« Il y a des progrès notables après dix ans, mais les efforts doivent continuer »

Comme la plupart des haïtiens, le tremblement de terre du 12 janvier 2010 m’a pris au dépourvu

Bérangère Antoine
UNICEF2019/Manuel

07 janvier 2020

Le séisme du 12 janvier 2010 a fait plus de 220 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abris. D’innombrables familles ont été brisées et 750 000 enfants directement touchés. Même victimes dans leur chair les collègues, de l’UNICEF ont répondu présents. Nous vous offrons leur témoignage. Voici celui de Bérangère Antoine, spécialiste en Communication pour le développement à l’UNICEF.  

Comme la plupart des haïtiens, le tremblement de terre du 12 janvier 2010 m’a pris au dépourvu. J’étais à Pétion-Ville sur le point de rentrer chez moi. Je venais tout juste de récupérer mes enfants à l’école. Mon dernier-né à l’époque avait 18 mois et nous ne pouvions pas rentrer chez nous car la route était bloquée. La circulation automobile devenait subitement impossible. Les gens hurlaient, pleuraient leurs morts ou s’activaient pour sauver un proche ou une connaissance prisonnière des décombres.  Nous avions dormi dans la voiture pendant trois jours, c’était un véritable cauchemar. On a eu du mal à trouver du lait pour le bébé qu’il fallait coûte que coûte nourrir.

Quand j’ai pu atteindre la maison, elle était partiellement détruite et mes objets les plus importants jonchaient le sol. Pour comble de malchance, le mur d’enceinte avait aussi cédé et j’ai dû me rendre ailleurs, dans une cour mieux protégée, pour ériger une tente de fortune afin de passer les premières semaines de ma vie après le séisme. Cependant, il n’y avait pas de blessés ni de morts dans ma famille, c’était l’essentiel. 

Avant de venir à l’UNICEF, je travaillais comme responsable de communication dans un projet de santé sur la sécurité des injections et la gestion des déchets biomédicaux au niveau départemental et national. Je me suis bien fait connaitre à ce poste.

Dans le bain dès le premier jour

On m’avait offert de travailler à l’UNICEF bien avant le séisme mais, j’avais repoussé l’échéance, me sentant confortable dans ce que je faisais. Après le 12 janvier 2010, devant l’ampleur des problèmes à adresser, j’ai compris que je serais plus utile à l’UNICEF, car j’aurais la possibilité de toucher beaucoup plus de personnes à la fois. J’allais être en contact direct avec les enfants à travers différents programmes, et c’était l’une de mes motivations.

Dès ma prise de fonction pour la promotion de l’hygiène à la section « eau, hygiène et assainissement », j’ai été mise à l’épreuve. Le 10 mai 2010, mon premier jour de travail, je disposais d’une semaine pour préparer et lancer une grosse campagne de sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène. Forte de mon expérience en communication, je me suis attelée à la tâche et j’ai largement contribué à la réussite de cette campagne. Bien avant de faire connaissance avec mes nouveaux collègues, l’urgence de la situation réclamait mon expertise sur le terrain.

A l’UNICEF, j’étais extrêmement active. J’ai planifié et organisé des séminaires de promotion à l’hygiène pour les partenaires gouvernementaux, les membres des ONGs, les journalistes, entre autres. L’éducation de masse en situation post désastre était un champ relativement nouveau en Haïti. Il n’y avait pas vraiment de connaissances systématisées. J’ai organisé des séances de formation à n’en plus finir. Avec la survenue du choléra quelques mois plus tard, ces séminaires ont beaucoup aidé les acteurs dans leur travail sur le terrain.

Dix ans après, certains acquis sont restés

Avec le temps, je pense que mon action a eu un impact positif sur la vie des bénéficiaires. J’ai été dans les camps de déplacés pour animer des séances de sensibilisation sur le traitement de l’eau à domicile, le lavage des mains, l’hygiène alimentaire, etc. Les gens ont rapidement adopté les bonnes pratiques d’hygiène qu’on leur avait inculquées. Nous avons touché d’autres personnes de manière indirecte à travers les outils de sensibilisation que l’UNICEF avait développé en collaboration avec le Ministère de la santé publique. Notre action a permis d’améliorer la vie de milliers de personnes à travers différentes régions du pays.  

Dix ans après, des acquis demeurent en termes de structures, comme le cluster hygiène que le Ministère de la Santé et la DINEPA activent au début de chaque saison des pluies. En termes de mémoire, on sait maintenant qui consulter quand il y a une problématique liée à l’hygiène.  Nous avons beaucoup travaillé avec les organisations locales et le secteur religieux à travers l’organisation Religions pour la Paix. Elles sont toujours là et continuent de relayer les messages sur le terrain auprès des familles.  

En réponse à des situations d'urgence telles que l’épidémie de choléra et le tremblement de terre d'octobre 2018, l'UNICEF Haïti a soutenu l'approvisionnement en eau potable d'environ 350 000 personnes et la sensibilisation de près de 120 000 personnes sur l'hygiène et les risques liés au manque de lavage des mains ainsi qu’à l'accès privilégié aux installations sanitaires de plus de 18 500 personnes.