Aider les enfants libérés à se réinsérer dans la société

Le programme permet d’accompagner les enfants libérés afin de leur éviter tous les risques de récidive.

Jean Panel Fanfan
Un enfant avec sa mère
UNICEF/UNI337822/Ryeng
11 novembre 2020

Grâce à un financement du Fonds de consolidation de la paix (PBF) des Nations Unies, l’UNICEF soutient l’Institut Mobile d’Education Démocratique (IMED) pour la réinsertion sociale des enfants en conflit avec la loi. Le programme permet d’accompagner les enfants libérés afin de leur éviter tous les risques de récidive.

« Ces deux ans que j’ai passés en prison, c’est l’un des moments les plus difficiles de toute ma vie.  Je ne réalisais pas que je pouvais dormir avec un seau tout proche de moi, pour faire mes besoins. J’étais très vulnérable à 14 ans d’âge. Mais j’ai appris de ces épreuves, c’est le prix que j’ai payé pour ne pas avoir écouter les conseils de ma mère.  Mais je suis sorti une personne plus forte », explique Fernand (nom d’emprunt), âgé de 18 ans, la voix fluette et presque inaudible. Il a beaucoup de mal à revenir en arrière car le traumatisme est là. Cependant, il tient à en parler.

Il a été arrêté en 2016 pour le vol d’un téléphone, délit qu’il nie avoir commis. De là, a commencé son calvaire, puisqu’il a été transféré deux fois d’une prison à une autre. Ensuite, il est resté au Centre de Rééducation des Enfants en Conflit avec la Loi (CERMICOL), d’où il a été libéré. En prison, il n’est pas resté sans rien faire, il a pu aller à l’école, et participer aux examens nationaux de 9ème année fondamentale, où il a réussi avec de fortes notes. Il maitrise aussi certains logiciels informatiques.

Fernand fait partie d’un groupe de 35 jeunes libérés et qui sont supportés par le programme de réinsertion des enfants en conflit avec la loi de l’Institut Mobile d’Education Démocratique (IMED) financé par l’UNICEF grâce à un financement du Fonds de consolidation de la paix (PBF. L’appui consiste entre autres, à permettre aux jeunes de retourner à l’école, à leur assurer un accompagnement psychosocial et juridique, et à aider leurs parents à créer des activités génératrices de revenus.

Eviter que les jeunes ne récidivent

Fernand a changé. Il dit passer beaucoup de son temps entre les études et la prière. Très marqué par son expérience, il veut apprendre le droit et de là s’inscrire à l’école de magistrature afin de combattre les manques du système judiciaire. « Je ne dis pas que je pourrais changer les choses, mais à mon niveau, il y a des cas que je pourrais gérer. Car il y a beaucoup trop d’injustice dans le pays », regrette-t-il.

À la suite de son projet d’assistance légale au bénéfice des mineurs en conflit avec la loi au CERMICOL, IMED a étudié 200 dossiers et a réussi à faire libérer 147 jeunes. Mais plusieurs d’entre eux ont récidivé par manque d’assistance à cause de l’absence du volet « Réinsertion ».

les enfants d'Haiti

Pour Mme Kettly Julien, directrice exécutive de l’IMED, l’un des problèmes dont les jeunes libérés sont confrontés, c’est le retour dans leur environnement d’origine.  Car les parents n’ont souvent pas les moyens de déménager. « Ils subissent beaucoup de pression pour intégrer les bandes armées. Et s’ils ne veulent pas, ils doivent déserter la zone. Sinon, c’est à leurs risques et périls », explique-t-elle. « Ce projet que nous mettons en œuvre avec le soutien de l’UNICEF, permet aux enfants qui sont réintégrés dans leur famille d’aller à l’école et d’apprendre une profession, comme qui sont à CERMICOL », ajoute-t-elle.

Améliorer l’Etat de droit en Haïti

La détention des enfants est-elle la solution ? Selon un sondage U-Report lancé au mois de mai 2020, 53% des 2.738 jeunes interrogés pensent qu’un enfant ne doit pas aller en prison, contre 26% qui disent le contraire. 68% croient qu’un enfant en conflit avec la loi ne doit pas être traité comme un adulte, et que 66% estiment qu'on devrait libérer les enfants en prison pour leur bien-être, leur protection et éviter la propagation du Coronavirus.

Le projet d’IMED fait partie d’un programme plus global qui vise à améliorer l’Etat de droit en Haïti. Il contient un volet de prise en charge et réinsertion que l’UNICEF supporte, en appuyant la Brigade de protection des mineurs (BPM), l’Institut du Bien-Etre social et de recherches (IBESR) et d’autres organisations. « Ces institutions font le lien avec certaines autorités étatiques afin de libérer les enfants, afin de les accompagner, les placer dans des familles d’accueil ou les réunifier avec leur famille biologique et leur assurer un suivi post-carcéral pour qu’ils ne soient plus à nouveau en conflit avec la loi », indique Claude Mane Das, spécialiste en Protection de l’Enfance à l’UNICEF.

« Le secteur de la justice des mineurs est sous-financé. Ce projet vise le renforcement des institutions clés de la protection de l’enfance, en particulier les tribunaux pour enfants, la BPM, l’IBESR, l'Office de la protection du citoyen (OPC) et les organisations de la société civile afin de de s’assurer qu’il y ait une coordination plus efficace entre ces acteurs qui travaillent dans le domaine », poursuit-il.

La Convention relative aux droits de l’enfant définit un enfant comme tout être humain de moins de 18 ans et dispose que la détention d’un enfant ne doit être qu’une mesure de dernier ressort. Le droit international exige également que la durée de détention soit aussi brève que possible et que la peine prononcée, soit proportionnée aux circonstances et à la gravité de l’infraction. L’UNICEF travaille donc aux côtés du Gouvernement et de la société civile pour promouvoir des solutions alternatives afin d’éviter toute détention d’enfants.