10 ans après sa reconstruction, l’école Citron Marlique continue de desservir la communauté

L'école a été construite par l’UNICEF après le tremblement de terre de 2010

Jean Panel Fanfan
UNICEF Haiti/Telisma

13 janvier 2020

Il est 9h30 du matin. A l’école communautaire de Citron Marlique, ce n’est pas la grande affluence. Les troubles socio-politiques sont passés par là et tous les parents n’ont pas envoyé leurs enfants à l’école. Les salles de classe sont clairsemées. La température fraiche est agréable sous ces latitudes, on est en pleine montagne au mois de décembre. Plus loin, la baie de Port-au-Prince s’étale à perte de vue. Cependant, la route menant à l’école n’est pas de tout repos. C’est un dénivelé de pistes à pic constituées de crevasses, et il faut une solide voiture pour y arriver. Même les motos s’y risquent avec réticence tant le trajet est difficile.

L’école Citron Marlique fait partie de l’une des 193 écoles semi-permanentes construites par l’UNICEF après le tremblement de terre. Elles sont en structure semi-permanente, légère mais assez solide pour durer des années. Elles sont dotées d’infrastructures d’accès en eau et assainissement. Lors de leur construction, ces écoles ont bénéficié d’un paquet complet : installation de sanitaire, distribution de mobilier scolaire, banc, chaises ; distribution de fournitures classiques et de matériels sc

La voix presqu’inaudible et enrouée par l’émotion, Brevil Jethro, 19 ans, ancien élève à l’école communautaire de Citron Marlique, se rappelle de douloureux souvenirs de sa jeune vie. Il a perdu sa mère, une tante et bien d’autres proches. Cependant, retourner à l’école près de trois mois après la catastrophe était pour lui une bouée de sauvetage.  

« Lorsque j’ai vu que l’école était totalement détruite, j’ai eu un choc terrible. Déjà que j’avais perdu ma mère et maintenant je perdais un second soutien en l’école détruite. C’était une partie de mon espoir qui s’envolait », se rappelle-t-il. Toutefois, il était envahi de joie quand il a vu que les démarches pour reconstruire l’école commencer. Son jeune âge ne l’a pas empêché de donner sa contribution, en aidant avec une pierre ou en allant faire une petite commission. Il ne cache pas sa fierté d’avoir aidé.

« J’étais vraiment très content le premier jour de classe. Je me souviens qu’il y a eu une cérémonie et j’avais pris la parole publiquement pour remercier l’UNICEF pour cette aide. Et jusqu’à présent, l’UNICEF représente une partie importante de ma vie. Car l’école m’a beaucoup aidé pour mon avenir. Si je suis en classe de Philo aujourd’hui, c’est grâce à l’école », estime-t-il, ajoutant qu’il veut devenir ingénieur en électronique

UNICEF Haiti/Telisma
Brévil Jethro sur la cour de l'école

L’école n’aurait pas été reconstruite sans le dévouement et l’abnégation de sa directrice, Mme Annette Louis. Elle a initié les démarches auprès du ministère de l’Education nationale pour avoir une tente de l’UNICEF, car elle voulait reprendre les activités scolaires au plus vite. Même si elle avait perdu des proches qui sont toujours portés disparus, et que sa maison était détruite, sa priorité était la scolarisation des enfants.

« J’ai reçu la tente et des inspecteurs ont vu que l’école était éligible pour le programme de reconstruction et nous avons pu y bénéficier. C’est le plus beau cadeau à la communauté, car l’école est aussi un lieu de rassemblement pour des activités culturelles et sociales comme celles des clubs de jeunes, entre autres », s’exclame-t-elle.

Dix ans après, Citron Marlique est en très bon état. Le temps ne semble pas avoir eu d’emprise sur le bâtiment. Le mobilier scolaire fournit par l’UNICEF est toujours là. Mme Louis a enclenché des travaux d’amélioration afin de protéger les salles de classe. Elle veut mettre sur pied une salle d’informatiques pour les écoliers mais n’a pas encore les moyens de le faire. Les mots lui manquent pour remercier l’UNICEF. « Je félicite l’UNICEF pour le bon travail et je souhaite qu’il continue de travailler avec le peuple haïtien », conclut-elle.

UNICEF Haiti/Telisma
Mme Annette Louis, directrice de l'école communautaire de Citron Marlique.

C’est le plus beau cadeau à la communauté, car l’école est aussi un lieu de rassemblement pour des activités culturelles et sociales comme celles des clubs de jeunes, entre autres.

Mme Annette Louis, directrice de l'école communautaire de Citron Marlique

L’UNICEF a été un acteur majeur dans la réouverture des classes après le séisme

Dans les zones affectées par le séisme, 80% des écoles étaient détruites ou endommagées. Près de 3 millions d’enfants ont connu une interruption totale ou momentanée dans leur scolarité. L’important, c’était d’envoyer les enfants rapidement à l’école dans un environnement sécurisé. Car les enfants avaient peur de retourner dans les salles de classe sous le béton. Aussi, le gouvernement de l’époque, de concert avec l’UNICEF et d’autres partenaires avaient mis en place un plan de retour à l’école.

L’UNICEF a soutenu la création de plus de 200 espaces d’apprentissage temporaires distribuant 1 600 tentes avec du matériel d’enseignement et d’apprentissage à quelque 600 écoles, au profit de 300 000 élèves et 40 000 enseignants. L’UNICEF a également donné des conseils aux professeurs pour aider les enfants à surmonter leur peur.

L'UNICEF a étendu ses efforts à l'ensemble du pays au début de l'année scolaire 2010-2011 scolaire, en atteignant 720 000 enfants et 15 000 enseignants dans 2000 écoles.

En 2014, 15 nouvelles écoles ont été construites dans des zones reculées sans services éducatifs (Nord et Sud), bénéficiant à 8 000 enfants. Ces nouvelles écoles ont été construites selon un concept antisismique et anticyclonique.