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 Je chante contre le sida
 
 Présentation : dénoncer le SIDA
   

Je chante contre le sida

Par Femi Anikulapo-Kuti

Copyright© UNICEF/ 99- 1052/ Pirozzi

Personnage hors du commun, doté d’un courage exemplaire, Fela Anikulapo-Kuti était un musicien né. Au Nigéria, son pays natal, et dans le monde entier, ses fans se comptaient par millions, mais il était connu également pour ses idéaux politiques, se battant pour les droits de son peuple et dénonçant haut et fort la corruption. Nombre de dirigeants politiques et militaires s’efforcèrent de le réduire au silence et de briser sa détermination. Rien n’y fit, ni la prison, ni la torture. Finalement, c’est le sida qui le terrassa. Fela succomba à la maladie en 1997, à l’âge de 58 ans. 

Le lendemain de sa mort, sa famille décida de divulguer au monde entier la cause de son décès. Ce fut un choc pour des millions de personnes. Son fils, Femi Anikulapo-Kuti, raconte comment, en révélant la cause du décès de son père, lui-même et sa famille ont souhaité lever le voile qui recouvre cette épidémie meurtrière, la plus grande catastrophe à laquelle l’Afrique ait été confrontée, et parler de sa croisade personnelle pour rompre le mur du silence qui entoure le sida.

Au Nigéria comme dans de nombreux autres pays du monde en développement, une chape de silence recouvre le sida et entrave encore les efforts visant à ralentir sa propagation fulgurante et mortelle. Des gouvernements, des familles et des individus ont fait le jeu de la maladie : ils se taisent ou ne parlent pas assez fort pour faire passer le message.

Après le décès de mon père, son frère, Olikoye Ransome-Kuti et moi-même avons décidé de parler. Nous avions besoin, sur le plan personnel, de rompre le silence qui entoure le sida. Nous estimions qu’il fallait mettre un terme à la conspiration du silence, car elle conforte l’ignorance, entretient le refus de voir la réalité, et perpétue le manque d’information sur cette catastrophe effroyable.

C’est à la même époque que je me suis engagé personnellement à dévoiler la réalité choquante du sida. Pendant mes concerts, je parle du sida et des banderoles sont souvent déployées sur scène pour sensibiliser les spectateurs à ce problème. J’essaie aussi d’informer les gens dans d’autres forums, et j’encourage tous ceux qui ont la chance d’être dans une position semblable à la mienne à faire de même.

Le sida existe et il est omniprésent. Il emporte sans distinction des gens que nous connaissons et que nous aimons - frères, soeurs, pères et mères.

L’Afrique et ses amis doivent affronter le sida avec la détermination et l’unité dont ils feraient preuve face à n’importe quel ennemi décidé à les anéantir. De toutes les épreuves que l’Afrique a endurées, celle-ci est la plus impitoyable : sur les 2,8 millions de personnes qui sont mortes du sida l’an dernier, 79 % vivaient en Afrique. À la fin de cette année, 10,4 millions d’enfants de moins de 15 ans, dont la majorité sont des Africains, auront perdu leur mère ou les deux parents en raison du sida.

Le sida est la plus grande catastrophe sociale et humaine de l’histoire de notre continent et les répercussions extrêmement graves sur la stabilité économique et politique sont déjà palpables : familles détruites, communautés décimées, hôpitaux surchargés. Les écoles ont perdu des enseignants et les élèves sont obligés d’abandonner leurs études faute de moyens financiers. Les entreprises ont enregistré des pertes d’effectifs et de productivité dif-ficiles à absorber. Les succès chèrement acquis dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’industrie sont anéantis.

Nous sommes reconnaissants au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies d’avoir, cette année pour la toute première fois, débattu d’un problème de santé et d’avoir placé le sida en Afrique à son ordre du jour et demandé aux pays donateurs d’engager davantage de ressources dans le combat contre cette maladie.

Mais cette aide doit s’accompagner d’obligations nationales. C’est surtout aux gouvernements et à tous ceux qui ont de l’influence, des connaissances et qui détiennent le pouvoir de tirer la sonnette d’alarme. L’information est un outil puissant dans la lutte contre la propagation effrénée du sida.

L’information est l’un des rares outils dont nous disposions en Afrique, et nous l’avons négligé. Dans certaines régions du Nigéria, une personne sur 10 seulement a entendu parler du sida et encore plus rares sont ceux qui savent comment l’éviter. Cette ignorance nous coûte très cher : aujourd’hui, 2,7 millions de personnes sont infectées par le VIH dans notre pays.

Le Nigéria n’est pas le seul pays à souffrir d’un manque d’information. C’est l’ensemble du continent africain qui en pâtit.

Ne pas éclairer les gens sur la maladie revient à signer leur arrêt de mort. Voilà pourquoi les dirigeants politiques, les artistes, les vedettes de la scène et les enseignants doivent saisir toutes les occasions d’informer le public de la manière de se protéger contre l’infection à VIH.

Il y a tant de choses à dire.

Nous devons parler des risques importants que courent nos mères et nos soeurs, plus exposées encore que les hommes et les jeunes gens. Les fillettes et les femmes sont extrêmement vulnérables. Physiologiquement, elles courent davantage de risques que les hommes de contracter l’infection ; les pressions sociales, les pratiques culturelles, la violence, la répression et les valeurs et comportements actuels font qu’il leur est difficile, voire impossible, de se protéger. Nous ne pouvons plus garder le silence et avoir la conscience tranquille. Nous devons aider les femmes à comprendre leurs droits et les risques qu’elles encourent. Nous devons aussi les soutenir lorsqu’elles exercent leurs droits et leur permettre de maîtriser leur sexualité et leur corps.

En tant qu’individus, nous devons parler de la nécessité de changer les comportements. Il est suicidaire d’avoir plusieurs partenaires sexuels. Il faut répéter encore et toujours, de toutes les manières possibles, que la protection la plus sûre contre l’infection à VIH est l’abstinence ou une sexualité sans risque en s’exposant le moins possible ou en limitant le nombre de ses partenaires. Toute personne sexuellement active doit assumer pleinement ses actes et utiliser des préservatifs pour se protéger et protéger les autres.

Nous devons en outre nous débarrasser des mythes négatifs qui frappent ceux qui sont atteints du sida. Comme beaucoup de séropositifs, Fela a été malade pendant plusieurs années. Il a eu la chance d’avoir une famille aimante qui a pris soin de lui pendant les épisodes difficiles de sa maladie. Mais il n’est pas rare que les personnes séropositives soient exclues et traitées comme des parias dans leur propre communauté. Plus souvent que nous ne voulons l’admettre, des enfants et des malades sont abandonnés dans des hôpitaux ou d’autres institutions. Cette ignorance et cette intolérance doivent disparaître. Ceux qui vivent avec le sida peuvent, avec de l’aide, mener des vies pleines et exemptes de danger et, en retour, aider les autres à se protéger contre la maladie.

Les familles endeuillées par le sida doivent dire la vérité sur la cause du décès. L’utilisation d’euphémismes populaires comme « après une brève maladie », l’attribution du décès à des causes surnaturelles, ou d’autres subterfuges qui masquent la cause réelle de la maladie, risquent d’entraîner d’autres décès.

Que tous ceux d’entre nous qui perdent des êtres chers à cause du sida disent haut et fort que la maladie existe et qu’elle attaque sur tous les fronts. En acceptant cette réalité, il sera plus facile aux gens de participer aux campagnes d’information et d’aider ceux qui ont jusqu’ici échappé au sida à éviter de le contracter.

Modifier les comportements est une partie de la solution, mais cela ne saurait suffire. Lorsque les gens sont pauvres et dépourvus d’emploi, ils perdent l’espoir. Beaucoup de jeunes, garçons et filles - les enfants des rues de Lagos - m’ont dit qu’ils avaient des rapports sexuels à risque parce qu’ils s’ennuyaient, à cause de l’insécurité, par manque d’information, qui sont le lot des enfants vivant dans les rues. Le message est clair : pour lutter contre le sida, nous devons combattre la pauvreté, avec un regain d’énergie et plus de ressources que par le passé.

Tant qu’il n’y aura pas de traitement contre le VIH/sida, unissons nos voix partout dans le monde. Entonnons un chant de résistance et de combat. Mais surtout, entonnons un chant d’espoir - certains qu’ensemble nous parviendrons à briser le silence et l’exclusion qui alimentent cette épidémie et à faire triompher la vie.

Femi Anikulapo-Kuti est un ambassadeur très populaire de la musique Afro-Beat et un militant célèbre de la lutte contre le sida. Au Nigéria, il a réalisé des spots et des messages télévisés que des millions de jeunes fans ont regardés ; il lance un appel pour que des actions soient entreprises de toute urgence contre les pratiques qui mènent jeunes et adultes à une mort certaine.

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