La formation professionnelle : un rempart contre le travail domestique des enfants

Avec un financement du gouvernement canadien, l’UNICEF coordonne la mise en œuvre du ‘’Projet de lutte contre le travail domestique des enfants’’

Jean Panel Fanfan
Les jeunes de Beaumont posant avec leur certificat
UNICEF Haiti/Fanfan

18 février 2020

Avec un financement du gouvernement canadien, l’UNICEF coordonne la mise en œuvre du ‘’Projet de lutte contre le travail domestique des enfants’’. Plusieurs partenaires participent à ce projet dont l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’institut national de formation professionnelle (INFP) qui implémente le volet formation professionnelle dans trois départements du pays, le Sud, la Grand’Anse et l’Ouest. Dans les localités reculées de la Grand’Anse, la formation professionnelle vient comme une bouffée d’oxygène tant les opportunités d’insertion économique sont minces pour les jeunes de ces localités.  

La voix forte et aigue, le regard droit et volontaire, Rosena J. 16 ans, se tient devant la salle, pour recevoir son certificat. « Je vous remercie parce que maintenant je peux coudre mon uniforme pour aller à l’école. Je suis très contente d’avoir eu l’opportunité de suivre ce cours avec tous mes camarades et je souhaite que ce projet puisse perdurer dans la communauté afin de permettre aux autres qui n’ont pas pu s’inscrire dans la première cohorte d’en bénéficier », indique-t-elle au nom des récipiendaires.

Ces jeunes ont pu achever leur formation à force de volonté et d’abnégation malgré les troubles sociaux et politiques qui ont paralysé le pays. Rosena habite dans une localité appelée Labondance, un endroit très difficile d’accès de la commune de Beaumont. En dehors de quelques jeux de société, il y a très peu de loisirs au sein de la communauté pour les enfants, il n’y a pas d’électricité... Cette formation, en plus d’avoir doté les jeunes de la localité de compétences professionnelles, leur a permis de sortir de l’oisiveté habituelle.

« C’était très difficile de sortir de chez nous durant les évènements parfois. Mais nous avions le soutien de nos parents ainsi que des formateurs qui ont bravé le danger. Ils vérifiaient la situation sécuritaire avant de nous laisser partir. C’est vraiment important d’avoir pu achever cette formation », rappelle-t-elle.

Rosena juge que l’expérience était positive, car elle a appris beaucoup de choses. Les jeunes ont bien travaillé et ils étaient très attentifs aux cours. L’ambiance était très cordiale et les formateurs et formatrices très compétents. Elle a choisi la filière coupe-couture car elle a toujours aimé la mode. De plus, sa mère est une ancienne couturière.

Lorsqu’on lui demande si elle pense qu’elle est une bonne couturière, elle répond par l’affirmatif avec assurance et un large sourire. « Je peux coudre une jupe, un corsage, un gilet et je peux même confectionner des habits pour les hommes. Maintenant il est de notre responsabilité de continuer à pratiquer afin de ne rien oublier », insiste-t-elle. 

Rosena a fait part de sa gratitude envers le bailleur, le Gouvernement du Canada ainsi que les autres partenaires du projet.           

Rosena posant à coté d'Arsene Bagré, spécialiste en Protection à l'UNICEF
UNICEF Haiti/Fanfan
Rosena posant à coté d'Arsene Bagré, spécialiste en Protection à l'UNICEF. En arrière plan, Mme Garlène Dupoux, responsable de l'IBESR dans la Grand'Anse, partenaire du projet.

Etendre la formation professionnelle a d’autres jeunes en situation de vulnérabilité

La formation a permis de toucher une première cohorte de près de de 834 dont 300 jeunes de la Grand ‘Anse. Le programme vise à terme à former 1700 jeunes dans les trois départements ciblés par le projet. Les séances se sont portées sur trois filières principales dont la plomberie sanitaire, la coupe couture, les techniques agricoles et d’élevage. Les jeunes ont suivi au total plus de 200 heures de cours, le minimum requis pour obtenir le certificat de l’INFP. Des outils sont remis aux jeunes gradués pour qu’ils puissent démarrer leurs activités.

L’importance de continuer

Arsène Bagré, spécialiste en Protection de l’enfance à l’UNICEF a remercié le Gouvernement canadien pour son appui financier au projet. 

« Je salue les différents acteurs, sous le leadership du gouvernement haïtien, qui offrent des opportunités socioéconomiques à des jeunes de la Grand ‘Anse, surtout ceux en situation de vulnérabilité. J’encourage les heureux lauréats à bien valoriser toutes les compétences acquises pour gérer au mieux leur vie personnelle, sociale et professionnelle et leur future vie de famille », indique-t-il. 

Photo du groupe d'enfants, lors de la cérémonie de remise de diplome à Jérémie en présence de Mme Maguy Durcé, directrice générale de l'INFP
UNICEF Haiti/Fanfan
Photo du groupe d'enfants, lors de la cérémonie de remise de diplome à Jérémie en présence de Mme Maguy Durcé, directrice générale de l'INFP

Le projet de lutte contre le travail domestique des enfants vise à mettre en œuvre des interventions relatives à la prévention des situations d’exploitation, au développement de mécanismes de protection et de prise en charge pour les enfants à risque ou victimes de négligence, d'abus, de violence et d’exploitation. Il vise aussi à pourvoir à l’accompagnement des enfants placés dans les ménages comme travailleurs domestiques à vivre leur enfance dans le plein respect de leurs droits, et, pour ceux en âge de travailler, d’exercer une activité professionnelle respectueuse de leur développement et des règles du droit du travail.