Une maladie inconnue a couté la vie à 16 enfants à Fond Rouge

Grace au projet Services de santé intégrés pour les adolescentes et les femmes (SSIAF), financé par le Canada et mis en œuvre par UNFPA, ONUSIDA, OPS/OMS et l’UNICEF, une réponse rapide a été donnée.

Ndiaga Seck
Les agents de sante communautaires polyvalents sont déployés à Fond Rouge pour détecter les enfants malades.
UNICEF Haiti/2021/Edler
25 mars 2021

Laguerre Christelle vit une tristesse immense. En l’espace de 24 heures, cette femme de 24 ans a perdu ces deux enfants.  « Je m'appelle Laguerre Christelle, j'ai 24 et je viens de Courtois. J'ai perdu mes 2 enfants. Ils sont morts tous les deux : l’un le 1er mars et l’autre, le 2 mars », a-t-elle relaté.

A Fond Rouge Dayère, non loin de la ville de Jérémie chef-lieu du Département de la Grand'Anse, une maladie encore inconnue a ôté la vie à 16 enfants âgés d’un a cinq ans pour la plupart, en l'espace de 3 mois. De fin novembre 2020 à mars 2021, plusieurs parents ont vu leurs enfants développer une hypothermie, une hypoglycémie, des vomissements, des convulsions et perdre la vie.  Pour la plupart, les enfants tombent malades tard dans la nuit, et meurent avant qu’on ait le temps de les amener au centre de santé le plus proche. Les parents sont éprouvés et désorientés, ne sachant pas ce qui a causé la mort de leurs enfants. 

« J’avais une fillette du nom de Escaina Morita Lundy. Elle est morte le 21 novembre à 5 heures du matin », a déclaré Jean Wilbert Lundy, père de six enfants. « Jusqu’à présent, sa mère ne s’est pas encore remise. Elle ne peut pas encore marcher car le souvenir de l’enfant est toujours bien présent dans son cœur. Elle n’a pas encore repris ses activités ».

Chokarella

La proactivité de la Direction sanitaire grâce à l’appui SSIAF

Le 2 mars, la Direction sanitaire de la Grand'Anse a été alertée.  Le lendemain, des agents de santé communautaire polyvalents (ASCP) ont été déployés à Fond Rouge, afin qu’ils puissent retrouver assez tôt des enfants malades et les référer à une structure sanitaire. « Dès la première semaine, l’équipe de surveillance épidémiologique et les officiers sanitaires se sont rendu sur les lieux pour comprendre. Et nous avons recommandé aux parents d’amener leur enfant à l’hôpital dès l’apparition de signes ou de symptômes car l’accès aux soins est gratuit pour les enfants de Fond Rouge.

Grace au projet Services de santé intégrés pour les adolescentes et les femmes (SSIAF), financé par le Canada et mis en œuvre par UNFPA, ONUSIDA, OPS/OMS et l’UNICEF, une réponse rapide a été donnée.  « Avec le projet conjoint SSIAF, nous avions un stock de médicaments disponible à Port-au-Prince. Nous y avons puisé des kits obstétricaux, des médicaments et des consommables que nous avons livrés directement à l’Hôpital Saint Antoine de Jeremie en moins de cinq jours », a expliqué Eveline Dominique Chery, Chargée de santé et nutrition à l’UNICEF.

Pour une réponse adéquate à l’enclavement de Fond Rouge, une ambulance a été positionnée à l’Hôpital Saint Antoine de Jeremie, pour transporter les enfants rapidement, à toute heure. « Un enfant est arrivé trop tard et n’a pas survécu. A ce jour, trois enfants référés à l'hôpital ont été sauvés », a expliqué Dr. Azor Robert Pierre, le directeur de l’hôpital.

Laguerre Christelle, 24 ans, a perdu ces 2 enfants en 24 heures.
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Laguerre Christelle, 24 ans, a perdu ses 2 enfants en 24 heures.

La cause des décès d’enfants pas encore déterminée

Les tests de laboratoire n’ont pas confirmé une maladie connue mais les recherches épidémiologiques continuent. Cependant, de nombreuses suspicions ont été relayées dans la communauté. Dans l’environnement immédiat des enfants malades, pousse un arbre fruitier « Aki », de son nom scientifique Blighia sapida. D’après certains témoignages, les enfants touchés auraient consommé le fruit pendant les 24 à 48 heures qui ont précédé leur décès. Selon l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS)[1],  le « Aki » consommé vert, produit des vomissements et dans certains cas la mort par empoisonnement. Par ailleurs, les décès d’enfants ont été associés à des rituels vaudou, et trois personnes ont été mises en garde à vue par la police, dont un hougan, un chef spirituel vaudou.

 

Eveline Dominique Chery de l’UNICEF fait l’inventaire de stock de médicaments du projet SSIAF.
UNICEF Haiti/2021/Edler
Eveline Dominique Chery de l’UNICEF fait l’inventaire de stock de médicaments du projet SSIAF.

Dans la semaine qui a suivie l’alerte, une équipe de l’ONG Acted, partenaire de l’UNICEF, a organisé des séances de causeries communautaires dans la zone pour savoir la perception qu’à la population de la maladie, et conseiller aux parents de respecter les règles d’hygiène. « Nous ne savons pas la cause des décès d’enfants, mais nous insistons sur les règles d’hygiène. Nous leur montrons la chaine de contamination qui existe entre la défécation à l’air libre et les maladies diarrhéiques, et c’est très utile dans ce contexte », a dit Jennyfer Joseph, responsable de projet d'urgence pour Acted.

La fille de François Guerlin est tombée malade au courant de la nuit. Pris de panique, le père de cinq enfants a tout de suite alerté l’hôpital et l’ambulance a été dépêchée. « Dans les cas graves, les enfants malades ont des crises. Ils serrent les dents et ils ont des convulsions », a décrit Guerlin, 30 ans. « Lorsque ma fille était sous perfusion à l’hôpital, je la surveillais constamment. Grâce à l’hôpital, les convulsions ont été évitées ».

François Guerlin a amené sa fille à l’hôpital très tôt et lui a sauvé la vie.
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François Guerlin a amené sa fille à l’hôpital très tôt et lui a sauvé la vie.

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[1] Bulletin Epidemiologique de l'OPS. Edition complète du No. 2, Vol. 22 (Juin 2001).