Perte et résilience, encore une fois, à la suite d'un tremblement de terre en Haïti

Peterson n'avait que quatre ans lorsqu'il a perdu son bras lors du tremblement de terre de 2010. Le mois dernier, un autre séisme dévastateur a emporté sa maison.

Jonathan Crickx
Peterson debout devant Une maison
UNICEF Haiti/2021/Crikxx
15 septembre 2021

LES CAYES, Haïti – Depuis plus d'une décennie, Peterson, 14 ans, vit avec les cicatrices d'une tragédie.

Le 12 janvier 2010, un tremblement de terre de magnitude 7,0 a frappé Haïti, faisant plus de 220 000 morts et détruisant une grande partie des infrastructures du pays. « Ce jour-là où tout s'est passé, [ma mère] n'était pas avec moi. Elle était allée vendre quelques trucs au marché, et quand elle est revenue, elle ne pouvait pas nous trouver », raconte Peterson.

Mais – seulement quatre ans à l'époque – il ne se souvient de rien.

« Ils m'ont dit que j'avais passé trois jours sous les décombres. Ils disent qu'ils m'ont trouvé le troisième jour et m'ont emmené à l'hôpital. Ils n'ont jamais rien dit sur le reste de ma famille.

Peterson a perdu son bras dans le tremblement de terre. Depuis, il vit principalement avec sa marraine, surtout après le décès de sa mère en 2020. Il ne sait rien de son père.

« Alors que je grandissais, je pleurais quand je remarquais que d'autres personnes avaient deux bras et pas moi», ajoute Peterson. « Cela m'a attristé. Mais c'est comme ça que je suis ».

Puis, des années plus tard, le matin du 14 août 2021, Peterson et sa marraine rendaient visite à des amis lorsque le sol a commencé à trembler. Cette fois, il se souvient très bien des événements. « Je suis sorti apporter de l'eau à ma marraine et ses amies pour cuisiner. Une fois dehors, je suis tombé sur un ami et c'est à ce moment-là que la terre s’est mis à trembler. C'était effrayant », décrit Peterson.

Le séisme de magnitude 7,2 a secoué les départements du Sud, de la Grand'Anse et des Nippes, dans le sud-ouest d’Haïti, tuant plus de 2 200 personnes et en blessant plus de 12 700 autres. Le puissant séisme a détruit des maisons, des hôpitaux et des écoles, laissant les communautés dans un besoin urgent d'assistance. L'UNICEF estime qu'environ 1,2 million de personnes, dont 540 000 enfants, ont été touchées par le désastre.

Peterson et sa marraine ont été épargnés des blessures physiques, mais leur maison a été gravement endommagée. « Nous avons constaté les dégâts à mon retour », explique Peterson. « Maintenant, je n’ai plus rien à cause de ce qui s’est passé. Ma marraine s'occupe aussi de deux autres enfants et a du mal à acheter nos livres, cartables et chaussures ».

Sans un endroit stable où il peut rester, Peterson est forcé de se déplacer. « Je dors ici et là », dit-il. «Et parfois sur le boulevard. J'ai une tante. Parfois, je reste avec elle aussi ».

Peterson assis,
UNICEF Haiti/2021/Crickx

Le bilan est très lourd

Les enfants sont les plus durement touchés par les catastrophes naturelles. En cas d'urgence, ils peuvent perdre l'accès à un abri sûr, à de l'eau potable et à des installations d'hygiène. Ils peuvent être arrachés aux services essentiels de santé, d'éducation et de protection. Et pour ceux séparées de leur famille ou de leur tuteur ou tutrice, ils sont confrontés à un plus grand risque de violence, d'exploitation et d'abus, avec de graves conséquences psychologiques et sociales.

Dans son évaluation initiale, l'UNICEF a identifié près de 2 500 enfants ayant besoin d'un soutien psychosocial et d'autres services de protection à la suite du tremblement de terre d'août 2021. Rien qu'aux Cayes, Peterson fait partie des 178 enfants qui ont été séparés de leurs parents ou tuteurs et qui reçoivent désormais des soins au centre ouvert par IDEJEN avec le soutien de l'UNICEF.

« Là-bas, nous apprenons l'image corporelle, prenons des cours, jouons et ils nous donnent des repas», explique Peterson. « J'aime les jeux-vidéos, utiliser le téléphone. Je ne suis pas dans le football ou le sport, parce que j'ai peur de tomber. J'aime dessiner et faire d'autres trucs ».

Le centre, comme beaucoup d'autres soutenus par l'UNICEF, offre plus que des leçons. Il sert également à protéger les enfants contre le risque d'exploitation et de traite, qui s’accroit pour les enfants qui ont été déracinés par les catastrophes, les conflits ou la pauvreté.

« Chaque enfant qui a subi ce tremblement de terre a besoin d'un soutien psychosocial, même s'il n'a pas été blessé physiquement. » déclare Pierre Jean Stenio, chef du bureau de terrain de l'UNICEF aux Cayes. « Les enfants [dans les communautés rurales] ont encore plus besoin d'aide, car ils risquent d'être victimes de traite. De nombreuses familles rurales ont tout perdu pendant le tremblement de terre et pourraient venir dans les villes et villages, où le risque de traite d’êtres humains est bien plus élevé. »

L’espoir est permis

L'UNICEF travaille également avec des partenaires du système de santé pour garantir que les enfants blessés qui ont été séparés de leur famille et de leur tuteur ou tutrice soient protégés contre la traite et d'autres violations des droits humains.

En plus des services psychosociaux, l'UNICEF continue de donner la priorité à la reprise des services essentiels - y compris l'eau et l'assainissement, la santé, la nutrition et les abris - pour les enfants et leur famille. En collaboration avec les partenaires, l'UNICEF distribue des bâches pour les abris d'urgence, les latrines et les douches ; des réservoirs d'eau pour la distribution d'eau potable; et des kits d'hygiène, comprenant des comprimés pour le traitement de l'eau, du savon, du matériel d'hygiène menstruelle et des jerrycans.

Pour Peterson, les soins qu'il reçoit au centre ne marque que le début de son parcours. « Mon rêve est d'être artiste et acteur, et d'être sur Internet », dit-il. « Pour réaliser mon rêve, je vais devoir travailler très dur, à partir de maintenant. Tant que je suis jeune, je devrais commencer à faire le travail pour pouvoir grandir. »