Le progrès des nations: Le monde industrialisé


Absence de père et difficultés économiques

Seules dix nations industrialisées possèdent des statistiques récentes sur le nombre d'enfants grandissant sans père au foyer. Le pourcentage le plus important (21,2 %) se rencontre aux Etats-Unis, et le plus faible en Italie (4,4 %).

La montée en flèche des familles monoparentales a débuté dans les années 60, et des études à long terme commencent à montrer les conséquences du phénomène. La plus évidente est l'augmentation du nombre de mères et d'enfants vivant dans la pauvreté. Aux Etats-Unis, le risque de se trouver au-dessous du seuil national de pauvreté (tel que défini par le Luxembourg Income Study) est multiplié par cinq pour un enfant qui n'a que sa mère.

Quand une seule personne doit assumer à la fois les responsabilités économiques et parentales, la tension commence à se traduire dans les statistiques. Certes, nombre d'enfants sont plus heureux et mieux soignés avec un seul parent qu'avec deux parents qui ne s'entendent pas, mais on constate une relation entre la séparation et le divorce d'une part, et d'autre part de mauvais résultats scolaires, un plus grand risque de grossesse durant l'adolescence, une montée de la délinquance, et une détérioration de la santé mentale des mères comme des enfants.

Le développement des familles monoparentales est un reflet des changements majeurs de la vie économique dans le monde industrialisé. Quand la plupart des familles vivaient et travaillaient à la campagne, la séparation était économiquement difficile, et les communautés étroitement soudées censuraient le divorce et les naissances hors mariage. L'industrialisation, l'exode rural, l'augmentation du travail rémunéré des femmes ont affaibli les barrières économiques et sociales face au divorce. Aujourd'hui, les hommes ou les femmes peuvent abandonner leur foyer et leur famille sans perdre pour autant leur emploi et leur revenu.

Dans une telle situation, les difficultés économiques pèsent sur les liens familiaux. Des études menées aux Etats-Unis sur le divorce ont montré que le chômage et les bas salaires font croître l'hostilité entre maris et femmes. Analysant les divorces au cours des trois récessions de 1970 à 1982, Donald J. Hernandez, chef du Service de statistiques sur le mariage et la famille au Bureau du recensement des Etats-Unis, estime que l'augmentation du nombre de femmes seules chefs de famille par suite de divorce ou de séparation, de 1968 à 1988, est due pour moitié environ à la récession.


Photo: Certains des problèmes qui se posent aux enfants des pays nantis sont en rapport avec la richesse. Mais beaucoup d'autres découlent de la pauvreté relative de nombreux individus même dans les pays du monde connaissant la plus grande réussite économique. ©


Quelque 50 % des enfants blancs nés aux Etats-Unis depuis 1980 passeront une partie de leur enfance dans une famille monoparentale; la proportion s'élève aux alentours de 80 % pour les enfants noirs -- une différence due surtout au nombre croissant des enfants noirs nés hors mariage.

Cela s'explique peut-être par le fait que les pressions économiques ont pesé plus durement sur les Afro-américains. En 1955, la différence des taux de chômage chez les hommes jeunes noirs et blancs était à peu près négligeable, mais en 1989 elle atteignait 15 à 25 points de pourcentage.

«L'ampleur du fossé racial en matière de chômage», dit Hernandez, «atteint au moins les deux tiers de l'augmentation de 23 points de pourcentage relevée entre 1960 et 1988 dans les proportions comparées des enfants noirs et blancs vivant dans une famille monoparentale auprès d'une mère qui ne s'est jamais mariée.»

% d'enfants vivant
uniquement avec leur mère,
1990-1992
Italie 4,4
Belgique 8,1
Pays-Bas 8,4
Finlande 9,5
Australie 12,4
Canada 13,4
Danemark 14,3
Suède 14,6
Norvège 15,4
Etats-Unis 21,2

SOURCE: Luxembourg Income Study, Working Paper No.127, August 1995.


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