Formation professionnelle: Smeralda Bruno, élève et mécanicienne

« L’opportunité s’est présentée et je l’ai saisie », explique Smeralda 

Mehdi Meddeb
Smeralda en train de reparer le moteur d'une motocyclette
UNICEF Haiti/2020/Belveze
30 mars 2021

Former, former, former. C’est par ce credo que les autorités haïtiennes et leurs partenaires de l’OIT et de l’UNICEF soutiennent la formation professionnelle. Dans leur viseur : les moins de 24 ans. Car 70% d’entre eux sont au chômage, mais pour certaines, la donne change. Le projet est financé par le Canada. 

Au premier abord, Smeralda Bruno n’était pas très mécano. « La mécanique, je n’aimais pas trop cela, explique, sourire en coin, l’adolescente de 17 ans. Mais j’ai appris, et depuis j’aime ! ». Et désormais elle se prend à rêver. « Et pourquoi pas ouvrir mon atelier de réparation de motos avec mes camarades ! ». Il y a encore quelques mois, cette fausse timide – « une vraie bavarde » selon l’un de ses professeurs - n’aurait certainement jamais osé énoncer une telle ambition. « Apprendre la mécanique, c’est très cher, et on n’a pas les moyens », reconnaît-elle, vêtue d’un chasuble jaune pour son cours de mécanique moto. Avant d’ajouter : « l’opportunité s’est présentée et je l’ai saisie ».  

Une opportunité offerte par l’INFP, l’Institut national de la formation professionnelle, et soutenue par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et  l’UNICEF avec l'appui financier du Gouvernement canadien. Car en Haïti, trop de jeunes arrivent sur le marché du travail sans aucune formation. « Seuls 12% des femmes de 20 à 24 ans ont un emploi qualifié en Haïti », rappelle ainsi Jefferson Belizaire, officier de communication à l’OIT. Comme Smeralda, 830 jeunes Haïtiens ont été formés, et le programme vise à terme à en former 1700. 

 

Mehdi Meddeb

Une aubaine pour Smeralda, consciente que l’éducation et la formation sont des outils indispensables pour être indépendant économiquement. « Ma mère ne possède ni terres, ni bétail, note-t-elle. Et la seule chose qu’elle peut m’offrir c’est l’éducation. D’ailleurs, ma tante m’aide aussi financièrement, et me dit que l’école est la clé de la réussite ». Et pour cette jeune habitante de Croix-des-bouquets, aller à l’école relève du parcours du combattant. « Je dois marcher une vingtaine de minutes avant de prendre une camionnette quand j’en trouve, explique-t-elle dans une des classes de son collège Jacques Roumain. Puis, je dois marcher de nouveau une quinzaine de minutes ». « Mais au final, j’aime l’école, j’aime venir à l’école », s’empresse de dire Smeralda.  

Car, les derniers temps furent difficiles pour les écoliers et les adolescents haïtiens. « Nous avons traversé une crise socio-politique difficile, dit-elle. Avec Peyi Lock, on ne pouvait plus se rendre à l’école pendant trois mois. Il y avait des tirs et des barricades ; mes parents avaient peur pour nous, et on devait rester à la maison ». Par chance, ce ne fut pas une année blanche, mais trois mois ont été perdus, et les frais de scolarité envolés. Une année revient à 25000 gourdes, soit plus de 250$, une somme très importante ses parents, commerçante et chauffeur de taxi-moto. La crise passée, Smeralda et ses camarades ont maintenant cours le samedi également, soit 6 jours sur 7. 

Smeralda fait beaucoup de pratique de la mécanique avec les autres jeunes du projet.
UNICEF Haiti/2020/Belveze
Smeralda fait beaucoup de pratique de la mécanique avec les autres jeunes du projet.

Ce jour-là c’est contrôle pour toutes les classes. Pour Smeralda, en « NS2 », secondaire 2, les examens de chimie et de biologie s’enchaînent. Ensuite, après avoir du choisir entre différentes glandes « hypophyses, tyroïdes, sébacées », ou si c’est le neutron ou le proton qui gravite autour de l’atome, c’est une deuxième journée de formation en plus de cet enseignement fondamental. Une après-midi dans le cambouis. Pour cela, il faut marcher de nouveau une bonne vingtaine de minutes avant de rejoindre l’école professionnelle Sainte Trinité située dans une aire reculée du quartier.

Dans la cour, des carcasses de voitures, d’ambulance américaine désossée, et des moteurs qui traînent. A l’intérieur, on s’affaire sur des moteurs de moto. Comme Smeralda, elles sont 6 femmes pour le double de garçons. En binôme, ils déconstruisent toutes les parties du moteur. « J’aime visser et dévisser, admet Smeralda, les doigts pleins de graisse de mécanique. Les femmes autant que les hommes sont capables d’apprendre la mécanique ». Ainsi, avec un double cursus, Smeralda sera mieux armée pour affronter le marché du travail haïtien et trouver un emploi. 

 

Smeralda passe son temps entre l'école classique et la mécanique
UNICEF Haiti/2020/Belveze
Smeralda passe son temps entre l'école classique et la mécanique