A N’Zérékoré, l’UNICEF implique les femmes dans le dépistage de la malnutrition chez l’enfant

A travers l’approche Mother MUAC, les femmes de N’zérékoré identifient les enfants malnutris et assurent leur prise en charge à l’aide du RUFT (Ready-to-use therapeutic food) et ou des produits locaux

Saa Momory KOUNDOUNO
Mme Lamah Sény, présidente du groupement des femmes de N'zérékoré en train d'expliquer aux femmes le choix et le mélange des aliments nutritifs pour un enfant
Saa Momory KOUNDOUNO
16 mars 2022

Mme Loua Kolette, âgée de 30 ans, est mariée et mère de 2 filles. La dernière Joséphine Koly Gbogomou n’a que 2 ans et 4 mois. Elle vit au quartier Nakiakpala de N’zérékoré. Un an après la naissance, Joséphine était souvent malade. Pratiquement chaque semaine, Loua se rendait avec sa fille dans une structure de santé et y était parfois hospitalisée. Joséphine avait du mal à reprendre sa forme.  « Quand ma fille a eu 6 mois, je lui donnais à manger des crèmes instantanées importées que je payais très chères, mais elle était toujours malade. Je passais la plupart de mon temps à l’hôpital. J’avais du mal à comprendre que ma fille souffrait de la malnutrition chronique », raconte Mme Loua Kolette. Beaucoup d’enfants de cette région vivent ces mêmes réalités.

Mme Loua Kolette, mère de Joséphine Koly Gbogomou en train d'expliquer comment elle a pu guérir sa fille de la malnutrition en la nourrissant à l'aide de l'alimentation à base de produits locaux
Saa Momory KOUNDOUNO
Mme Loua Kolette, mère de Joséphine Koly Gbogomou en train d'expliquer comment elle a pu guérir sa fille de la malnutrition en la nourrissant à l'aide de l'alimentation à base de produits locaux

Dans le cadre de la riposte à la maladie à virus Ebola (MVE) dans la région de N’zérékoré en 2021, l’UNICEF a mis en place « le périmètre brachial mère » qui est une approche de dépistage et de diagnostic de la malnutrition par les mères en utilisant des bandelettes MUAC (Mid-Upper Arm Circumference) mesurant le périmètre brachial et en capacitant les mères à détecter les œdèmes. Des groupements féminins avaient été identifiés, formés sur les pratiques familiales essentielles, le dépistage de la malnutrition, l’alimentations du nourrisson et du jeune enfant, l’introduction des aliments complémentaires à partir de 6 mois et les démonstrations culinaires à base de produits locaux. Elles ont été également équipées en boites à images pour la sensibilisation et en MUAC pour le dépistage systématique des enfants dans les ménages. « L’UNICEF nous a appris à comment dépister un enfant malnutris à l’aide du MUAC, comment récupérer un enfant en utilisant les produits locaux et comment le référer pour une prise en charge. C’est pourquoi nous organisons ces démonstrations culinaires d’un endroit à un autre dans notre quartier à l’intention de nos sœurs et mamans, pour leur montrer comment nourrir leurs enfants à base de produits locaux, plus accessibles et à moindre coût », raconte Mme Lamah Sény, présidente du groupement des femmes « La Joie ».

Mme Lamah Sény, présidente du groupement des femmes de N'zérékoré en train d'expliquer aux femmes le choix et le mélange des aliments nutritifs pour un enfant
Saa Momory KOUNDOUNO
Mme Lamah Sény, présidente du groupement des femmes de N'zérékoré en train d'expliquer aux femmes le choix et le mélange des aliments nutritifs pour un enfant

C’est ainsi, qu’en mai 2021, Kolette a l’occasion de participer à une de ces démonstrations culinaires, s’approprie de l’approche et la met en pratique avec sa fille. « J’ai été appelée par une amie pour venir assister aux séances de démonstrations culinaires organisées par le groupement féminin La Joie. C’est là que j’ai appris à préparer ce mélange d’aliments à portée de mains et à moindre coût pour nourrir mon enfant. Joséphine avait été dépistée malnutrie à l’aide du périmètre brachial et 3 mois plus tard, elle a repris sa forme. Je remercie infiniment l’UNICEF qui m’a aidée à sauver mon enfant de cette pitoyable situation qui semblait être sans issue », reconnaît Kolette avec un sourire aux lèvres.

Les avantages relatifs à l’utilisation de ces produits locaux sont également d’ordre financier, reconnait Kolette « La nourriture que j’achetais avant dans les boutiques, me coûtait 220 000GNF par mois, environs 25 USD. C’était vraiment très coûteux pour moi ! Par contre, durant ces 3 mois de nourriture à base de produits locaux, je n’ai dépensé que 60 000GNF [environs 7 USD]. Ça me fait un peu d’économies qui ont été orientées vers d’autres dépenses. Même mon mari est content de cette approche puisqu’il se sent très soulagé par cet allègement de dépenses », se félicite-t-elle.

Mme Loua Kolette, mère de Joséphine Koly Gbogomou en train d'expliquer comment elle a pu guérir sa fille de la malnutrition en la nourrissant à l'aide de l'alimentation à base de produits locaux
Saa Momory KOUNDOUNO
Mme Loua Kolette, mère de Joséphine Koly Gbogomou en train d'expliquer comment elle a pu guérir sa fille de la malnutrition en la nourrissant à l'aide de l'alimentation à base de produits locaux

A l’image de Joséphine, beaucoup d’enfants ont guéris de la malnutrition à travers le référencement aux centres de santé pour la prise en charge et l’alimentation à base de produits locaux, apprise à travers les démonstrations culinaires. C’est pourquoi, Kolette conseille à ses amies « Chères camarades, cette alimentation à base de nos produits locaux est très bonne. Ses différents constituants sont moins chers et plus efficaces. Moi, je l’ai expérimentée, j’ai vu les résultats au bout d’un court temps et elle m’a permis d’économiser ».

Au regard des résultats tangibles produits par l’approche périmètre brachiale mère, les femmes plaident pour se rendre dans les villages plus éloignés pour élargir cette approche à une plus grand nombre de femmes.