L’oxygène est arrivé à point nommé pour sauver des vies

L’UNICEF a facilité le remplissage de 4000 bonbonnes en guise d’appui au MSPP dans le cadre de la lutte contre le COVID-19

Ndiaga Seck
La livraison des bonbonnes d'oxygene
UNICEF2020
18 mai 2020

Port-au-Prince, le 18 mai 2020 - Dr Marc Edson Augustin, le directeur médical de l’Hôpital St Luc de Port-au-Prince en Haïti, est un homme pragmatique qui préfère anticiper une situation d’urgence plutôt que d’attendre la toute dernière minute pour agir.  Le 13 mai dernier, il a tiré la sonnette d’alarme quand il s’est rendu compte que l’oxygène nécessaire pour les patients admis à l’hôpital diminuait de manière inquiétante.

« Notre capacité avait déjà été dépassée et nous n’avions pas de ressources financières disponibles pour supporter le remplissage quotidien des bonbonnes pour les patients en déficit d’oxygène », a expliqué Dr Augustin, qui a préféré alerter par voie de presse avant que l’irréparable ne se produise. « Quand je parlais à la presse pour attirer l’attention, nous avions des bonbonnes encore disponibles mais en tant que responsable de l’hôpital, je ne pouvais pas attendre jusqu’à la dernière minute pour faire face », a-t-il justifié.

L’Hôpital St Luc est l’un des hôpitaux les plus importants de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. En 2020, il compte parmi les structures sanitaires de prise en charge de la COVID-19. Haïti a connu ses deux premiers cas le 19 mars 2020 et à la date du 18 mai, 456 cas confirmés, 21 guéris et 20 décès y ont été enregistrés. Certes, le nombre est bas comparé à de nombreux pays mais Haïti a une capacité de prise en charge très limitée.

Dès la publication d’un article sur la situation de l’hôpital dans l’un des journaux les plus lus du pays, Dr Augustin a pu se remplir 104 bonbonnes de 100 litres chez un fournisseur local. Avec des fonds alloués par le Bureau des programmes d'urgence de l'UNICEF (EMOPS), l’UNICEF a payé un fournisseur pour le remplissage de 4000 bonbonnes en guise d’appui au Ministère de la santé publique et de la population (MSPP) dans la cadre de la lutte contre la COVID-19 « La vie de plusieurs patients aurait été en danger si l’oxygène n’avait pas été disponible rapidement. L’Hôpital St Luc pourra se ravitailler plusieurs fois chez le même fournisseur afin qu’aucune rupture n’y soit déplorée », a déclaré Maria Luisa Fornara, Représentante de l’UNICEF en Haïti.

Les bonbonnes sont entreposees
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St Luc compte 40 lits et une unité de traitement COVID-19 vient tout juste d’y être greffée. Résultat, sa demande en oxygène a augmenté.  « Nous avions 36 malades, une trentaine sous oxygène et il nous faut au moins trois bonbonnes d’oxygène par lit et par jour.  Si nous avons 40 malades sous oxygène, nous avons besoin de 120 bonbonnes toutes les 24 heures », a expliqué Dr Augustin.

La structure sanitaire n’a pas un grand générateur d’oxygène pour faire face, alors que ces derniers jours, Haïti connait une hausse fulgurante des cas du nouveau coronavirus. Tout le mois d’avril, le pays a enregistré 65 cas confirmés, alors que pour l’unique journée du 17 mai, il en a enregistré 98. Le directeur médical compte sur un stock de 200 à 250 bonbonnes sur place pour aborder de manière responsable un afflux de patients.

Pour éviter la stigmatisation, la nouvelle unité de traitement du coronavirus se présente comme une unité de traitement des infections respiratoires aigües où toutes les mesures de précautions sont respectées. Car des centres d’observation COVID-19 ont déjà été attaqués en Haïti où le déni, le refus et l’incrédulité défient toute campagne de communication. Les patients qui présentent les symptômes de la maladie sont considérés comme des cas suspects, en attendant que les autorités sanitaires fassent des prélèvements. « 75 à 80% des tests reviennent « positif ». Les derniers résultats que nous avons reçus font état de 33 cas positifs dont deux adolescents de 17 ans », a clarifié Dr Augustin.

Au mois de mars, l’UNICEF avait fourni 36 kits médicaux d'urgence obstétrique de médicaments essentiels, des fournitures médicales et d’équipement au MSPP, pour servir 120 000 personnes pendant trois mois. Grâce à ce matériel, 1 957 femmes enceintes ont reçu 4 visites prénatales, 577 nouveau-nés ont reçu des soins maternels, 1 289 enfants ont reçu des sels de réhydratation orale (SRO) et du zinc pour un traitement contre la diarrhée, 19 783 enfants ont été vaccinés en Penta 3, et 9 835 femmes enceintes ont reçu le tétanos 2+.

Comme bon nombre de structures sanitaires en charge du traitement de la COVID-19 en Haiti, l’Hôpital St Luc a de multiples défis à relever. En attendant de disposer de la ventilation mécanique, la structure a des besoins en tubes adéquats et en masques à haut débit pour les patients sous oxygène. « Nous cherchons aussi activement des concentrateurs d’oxygène qui ne sont pas disponibles sur le marché local. Actuellement, nous dépensons de l’oxygène pour des patients qui ne sont pas encore dans un état sévère. C’est une énorme perte », a souligné Dr Augustin.

L’UNICEF a commandé 70 concentrateurs d’oxygène pour appuyer le Ministère de la santé dans la prise en charge adéquate des femmes et des enfants en Haïti. Mais en attendant, Dr Augustin va continuer de faire des va-et-vient incessants de remplissage de bonbonnes chez le fournisseur agréé. « Nous allons retourner cet après-midi ou demain remplir d’autres bonbonnes, selon nos besoins. Je remercie l’UNICEF pour cet appui à l’Hôpital Saint Luc mais aussi au peuple haïtien », a-t-il conclu.