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Le corps, une machine?

Les efforts agressifs des sociétés commerciales pour remplacer quelque chose de sain, de sûr et de naturellement parfait par un produit manufacturé sont la suite d'une longue campagne qui a débuté pendant la révolution industrielle. Elle a ses racines dans la philosophie mécaniste qui voyait le corps humain comme une machine susceptible d'être gérée rationnellement.

Le premier substitut du lait maternel est apparu aux alentours de 1860, et c'est un peu plus tard qu'Henri Nestlé, un chimiste de Francfort, a mis son produit sur le marché. En 1867, il expliquait qu'en mélangeant «dans une proportion scientifiquement correcte» de la farine et du lait de vache, on obtient «un aliment qui est tout ce que l'on peut désirer». Mais il se trompait, comme se sont trompés nombre d'autres qui préconisaient des techniques supposées «scientifiques» - la saignée par exemple.


Dans les quatre pays étudiés, 32 sociétés ignoraient systématiquement le Code.

Mais c'est après la Deuxième Guerre mondiale que l'utilisation des aliments pour nourrissons a pris dans les pays industrialisés les proportions d'une épidémie, qui aujourd'hui gagne rapidement les zones urbanisées du monde en développement. Cependant, quoi qu'ils prétendent, jamais les industriels n'ont mis au point un produit pouvant soutenir la comparaison avec le lait maternel. Tout ce que la science a pu faire en ce domaine est de prouver que le corps de la femme sait mieux que tout fabricant quel aliment il faut donner à l'enfant, et quand.

Bien sûr, une mauvaise alimentation des nourrissons aura des effets incommensurablement plus forts dans les pays en développement. Le manque d'eau salubre pour la dilution des farines et la contamination des biberons sont les principales raisons de la mort des bébés allaités artificiellement; une autre raison est que les familles qui n'ont pas les moyens d'acheter des quantités suffisantes d'aliments pour bébés dilueront à l'excès les préparations.

Par rapport aux enfants alimentés exclusivement au sein, les enfants nourris au biberon voient multiplier par dix le risque d'infection bactérienne nécessitant une hospitalisation, par quatre le risque de méningite, et par trois à quatre le risque d'otite moyenne et de gastro-entérite.

Le danger ne se limite pas d'ailleurs au monde en développement. Si l'on considère les affections chroniques dans les pays industrialisés, les bébés élevés au biberon sont plus souvent atteints d'asthme, d'allergies, d'eczéma, de diabète et de colite ulcéreuse - et le risque de lymphome infantile est de cinq à huit fois plus élevé chez eux. Les enfants qui ne sont pas nourris au sein obtiennent de moins bons résultats aux tests de développement mental et d'acuité visuelle. Tout cela est noté dans la littérature scientifique.

Personne ne veut obliger les mères à allaiter leur enfant. A celles qui ont les moyens de se procurer des préparations pour nourrissons en quantité suffisante, et qui disposent d'eau salubre ainsi que du combustible nécessaire pour stériliser biberons et tétines, ces aliments offrent une solution de rechange adéquate si elles ne veulent pas donner le sein. Ce ne sera toutefois pas le choix optimal, et il faut le dire à ces femmes. Très franchement, je me demande dans quelle mesure on peut vraiment «choisir» quand les médecins, les mères et la société entière ont été submergés de messages décriant, de manière flagrante ou par des voies subtiles, l'allaitement maternel.

Certaines femmes ne peuvent pas allaiter, mais il y en aurait beaucoup moins si l'on aidait toutes les mères à mettre leur enfant au sein sitôt après la naissance, au lieu de mettre immédiatement une tétine dans la bouche du bébé.

Les industriels, et de nombreux groupements féministes, arguent que les préparations pour nourrissons libèrent les femmes qui travaillent à l'extérieur de la corvée de l'allaitement. C'est pourquoi, disent-ils, l'alimentation au biberon se répand en même temps que l'urbanisation.

Mais est-il vraiment plus commode de nourrir un enfant au biberon que de l'allaiter? Est-il vraiment plus facile d'acheter les farines, de préparer les biberons, de les transporter, de les tenir au froid puis de les réchauffer? Face aux inconvénients perçus de l'allaitement, il faudrait aussi peser les inconvénients auxquels il faudra faire face plus tard, quand une travailleuse devra rester chez elle pour s'occuper de son enfant malade, les bébés nourris au biberon étant, selon les statistiques, plus fragiles que ceux qui ont été élevés au sein.

Il est sans aucun doute nécessaire que les employeurs fassent un effort en faveur des mères allaitantes, et que l'Etat adopte des politiques pour les y aider. Des congés de maternité rémunérés adéquats, de bonnes crèches sur ou à proximité des lieux de travail, des systèmes de prélèvement et de conservation du lait maternel encourageraient considérablement les femmes qui travaillent à allaiter leur enfant et à poursuivre cet allaitement après la reprise du travail. Compte tenu des avantages que cela présente pour la santé du bébé, il est dans l'intérêt des employeurs de soutenir cette pratique - ne serait-ce que pour réduire l'absentéisme, à défaut de motifs plus nobles.

Dans les pays pauvres, les gens sont souvent persuadés par la publicité que pour être moderne, il faut donner le biberon aux enfants. Ayant vécu au Nigéria et beaucoup voyagé en Afrique et en Asie, je peux attester que les fabricants utilisent régulièrement des images de médecins blancs entourés de bébés noirs ou asiatiques pour promouvoir leurs produits, présentés comme le moyen moderne, sain, «du grand monde», d'élever un enfant. C'est un message très puissant et persuasif, qui s'appuie sur des images de modernisation.

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