La situation des enfants dans le monde 1999: Education
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Encadré 8 Quelle langue pour l'éducation?

Pour des millions de jeunes enfants qui commencent leurs études dans une langue qui n'est pas la leur, l'école peut être un lieu étrange et intimidant. Obligés d'adopter une deuxième langue alors qu'ils n'ont que quatre, cinq ou six ans, ces enfants doivent abandonner tout un univers qui leur est familier pour entrer dans l'inconnu. Ils peuvent aussi en arriver à penser que la langue qu'ils connaissent depuis leur naissance est inférieure à la langue de l'école. Pour apprendre des matières complexes comme les mathématiques et la lecture, il leur faut fournir l'un des efforts les plus ardus qui leur sera jamais demandé; pourtant, les compétences linguistiques sur lesquelles repose l'essentiel de leurs facultés cognitives ont soudain été déclarées sans rapport avec la tâche à accomplir.

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Quand des enfants âgés d'à peine quatre, cinq ou six ans sont obligés d'adopter une deuxième langue, ils abandonnent un univers familier pour entrer dans l'inconnu. Ces fillettes suivent un cours d'anglais au Pakistan.

En s'écroulant, ces piliers du savoir peuvent aussi emporter l'assurance et le sentiment d'identité des enfants. Il n'est pas étonnant que tant d'enfants aient à lutter pour demeurer à l'école et y réussir. Une récente étude menée en Zambie a ainsi montré que les élèves qui commençaient l'école en anglais plutôt que dans leur langue maternelle n'acquéraient pas de compétences suffisantes en lecture pour être capables de bien apprendre par la suite de la troisième à la sixième année.

Les experts reconnaissent de plus en plus combien il est important que les enfants commencent leurs études dans leur langue maternelle. L'emploi de cette langue valide leurs expériences. Il les aide à apprendre la nature du langage et à se servir de celui-ci pour comprendre le monde, y compris tous les aspects du programme scolaire.

La langue maternelle est un fondement essentiel de l'apprentissage. Mais maîtriser une langue nationale - ou même une troisième langue, internationale celle-là, comme le français ou l'anglais - a aussi des avantages. Cela élargit la communication et, par la suite, les possibilités d'accéder à l'enseignement supérieur et à la vie professionnelle. Les éducateurs aborigènes vantent cet apprentissage à double sens, qui aide les étudiants à participer dans la communauté, mais aussi dans le monde plus vaste.


Commencer par enseigner dans la langue maternelle est une stratégie essentielle pour atteindre les plus de 130 millions d'enfants qui ne sont pas scolarisés - et les aider à réussir.

Dans l'idéal, après les premières années - au moins avant la fin de l'école primaire - les élèves qui ont commencé leurs études dans leur langue maternelle devraient se mettre à apprendre une langue nationale . Cela pourrait être la langue d'une ancienne puissance coloniale occidentale, comme le français au Sénégal, ou une langue autochtone dominante, comme l'hindi en Inde. Déterminer quelle langue nationale introduire dans les écoles peut néanmoins faire l'objet d'un débat politique.

Rares sont les pays qui atteignent l'idéal de l'enseignement bilingue, bien que la plupart des habitants de la planète soient en contact avec plus d'une langue dans leur vie quotidienne. Des considérations culturelles et politiques entrent souvent en jeu. De nombreux parents et décideurs plaident en faveur de l'enseignement dans la langue nationale dès le début de la scolarité, afin que les enfants assimilent la culture dominante. C'est pourquoi certains parents n'enverront pas leurs enfants dans une école qui n'utilise que la langue maternelle.

La pénurie de matériels et de programmes de formation entrave également l'objectif d'un enseignement bilingue. Pour commencer,il est possible que les enseignants ne parlent pas les langues locales ou autochtones de leurs élèves, et ils ont souvent du mal à trouver du matériel pédagogique dans ces langues. De plus, même les enseignants qui parlent couramment une langue locale auront besoin d'une formation pour enseigner la langue nationale comme deuxième langue dans les classes supérieures.

Pour les gouvernements, les coûts de la préparation de matériels pédagogiques et des cours de formation des enseignants sont parfois prohibitifs, particulièrement dans les pays où coexistent beaucoup de langues. L'Afrique de l'Ouest compte ainsi de 500 à 1000 langues. Pourtant, ces coûts doivent être pondérés par rapport au prix que la société paye pour les taux élevés d'abandon et de redoublement dans des écoles où ces programmes linguistiques n'existent pas.

Que ce soit en première ou en quatrième année, les enfants ont souvent du mal à apprendre une deuxième langue, dont le vocabulaire, la structure grammaticale et le sens peuvent être radicalement nouveaux pour eux. Le khmer, langue locale du Viet Nam, utilise par exemple une écriture dérivée d'un alphabet d'Asie du Sud, alors que le vietnamien, la langue nationale, emploi les caractères romains. La plupart des enfants commencent l'étude d'un système d'écriture à partir de zéro, mais ceux qui apprennent à écrire dans une nouvelle langue ont à vaincre un obstacle supplémentaire: lier des symboles à des mots inconnus.

Différents pays, comme la Bolivie et l'Equateur, ont accompli des progrès considérables dans la voie de l'enseignement bilingue. La Bolivie a récemment adopté une loi sur la réforme de l'éducation pour soutenir le droit à la langue maternelle. Le Burundi, le Kenya, le Rwanda, la Somalie, la Tanzanie et le Zimbabwe ont adopté un enseignement dans la langue maternelle à l'école primaire, et certains villages du Burkina Faso le proposent dans des écoles gérées par la communauté. La politique de l'éducation en Papouasie-Nouvelle-Guinée permet aux communautés de choisir la langue d'enseignement en première et deuxième années. Au Népal, l'UNICEF appuie les efforts des pouvoirs publics en vue de produire des matériels d'apprentissage en quatre langues.

Commencer par enseigner dans la langue maternelle est une stratégie essentielle pour atteindre les plus de 130 millions d'enfants qui ne sont pas scolarisés - et les aider à réussir.

 

 
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