Les Clubs de parents préviennent la malnutrition en Haïti

L’approche « club des parents » se développe grâce à la multiplication d'interventions éprouvées spécifiques à la nutrition

Ndiaga Seck
Jacqueline Saintil et son enfant
UNICEF Haiti/2019/Seck

06 novembre 2019

Jacqueline Saintil est déterminée à allaiter exclusivement son fils James Rubin, âgé de 3 mois, jusqu'à l'âge de six mois. C'est seulement à ce moment-là qu'elle commencera à lui donner des compléments alimentaires en plus du lait maternel pour le maintenir en bonne santé. « Mon fils Ervens qui a 5 ans, n'était pas exclusivement allaitée au sein. Après trois mois, je lui donnais de l'eau et d’autres aliments presque tous les jours. Il n'était pas un bébé très fort », a-t-elle déclaré. 

La mère de famille de 25 ans, qui vendait des vêtements de seconde main avant d'avoir mis au monde le petit James, cultive des haricots dans un petit potager qu'elle va récolter pour vendre dans son quartier. Elle vit dans le village de Paillant dans la partie sud du département des Nippes, une région verdoyante où les gens ont également accès à la pêche car elle ouvre sur plusieurs petits ruisseaux et rivières, qui alimentent le canal de la Gonâve. « Je ferai régulièrement une soupe aux légumes avec du maïs et du poisson séché pour nourrir mon fils quand il aura six mois », a-t-elle ajouté. 

Jacqueline a acquis ses connaissances en nutrition auprès du club des parents (parfois appelé club des mères) de Paillant auquel elle est membre depuis le mois de juillet dernier. L’UNICEF a aidé à mettre en place ces clubs dans les trois départements des Nippes, du Sud-Est et de la Grande Anse. Grâce à un jeu de cartes avec des dessins simples et clairs, Saintil et 29 autres femmes apprennent à empêcher leurs enfants de contracter des maladies évitables ou de souffrir de malnutrition. On leur a notamment dit que le lait maternel contient tous les nutriments nécessaires aux bébés et qu'aucun autre aliment ni liquide n'est nécessaire avant l'âge de 6 mois. On leur a également montré comment préparer des repas riches en nutriments, en utilisant des ingrédients disponibles localement, sous forme de purée lisse que leur bébé devrait manger après les six premiers mois. 

Jacqueline Saintil et son enfant
UNICEF Haiti/2019/Seck
Jacqueline Saintil, 25 ans, allaite son fils James Rubin, âgé de 3 mois, à Paillant, dans le département des Nippes, à Haïti.

Les mères apprennent à dépister la malnutrition  

En Haïti, 40% des nourrissons de moins de 6 mois sont exclusivement allaités au sein et seul 14% des enfants âgés de 6 à 23 mois sont nourris conformément aux pratiques d'alimentation acceptables, selon l'EMMUS VI (étude démographique et de santé locale). Plus d'un enfant sur cinq de moins de 5 ans est trop petit par rapport à son âge et souffre d'un retard de croissance, signe de malnutrition chronique.  

Avec l’aide de l’UNICEF, des clubs des parents ont été créés et des conseillers communautaires, deux par club, chargés de sélectionner et de conseiller les parents et les gardiens d’enfants de moins de cinq ans. Chaque semaine, les mères se réunissent pour suivre une leçon et débattre d’un thème en lien avec le développement et le bien-être de l’enfant. Le programme dure 14 semaines à la fin desquelles les parents ayant terminé le cycle reçoivent un certificat de participation. 

En 2012, l'UNICEF Haïti a traduit « Savoir pour sauver » en créole, la langue locale et a conçu des supports de travail permettant aux mères modèles de mener efficacement les séances de counseling avec d'autres parents. « Le cours peut sauver la vie aux enfants. Sachant moi-même comment dépister la malnutrition en utilisant un outil très simple pour mesurer le tour de bras de l'enfant, j'ai conseillé d’autres femmes qui peuvent maintenant détecter la malnutrition suffisamment tôt pour amener leur enfant au centre de santé pour y être soigné », a souligné Glecia Menos, 23 ans, membre du club des parents d'Anse-à-Veau, une localité voisine. 

Une mère mesurant le périmètre brachial d'une femme
UNICEF Haiti/2019/Seck
Un membre du club des mères utilise le PB pour mesurer le tour de bras de l’enfant à Anse-a-Veau, dans le département de Les Nippes, à Haïti.

Clubs des parents, une approche holistique de prévention communautaire 

La prévention de la malnutrition est essentielle dans le contexte haïtien, caractérisé par une pauvreté chronique associée à une crise socio-économique profonde, la monnaie locale ayant perdu 25% de sa valeur au cours de l’année écoulée. Les parents n'ont pas les moyens de payer les frais médicaux pour soigner leurs enfants lorsque ceux-ci souffrent de maladies évitables. Pour cette raison, les activités de sensibilisation menées par les femmes sont bénéfiques pour la communauté.  

Au total, plus de 1000 parents ont déjà été formées dans 61 clubs, dont 411 dans 20 clubs des Nippes. L’initiative cible 2 000 personnes, y compris des membres d’organisations confessionnelles et d’associations de femmes, des autorités locales et des animateurs de radio. Ces activités seront couplées à des émissions fréquemment diffusées sur 40 radios partenaires, dans le but de faire connaitre à 130 000 personnes les pratiques essentielles en matière de survie et de développement de l'enfant. 

Azard Marie, 36 ans, membre du même club que Jacqueline, est enceinte de huit mois et répond bien aux exigences des soins prénatals. Elle a terminé les quatre visites obligatoires et souhaite administrer du colostrum à son bébé dans l'heure qui suit l'accouchement. « Je n’ai pas donné de colostrum à Kevin, mon fils aîné, à sa naissance à cause de la couleur jaunâtre du liquide. Au club, on m'a dit que le colostrum est bon pour la santé du bébé », a-t-elle expliqué. Le colostrum est le premier lait sécrété après l'accouchement et il est riche en anticorps, ce qui confère une immunité aux nouveau-nés et une protection contre les infections. 

L’approche « club des parents » se développe grâce à la multiplication d'interventions éprouvées spécifiques à la nutrition et à fort impact, centrées sur les 1 000 premiers jours, la période de la vie allant du début de la grossesse à 2 ans et considérée comme la meilleure fenêtre d'opportunité pour la prévention de la malnutrition. Les actions préventives précoces produisent également un meilleur retour sur investissement que les actions curatives tardives, chaque enfant atteignant son potentiel de développement intellectuel et physique.