« La vaccination des enfants a permis d’éviter une catastrophe sanitaire »

Il fallait aider le ministère de la Santé publique pour protéger la population contre les épidémies

Ernsly Jackson
Dr ernsly Jackson prenant la pause
UNICEF2019/Manuel
08 janvier 2020

Le séisme du 12 janvier 2010 a fait plus de 220 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abris. D’innombrables familles ont été brisées et 750 000 enfants directement touchés. Même victimes dans leur chair les collègues, de l’UNICEF ont répondu présents. Nous vous offrons le témoignage du Dr Ernsly Jackson, spécialiste en immunisation à l’UNICEF.  

J’ai payé le prix fort, lors du tremblement de terre de janvier 2010. J’ai perdu une cousine que je considérais comme ma sœur. Ma maison a été totalement détruite. De nombreux membres de ma famille, des amis et des camarades de promotion ont été, soit morts, soit blessés. Je ne savais vers qui me tourner puisque tout le monde se trouvait dans la même situation de choc.  

Dès les premiers moments, j’ai su que c’était un tremblement de terre car j’avais étudié au Japon. J’étais en route pour Fond-Verettes et j’ai fait rapidement demi-tour. Ma première intention était d’aller porter mon aide directement à l’hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH). Sur la route, au vu de la situation, j’ai compris que ce n’était pas possible. La voiture ne pouvait continuer, je l’ai donc abandonné et je suis rentré chez moi à pied. Ensuite, je suis allé prendre des nouvelles de mes proches.

Beaucoup plus d’enfants vaccinés

Après avoir géré les situations d’urgence dans ma famille, je suis allé appuyer, de façon bénévole, le Ministère de la Santé publique pour protéger la population contre les épidémies. Puisque j’ai fait mes études avec un appui de l’Etat haïtien, c’était pour moi le bon moment de payer en retour. Mon domaine d’expertise étant la prévention des maladies évitables par la vaccination, j’ai coordonné une campagne de vaccination et j’ai eu des rapports de travail très serrés avec des organisations internationales dont l’UNICEF.

 J’ai par la suite appliqué pour une position et j’ai été retenu pour le poste. J’ai fait le choix de l’UNICEF parmi tant d’autres agences qui m’avaient fait une proposition, parce que l’organisation avait une portée opérationnelle. Elle touche directement le bénéficiaire. L’UNICEF a joué un rôle important dans l’amélioration des chiffres de la vaccination à travers tout le pays.

Une fois à l’UNICEF, nous avons coordonné et appuyé des activités de vaccination et prévenu la perte de plusieurs enfants.  Car un enfant victime de diphtérie a 60 à 70% de chance de mourir.  Donc la prévention est très importante.

Nous avons aidé à augmenter le nombre d’enfants vaccinés. Avant le tremblement de terre, seul 60 enfants sur 100 étaient vaccinés. Tout de suite après le séisme, l’UNICEF a appuyé le gouvernement haïtien pour l’élaboration une stratégie de renforcement de la vaccination de routine plus connue sous son appellation anglaise : Reach Every Child, RED (en français, atteindre chaque commune). En 2011, pour la première fois, Haïti a atteint le taux de 85% en vaccination contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTP3). L’UNICEF a priorisé les communes du pays avec les taux de couverture oscillant entre 3 et 4%, ce qui a permis de d’augmenter le nombre d’enfants vaccinés. L’approche RED a eu un impact positif sur la vaccination en Haïti.

S’il y a une leçon à tirer de la période du tremblement de terre, c’est une meilleure coordination des partenaires opérationnels. Car il y a eu beaucoup de financements et beaucoup d’ONGs. Aujourd’hui, il faut renforcer le Ministère de la santé dans son rôle de coordination et de leadership.