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Cracking the Code

En 1994, l'Eglise d'Angleterre a appelé à une trêve dans la guerre des mots entre les fabricants de préparations pour nourrissons et l'IBFAN. Elle a suspendu son appui au boycott tandis qu'elle s'occupait de rassembler des travaux de recherche neutres et indépendants sur les pratiques de commercialisation de ces aliments.

Pour obtenir des informations, nous nous sommes joints à d'autres organisations - 27 au total, dont Christian Aid, OXFAM, Save the Children et le Comité du Royaume-Uni pour l'UNICEF - pour créer l'IGBM (Interagency Group on Breastfeeding Monitoring: Groupe interagences pour la surveillance de l'allaitement maternel). Nous possédons maintenant de nouveaux documents irréfutables, regroupés en un rapport intitulé Cracking the Code - lézarder le Code - prouvant que 32 sociétés commerciales dont Gerber, Mead Johnson, Nestlé, Nutricia et Wyeth, ont systématiquement ignoré le Code.

Cracking the Code est le rapport d'une étude réalisée d'août à octobre 1996 en Afrique du Sud, au Bangladesh, en Pologne et en Thaïlande. Dans chaque pays, des entretiens ont été menés avec 800 jeunes mères ou futures mères, et 120 agents de santé, dans 40 établissements. Il est apparu qu'entre autres violations du Code, les fabricants ont diffusé des tracts commerciaux présentant les aliments pour nourrissons comme préférables au lait maternel, et ont distribué gratuitement leurs produits aux maternités des hôpitaux et aux mères, dans des proportions variant d'une mère sur quatre interrogées en Thaïlande à une sur douze en Pologne.

Les échantillons gratuits, surtout quand ils sont remis par des professionnels de la santé, constituent une forme particulièrement insidieuse de promotion. Il est facile pour une femme de passer de l'allaitement naturel à l'allaitement artificiel, mais l'inverse est une autre histoire. Un bébé alimenté même quelques jours seulement grâce aux échantillons donnés à sa mère s'est habitué à la tétine et rechigne à prendre le sein, d'autant que, pendant que l'enfant était nourri à l'aide des préparations, la production de lait a diminué chez la mère.

Celle-ci, se retrouvant avec un bébé en pleurs et affamé, est alors convaincue qu'elle doit cesser de l'allaiter, et continuer à utiliser les préparations jusqu'à l'époque du sevrage. Il est rare qu'en leur «donnant» des aliments pour leur nourrisson, on explique aux femmes ces problèmes, et leurs solutions. En outre, quand le «don» vient d'un médecin ou d'une infirmière, il porte implicitement le sceau de l'approbation du corps médical.

L'industrie s'est plainte du caractère partial et non scientifique de l'étude menée par l'IGBM. Il n'en est rien! Cette étude a été contrôlée dans chaque pays par des coordonnateurs indépendants, et les nombreuses organisations qui l'ont patronnée n'auraient pas poussé jusqu'au bout cet effort si elles n'avaient eu la ferme assurance qu'un protocole de recherche rigoureux serait appliqué.

C'est par loyauté que l'Eglise anglicane a suspendu pendant la réalisation de l'étude l'appui qu'elle apportait au boycott. Les critiques adressées à l'étude par l'industrie reviennent en fait à ceci: les multinationales ne sont tout simplement pas disposées à reconnaître leurs pratiques contraires à l'éthique dans des pays où le marché potentiel est prometteur. Il est maintenant clair à mes yeux que l'unique moyen de mettre fin à ces pratiques est de menacer les intérêts commerciaux dont elles découlent.

Pour être plus efficace, le boycottage s'est concentré sur une seule société, Nestlé. Cela ne veut pas dire que dans leurs motifs et leurs actions, les autres sociétés sont blanches comme neige, loin de là. Tous les fabricants font les mêmes affaires, et ils profitent de ce que les projecteurs sont braqués sur Nestlé pour agir dans l'ombre. Je suis certain que si l'IGBM disposait des ressources voulues pour enquêter dans d'autres pays, nous constaterions que bien d'autres sociétés encore sont en train de violer le Code.

Ces violations ne sont pas le fait d'erreurs, elles sont délibérées. Les sociétés sont moralement tenues d'appliquer le Code, mais elles l'ont traité comme une chose que l'on peut ignorer impunément tant que l'on n'est pas pris. Elles tablent sur le fait que les pays en développement n'ont pas les moyens de contrôler les multinationales. Cracking the Code est notre réponse à ce défi implicite, et j'espère que ce rapport fera comprendre aux fabricants que les pays en développement ont des alliés dans leur effort pour faire passer les enfants avant les affaires.

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