La vie et l’avenir de millions d’enfants sont en péril. Le choix est clair : soit nous investissons pour qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte, soit nous subirons les conséquences d’un monde bien plus divisé et injuste.

Introduction

L’égalité des chances

Chaque enfant a le droit à une véritable égalité des chances dans la vie. Mais un peu partout sur la planète, ils sont nombreux à être prisonniers d’un cycle de pauvreté qui se transmet de génération en génération et qui menace leur avenir, et l’avenir de leur société.

Une fille se cache sous la table à manger familiale, au Bangladesh
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Hafsa Khatun, 4 ans, se cache sous la table pour ne pas avoir à manger ses légumes. (Khulna, Bangladesh)

C’est un vendredi après-midi typique dans la ville. Amena a préparé un repas élaboré pour sa famille : dal, riz, ragoût de légumes, potiron, cari au poulet et poisson, le mets préféré de sa fille Hafsa. Cette dernière n’a pas envie de rester assise avec les adultes, car elle préfère aller jouer dehors. Elle s’amuse donc à se cacher sous la table pour ne pas avoir à manger ses légumes. Amena finit par abandonner la partie, mais elle s’assure que Hafsa boit son lait avant de lui permettre de courir jouer avec les enfants du quartier.

La famille de cinq personnes ne possède pas grand-chose. Au loyer de 64 dollars américains par mois, leur modeste logement de deux chambres absorbe environ le tiers du revenu combiné du père et du grand-père de Hafsa. C’est pourtant assez pour lui procurer un milieu aimant où on s’occupe bien d’elle. La chambre que partage Amena avec son mari se transforme le jour en salle de jeu : des guirlandes aux couleurs de l’arc-en-ciel pendent du plafond et une pile de peluches est soigneusement rangée dans un coin. Amena, qui n’a étudié que jusqu’à la 8e année, s’efforce de faire grandir sa fille dans un environnement stimulant. Chaque soir, avant d’aller se coucher, elles récitent l’alphabet en bangla et en anglais, pour que Hafsa commence l’école sur une base solide.

La situation de Hafsa n’a rien d’unique ni d’inhabituel. Elle ne fait que jouir des droits fondamentaux que chaque enfant devrait exercer : droit à la sécurité, à la santé, au jeu et à l’éducation.

 

 

À cause de leur lieu de naissance, de leur race, de leur ethnicité, de leur genre, d’un handicap ou de la pauvreté dans laquelle ils vivent, des millions d’enfants de partout sur la planète sont privés de ces droits et de ce qu’il leur faut pour grandir en bonne santé.

 

 

Un cercle vicieux de pauvreté

 

 En campagne, Rexona Begum prend son déjeuner de riz et de cari de pommes de terre avec ses filles Moriom, 6 ans, et Sumiya, 5 ans.


Contrairement à Amena, Rexona n’est pas obligée d’amadouer ses filles pour qu’elles mangent. Les enfants vident leur assiette, et quand le repas est fini, Moriom se dirige consciencieusement vers l’étang couvert de mousse à côté de leur maison en torchis pour laver son couvert.

 

Une femme déjeune avec ses filles, au Bangladesh
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Rexona Begum partage le repas du midi composé de riz et de pommes de terre avec ses filles Moriom, 6 ans, et Sumiya, 5 ans, à Satkhira, au Bangladesh.

Récemment, la clinique locale a diagnostiqué de la malnutrition chez la petite Sumiya. Rexona n’avait pas besoin d’un docteur pour savoir que ses filles n’allaient pas bien. Ça se voyait à leur fragile ossature et à leur manque de vitalité. Elles ne ressemblent pas aux enfants de ses voisins, qui, dit-elle, sont « robustes et en santé »

Une part du problème est attribuable au manque d’accès de la famille à l’eau potable. Le point d’eau le plus proche est à un kilomètre et, jusqu’à récemment, il ne donnait que de l’eau non filtrée. C’est pourquoi Moriom et Sumiya ont souffert de diarrhées, ce qui a aggravé les effets de la malnutrition. Si Sumiya ne se rétablit pas, elle pourrait devenir rachitique, un état aux effets irréversibles à long terme sur son développement physique et cognitif.

Sur les conseils de la clinique, Rexona s’est mise à intégrer plus de légumes dans les plats qu’elle prépare, en récupérant souvent les feuilles de légumes que jettent ses voisins. Elle a aussi investi pour acheter cinq poussins, pour que ses filles puissent manger des œufs. Mais elle n’a tout simplement pas les ressources pour suivre les recommandations nutritionnelles de la clinique.

Rexona fait de son mieux pour s’occuper de ses enfants. Quand elle n’est pas chez elle à s’occuper de ses filles, elle travaille chez les autres, nettoyant le plancher ou recouvrant les murs extérieurs de terre fraîche. Malgré ses efforts, nombre de biens indispensables restent hors de portée pour elle. Même le revenu de son mari et de son fils qui travaillent comme journaliers ne suffit pas pour acheter les nécessités de la vie, comme la viande, le poisson ou les œufs.

La pauvreté qui entrave la capacité de Rexona à nourrir ses filles adéquatement limite ses options depuis sa propre enfance. Elle a grandi dans une famille pauvre et n’a pu fréquenter l’école que jusqu’à la quatrième année. Son mari, qui vient d’une famille encore plus pauvre, n’est jamais allé à l’école. Il travaille depuis qu’il est petit pour subvenir aux besoins de sa famille. Malgré tout ce qui leur manque, Rexona pense que les temps sont meilleurs aujourd’hui que lorsqu’elle était enfant : « Notre vie était plus difficult et nous n’avions pas autant de possibilités. »

 

 

Infographie

Rexona a des rêves plutôt modestes pour ses filles. « Je veux qu’elles soient instruites, qu’elles soient de bonnes personnes. Je les aiderai à finir l’école, si je peux. » Mais Rexona doute de sa capacité et de celle de son mari à leur permettre d’exercer ce droit fondamental. Son fils de 15 ans travaille déjà à plein temps.

Même avec trois revenus, Rexona et son mari ont du mal à procurer à leurs enfants l’essentiel : un départ sain dans la vie, une nutrition équilibrée et une éducation. Si sa famille n’obtient pas d’appui supplémentaire, ses filles hériteront sans doute des privations qui les ont marqués, elle et son mari, pendant leur enfance, un lourd héritage qu’elles passeront à leur tour à leurs enfants.



Ainsi se crée un cercle vicieux, sur plusieurs générations, qui restreint les perspectives des enfants, aggravent les inégalités et menacent les sociétés partout sur la planète.



Coincés dans un cycle de pauvreté, les enfants des foyers les plus désavantagés, comme celui de Sumiya, sont de fait prédestinés à des risques accrus de maladie, de faim, d’analphabétisme et de pauvreté en fonction de facteurs qui sont tout à fait hors de leur contrôle. Ils sont près de deux fois plus susceptibles de mourir avant l’âge de 5 ans, et dans bien des cas, encore plus prédisposés au rachitisme que les enfants des ménages mieux nantis. Ils ont bien moins de chance de finir l’école. Ceux et celles qui survivent à un début aussi précaire dans la vie ont d’assez minces perspectives de briser le cycle de pauvreté qui a accablé leurs parents et qui risque de grever leur avenir.

 

 

 

Choisir de briser le cycle

Des enfants d’un centre préscolaire, au Bangladesh
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Un centre préscolaire, financé par l’UNICEF, sert les résidents démunis de Satkhira Sadar, au Bangladesh. Intervenir tôt dans l’enfance peut donner aux enfants élevés dans les ménages pauvres et analphabètes un véritable essor, pour améliorer leur chance de succès à l’école.

Ce cercle vicieux n’est pas inévitable. Nous pouvons choisir de le changer. Certaines stratégies ont fait leurs preuves pour rejoindre les enfants les plus durs à atteindre et élargir leurs perspectives. Quand les gouvernements mettent en œuvre des politiques, des programmes et des priorités de dépenses publiques qui ciblent les enfants les plus désavantagés, ils peuvent aider à transformer leurs vies et la société. Par contre, s’ils ignorent les besoins des plus démunis, ils risquent d’exacerber les inégalités pour des générations à venir.


Parmi les gens qui vivent avec moins de 1,90 dollar américain par jour dans le monde, près de la moitié sont des enfants. Leurs familles ont bien du mal à accéder aux soins de santé primaire et à la nutrition nécessaire pour leur donner un bon début dans la vie. Ces privations laissent des séquelles tenaces : en 2014, près de 160 millions d’enfants étaient rachitiques.



Malgré de grands progrès en matière de scolarisation dans maintes régions du monde, le nombre d’enfants déscolarisés âgés de 6 à 11 ans a augmenté depuis 2011. Quelque 124 millions d’enfants et d’adolescents ne fréquentent pas l’école, et 2 enfants sur 5 quittent le primaire avant d’avoir appris à lire, à écrire et à compter, selon des données de 2013. Ce problème est décuplé par les conflits armés, qui se font de plus en plus longs. Près de 250 millions d’enfants vivent dans des pays ou des régions affectés par les conflits armés, et des millions d’autres subissent le pire des catastrophes climatiques et des crises chroniques

Cette situation n’est pas inévitable.

En revoyant les priorités et en consentant plus d’efforts et d’investissement aux enfants qui font face aux défis les plus complexes, les gouvernements et les partenaires de développement peuvent s’assurer que chaque enfant, y compris ceux qui sont nés dans la pauvreté, comme Sumiya, a une véritable chance de s’épanouir à son plein potentiel et de façonner son avenir.


 

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Une chance de survivre