« Sans les chauffeurs, il est impossible à l’UNICEF de fonctionner »

Ce sont les chauffeurs qui permettent à l'UNICEF d'atteindre la population dans les endroits les plus reculés

Marie Gabrielle Latortue
UNICEF2019/Manuel

09 janvier 2020

Le séisme du 12 janvier 2010 a fait plus de 220 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abris. D’innombrables familles ont été brisées et 750 000 enfants directement touchés. Même s’ils ont souffert dans leur chair, les collègues de l’UNICEF ont répondu présents. Nous vous offrons leur témoignage. Voici celui de Gabrielle Latortue, chauffeur à l’UNICEF Haiti.

Lors du tremblement de terre, j’étais dans une camionnette de transport public sur la route de Frères, avec l’un de mes fils. Sous le coup de la panique, je voulais me réfugier dans un bâtiment tout proche, il m’a retenu en me disant que c’est un séisme. Et le temps de réaliser ce qui se passait, la maison que je visais s’est effondré. Mon fils m’a sauvé la vie.

A ce moment mon seul souci était de savoir si mes autres fils et mes neveux, qui étaient à la maison, avaient survécu au désastre. J’ai pris la route à pied pour rentrer chez moi. Toute la population était aux abois sur le chemin du retour, il y avait des débris partout. Je me suis dit : Mon Dieu ! Tous les enfants sont morts. Heureusement, la maison a tenu bon, elle ne s’est pas écroulée. J’ai eu beaucoup de chance, je n’ai perdu aucun proche.

Aussitôt embauchée, aussitôt sur le terrain

J’ai su qu’on embauchait des chauffeurs-femmes à l’UNICEF quand une cousine m’en a parlé. Elle savait que conduire des voitures était ma passion. J’ai entrepris toutes les démarches, apporté mon dossier et réussi les tests pratiques et théoriques. En juin 2010, j’ai eu le poste. C’était la Représentante de l’époque, Mme Françoise Gruloos-Ackermans, qui avait donné l’opportunité aux femmes de venir travailler à l’UNICEF en tant que chauffeurs.

En moins d’un mois, je suis allé sur le terrain. Il y avait tellement de travail, qu’il fallait partir rapidement. Nous étions allés à Léogâne, avec deux autres collègues car cette ville était vraiment impactée et il y avait beaucoup de besoins. J’ai passé 5 jours là-bas et je me suis progressivement intégrée dans l’équipe.

Je n’imagine même pas le travail de l’UNICEF sans les chauffeurs. C’est impossible. Les chauffeurs vont partout, dans les endroits reculés et sur des routes très dangereuses où il faut beaucoup de sang-froid et d’adresse. Ce sont les chauffeurs qui amènent les autres collègues délivrer l’aide et assister les bénéficiaires. Nous avons facilité le passage de l’aide dans ces moments difficiles car, pour moi, le pays était dans une impasse et il avait besoin de l’aide de tout le monde.

Le travail de chauffeur est un sacerdoce

Mon expérience la plus marquante a été le jour où, avec un collègue à mobilité réduite qui travaillait dans l’éducation, et nous devions aller à Anse-à-Pitre dans le Sud-Est. Nous avons fait la route par Jacmel. Nous avons laissé Port-au-Prince à 6 heures du matin et nous sommes arrivés à 7 heures du soir, plus de 12 heures de route. En descendant de la voiture, je ne sentais plus mes jambes. Nous étions tellement fatigués, mais ce qui nous importait c’était de faire le travail. Il fallait effectuer la supervision de toutes les écoles dans la zone.

Nous sommes arrivés dans une localité et la route était en très mauvais état. La dernière fois qu’une voiture avait emprunté cette route, elle était tombée dans le ravin. C’était un camion. Mais j’ai réussi à passer. J’ai été très marquée en voyant la situation difficile des gens qui vivaient là-bas. Ils n’avaient accès à aucun service. C’était la première fois qu’une voiture arrivait dans cette zone depuis longtemps.

Le travail de chauffeur n’est pas facile. Dans certains endroits du pays, il faut vraiment s’armer de courage, car les routes sont très dangereuses. Nous avons mêmes faillis être piégés dans du sable mouvant une fois. Ce sont les habitants de la zone qui nous ont alertés.

L’envie de faire son travail est toujours plus fort que tout. Nous devons nous armer de volonté et d’abnégation dans notre tâche. En tant que chauffeur à l’UNICEF, je sais que c’est ma mission de travailler pour le bien-être des enfants.