mesures immédiates en faveur d’une alimentation saine, qu’il convient de rendre abordable partout dans le monde ;
  • Mettre en œuvre des engagements plus ambitieux, conçus pour avoir un impact, par l’intermédiaire des objectifs SMART.

Jessica Fanzo, Docteure, Coprésidente du Report et Professeure associée (« Bloomberg Distinguished Associate Professor ») à l’université Johns Hopkins, a déclaré :

« Partout dans le monde, la malnutrition retarde le développement humain et coûte des milliards de dollars chaque année, mais nous sommes désormais en mesure de la combattre. Entre des dispositions telles que les taxes sur le sucre et les nouvelles données nous permettant de comprendre ce que mangent les individus et de quelle manière nous pouvons mieux cibler les interventions, la communauté mondiale a aujourd’hui toutes les clés en main pour y parvenir. »

David Beasley, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial, a ajouté :

Les informations contenues dans le Rapport sur la nutrition mondiale vont bien au-delà des faits et des chiffres. En réalité, derrière ces tableaux et ces graphiques, il est question de possibilité : possibilité que davantage de bébés puissent fêter leur premier anniversaire, que les enfants puissent réaliser leur potentiel à l’école et que les adultes puissent mener une vie saine et productive – une question qui repose sur une bonne nutrition. Les informations recueillies, analysées et communiquées dans le Rapport sur la nutrition mondiale ne sont jamais une fin en soi, mais une ressource qui peut nous permettre de sauver des vies, de changer des vies et de veiller à ne laisser personne de côté. »

Henrietta H Fore, Directrice Générale, UNICEF, a également déclaré :

“Le Rapport sur la nutrition mondiale 2018 propose des mesures de long-terme qui permettront de renforcer notre capacité à fournir aux enfants une alimentation riche sur le plan nutritionnel, sûre, abordable et durable. Ce changement de paradigme, qui consiste à mettre en place des systèmes alimentaires qui contribuent à prévenir la malnutrition sous toutes ses formes, sera essentiel pour la croissance et le développement des enfants, des économies nationales et des nations.”

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Contenu multimédia

Global Nutrition report 2018
Global Nutrition Report

Le Rapport sur la nutrition mondiale 2018 revoit les processus existants, met en lumière les avancées en matière de lutte contre la malnutrition, identifie les lacunes et propose des solutions pour les combler. Il contribue ainsi à orienter les actions, à renforcer la responsabilisation et à susciter un engagement accru en faveur d’une réduction plus rapide de la malnutrition dans le monde.

Qu’est-ce que le Rapport sur la nutrition mondiale ?

Le Rapport sur la nutrition mondiale est la principale publication rendant compte de la situation en matière de malnutrition dans le monde. Il dresse un bilan de la nutrition à l’échelle de la planète – aux niveaux mondial, régional et pays par pays – et mesure les efforts à accomplir pour l’améliorer. Il suit les progrès réalisés à l’égard des objectifs mondiaux relatifs à la nutrition, des maladies non transmissibles liées au régime alimentaire à l’alimentation chez la mère, le nourrisson et le jeune enfant.

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