« Nous étions déterminés à voir les enfants retourner à l’école »

L’UNICEF a poussé pour la réouverture des classes en avril 2010

Ganddey Milorme
UNICEF2019/Manuel

09 janvier 2020

Le séisme du 12 janvier 2010 a fait plus de 220 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abris. D’innombrables familles ont été brisées et 750 000 enfants directement touchés. Même touchés dans leur chair, les collègues de l’UNICEF ont répondu présents. Nous vous offrons leur témoignage. Voici celui de Ganddey Milorme, à l’époque officier en éducation et aujourd’hui, officier en Urgences à l’UNICEF Haïti.

Le tremblement de terre a été un choc total pour moi, comme pour la totalité des Haïtiens. J’ai échappé de peu au désastre car mon ancien bureau s’était totalement effondré.  J’ai pris l’ampleur de la catastrophe quand j’ai vu un immense supermarché sur la route de Delmas, complètement détruit. A ce moment, je me suis dit : Mon Dieu ! Et ma famille ! Je marchais mais je n’étais plus moi-même. Je n’avais plus qu’un seul objectif, rejoindre ma famille. J’étais envahi par le doute et l’angoisse. Lorsque je suis rentré chez moi, tout le monde allait bien, j’étais vraiment soulagé.

Sur l’instant, j’ai pensé que la vie allait reprendre son cours normal rapidement. Ce n’est que le soir que je me suis rendu compte que reprendre le cours normal des choses allait prendre du temps, beaucoup de temps. Dix ans après, je perds encore la notion des choses et du temps. Je n’ai même pas réalisé que dix années se sont écoulées. C’était des moments très difficiles, il a fallu beaucoup de résilience pour s’en sortir.

L’UNICEF a poussé pour la réouverture des classes en avril 2010

Au départ, ma venue à l’UNICEF était provisoire, il y avait une entente avec mon employeur de l’époque qui m’a mis en disponibilité, car toutes les activités du bureau étaient au point mort. J’ai été embauché à l’UNICEF comme consultant pour travailler dans les camps et aider à mettre en place des écoles dans les camps.

J’avais travaillé sans regarder l’horloge. Je passais beaucoup de temps au bureau car à l’UNICEF, une seule chose était importante, permettre aux enfants de retourner à l’école au plus vite après le séisme. Les enfants étaient toujours traumatisés par la catastrophe, et l’objectif était de les permettre de reprendre une vie normale en reprenant les cours.

L’UNICEF est l’organisation qui a rendu possible la rentrée des classes en avril 2010. Je peux l’affirmer. C’est l’UNICEF qui a poussé pour que la rentrée se fasse au plus vite. L’organisation a également mis en place les structures, en supportant le ministère de l’Education nationale. Nous avons distribué de grandes tentes, des mobiliers scolaires ainsi que des sacs d’écoles contenant des fournitures.

Au début, j’étais un peu dubitatif devant la volonté de mon superviseur de l’époque, le Chef de l’Education à l'UNICEF Mohamed Fall, d’ouvrir les classes.  Les moyens ne suivaient pas. Le bâtiment du ministère lui-même était totalement détruit. Cependant avec une explication plus approfondie du plan consistant à utiliser des tentes et à distribuer du matériel scolaire, j’ai commencé à y croire.

J’ai joué un important rôle dans la réalisation de cette activité. J’étais en charge d’approvisionner, et de distribuer le matériel scolaire au ministère, dans les écoles et les autres structures pour réussir la rentrée des classes. Ce n’était pas une tâche facile car il fallait distribuer plus de 500 000 kits scolaires en l’espace d’un mois.

Il y avait un but à atteindre, des écoles à ouvrir et mettre les enfants dans les classes. Nous étions tous motivés à atteindre cet objectif. Toute ma satisfaction est venue, le jour où la Représentante de l’époque, Mme Françoise Gruloos-Ackermans lançait officiellement la réouverture des classes, de concert avec le Ministère de l’éducation. Ce moment m’a poussé à redoubler d’efforts. Et nous avons réussi dans notre accompagnement.

Dix ans après, avec le recul, je pense qu’il aurait valu mieux accompagner le Ministère et renforcer l’autonomie des cadres afin qu’il puisse se prendre en charge. Je regrette que ce ne fut pas le cas. C’était important d’encourager leur indépendance dans divers domaines. Pour moi, l’éducation, c’est l’outil fondamental pour le développement du pays.