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En bref: République arabe syrienne

Face à une sombre réalité, le courage immense des enfants syriens pour accéder à l’éducation

© UNICEF Video
Franchissant courageusement les zones de combat actif, plus de 10 000 enfants ont emprunté cette année un itinéraire périlleux pour aller passer les examens nationaux en République arabe syrienne. Maya, seize ans, qui rêve d’être journaliste, en fait partie.

 

Par Shushan Mebrahtu

En République arabe syrienne, des enfants mettent leurs vies en jeu pour aller passer leurs examens de fin d’année. Voici les histoires de six enfants qui ont traversé des zones de combat actif  pour pouvoir poursuivre leurs études dans l’espoir de construire un avenir meilleur pour leur pays.

DAMAS, République arabe syrienne, 4 août 2016 –  Que feriez-vous si, pour vous, la seule façon de passer vos examens scolaires était de faire treize heures de voyage en passant par d’innombrables postes de contrôle occupés par des combattants lourdement armés ? Quel serait votre sentiment si douze années passées à travailler d’arrache-pied pour obtenir votre diplôme devenaient inutiles à cause d’une guerre qui ne semble jamais finir ?

Ce sont quelques unes des dures réalités auxquelles sont aujourd’hui confrontés les écoliers syriens.

« Le voyage a coûté très cher », dit Hadi*, un élève de neuvième année qui a tenté un dangereux périple de treize heures en partant de chez lui, dans la périphérie rurale d’Alep, pour passer à travers les zones de combat actif afin d’atteindre le centre d’examens dans la ville d’Alep. « Ma famille a dû payer 15 000 SYP (environ 35 dollars des États-Unis) pour la traversée des zones de combat. »    

Lors de sa première tentative, Hadi n’a pas pu parvenir à Alep parce que la route était bloquée par des affrontements. Mais il était déterminé à passer ses examens et à continuer. Il a décidé de prendre une autre route, bien plus longue. En temps de paix, le même trajet lui aurait pris quatre heures. Mais cette fois, il lui a fallu faire trois tentatives sur des routes dangereuses avant de réussir.  

En mai et juin de cette année, 10 530 élèves syriens de neuvième et douzième année ont pris la décision difficile de traverser les zones de combat actif pour atteindre les centres d’examen où ils devaient passer leurs examens scolaires annuels. L’UNICEF a épaulé les élèves provenant de zones isolées et assiégées en leur procurant des bourses d’études, des hébergements sûrs, des matelas, des savonnettes et divers produits d’hygiène ainsi que des cours de révision pour se préparer aux examens.

Chacun de ces voyages comportait des risques différents. Certains élèves ont eu à faire face à des groupes armés qui ne voulaient pas que des enfants aillent passer des examens ou ont dû trouver un moyen de les éviter. La plupart ont emprunté des routes dangereuses, ont été témoins de scènes de combats, et se sont trouvés face à d’innombrables postes de contrôle où ils étaient constamment interrogés par des hommes en armes. Beaucoup ont dû emprunter de l’argent auprès de parents pour couvrir les dépenses du voyage qui, parfois, a commencé des semaines voire même des mois avant la période des examens. Il a fallu un courage immense à ces filles et ces garçons de régions touchées par le conflit pour revendiquer leur droit à l’éducation.  

Entraves à l’éducation

Aujourd’hui, en République arabe syrienne, les choix ordinaires qui sont d’envoyer un enfant à l’école ou sur un terrain de jeu deviennent souvent des décisions lourdes relevant de la vie ou de la mort, les écoles et les terrains de jeu continuant d’être visés par les groupes armés. Depuis le début du conflit, il y a plus de cinq ans, l’UNICEF a pu confirmer plus de 4000 attaques contre des écoles. Un quart de la totalité des établissements scolaires ne fonctionnent plus parce qu’ils ont subi des dégâts ou ont été détruits ou sont utilisés comme abris pour héberger les familles fuyant les violences. Le secteur syrien de l’éducation a perdu plus de 52 000 enseignants. Le pays a perdu des dizaines d’années de progrès dans le domaine de l’éducation.

Plus de deux millions d’enfants syriens ont été obligés de quitter l’école en raison des déplacements provoqués par les combats, de la destruction ou de la fermeture des écoles et de la pénurie d’enseignants. Le conflit force aussi les enfants à quitter l’école pour plusieurs autres raisons : quand leurs parents sont tués dans les combats, quand ils sont séparés des membres de leur famille, quand ils sont obligés de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille et quand les filles sont obligées de se marier très jeunes, souvent à l’initiative des parents qui espèrent que cela les mettra davantage à l’abri des violences.

Pour chaque élève, le récit d’un combat

Pour les élèves qui surmontent ces obstacles dangereux,  leurs récits sont ceux d’une passion pour les études et l’apprentissage et d’une détermination à passer leurs examens, obtenir leurs diplômes et apporter leur contribution à un avenir meilleur pour la Syrie.
Hadi, quatorze ans, a dû abandonner l’école avant sa neuvième année afin de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. « Ces deux dernières années, je travaille et je prépare mes examens en même temps », explique-t-il. « Je me suis aidé de manuels d’auto-apprentissage pour étudier. » 

D’autres comme Ghadeer*, de Raqqa, ont été obligés de se marier parce qu’il n’y avait pas d’autre choix dans ce contexte difficile de guerre.  « Pour une fille, il était difficile de faire des études dans ma ville », dit Ghadeer. « J’avais perdu trois années scolaires et j’ai donc décidé de quitter l’école et de me marier pour pouvoir m’occuper de ma famille. »

« J’ai dû attendre quatre ans pour me présenter aux examens », dit Fatima*, aujourd’hui vingt-et-un ans. Comme Ghadeer, elle a réussi à arriver au centre d’examen à Hasakah, une localité voisine. « Pendant ces quatre années, j’ai beaucoup étudié, seulement pour apprendre que les examens étaient annulés dans ma ville. J’ai eu l’impression que tout mon travail était parti en fumée. »

À Idlib, Batoul* explique les menaces qui pèsent sur l’éducation dans sa ville. « J’ai manqué l’école pendant un mois parce que j’avais trop peur pour moi-même et pour mon père. »  Quand les groupes armés ont imposé dans sa région des contrôles supplémentaires sur l’enseignement, les écoles ont été fermées et des modifications ont été introduites dans le programme scolaire officiel. Batoul n’est pas la seule de sa famille à être confrontée à des obstacles. Elle dit que ses parents et les enseignants sont constamment menacés. Batoul  a effectué en mai le dangereux voyage d’Idlib à Hama avec sa mère pour passer ses examens de neuvième année.

D’autres, comme Ahmad*, sont décidés à étudier malgré le fait de vivre en état de siège et sous les tirs d’obus permanents. Il explique que, parfois, les enfants ont trop faim pour se concentrer et apprendre.
 
« Nous étudiions tout en étant assiégés et nous avions souvent faim. Nous étudiions le jour parce qu’il n’y avait pas d’électricité, ni même des bougies, pour nous permettre de lire pendant la nuit », dit Ahmad, 19 ans, qui s’est préparé pour les examens de douzième année dans les circonstances les plus difficiles.

« Beaucoup de mes camarades étaient atteints de vertiges car ils n’avaient rien à manger et manquaient des protéines leur permettant de poursuivre leurs journées d’école. Un jour, j’ai vu mon professeur de mathématiques s’évanouir parce qu’il n’avait rien à manger mais il continuait de venir à l’école pour nous faire cours. »
 
« J’ai échoué l’an dernier aux examens de neuvième année », dit Mazen*, également originaire de la périphérie rurale de Damas. « Il y avait beaucoup de combats et il était pour moi difficile d’étudier. Chaque matin, nous commencions l’école à cinq heures mais seulement pour trois heures à cause des tirs d‘obus. »

« Pour me préparer aux examens, j’empruntais des notes de cours et des livres à d’autres élèves », explique Ghadeer qui était enceinte quand elle a décidé de retourner à l’école.

Ghadeer s’est rendue de Raqqa à Hasakah avec sa fille de cinq mois et sa grand-mère, cette dernière ayant offert de l’aider à s’occuper du bébé pendant qu’elle poursuivait ses études.

« Donner à ma petite-fille une chance de passer ses examens m’apporte un grand bonheur », dit la grand-mère de Ghadeer qui ne sait ni lire ni écrire. 

« Ces filles devraient avoir un avenir meilleur que le nôtre et on ne peut arriver à cela que grâce à l’éducation », ajoute-t-elle.

Hadi, Ghadeer, Fatima, Batoul, Ahmad et Mazen ne sont que quelques-uns des 7,5 millions d’enfants de la République arabe syrienne qui essayent de survivre et continuent de croire en leurs rêves malgré les combats meurtriers qui se déroulent autour d’eux. Pour eux, l’éducation représente l’espoir d’un avenir meilleur.

« L’éducation est notre arme pour un avenir meilleur »

À la fin du mois de juin, plus de 10 000 enfants avaient effectué ces voyages périlleux, passé leurs examens et se préparaient à retourner chez eux en traversant les zones de combat. Beaucoup sont rentrés avec la fierté de savoir qu’ils avaient réalisé les rêves qui, depuis longtemps, leur étaient chers, portant leurs diplômes avec des projets d’études futures. Ils ont rencontré de nouveaux amis et se sont encouragés les uns les autres.

« Je veux envoyer un message aux enfants du monde entier », a dit Batoul  alors qu’elle se préparait à rentrer chez ses parents, des enseignants. « L’éducation est notre arme. Nous pouvons seulement mettre un terme aux souffrances de cette guerre si nous continuons à étudier. »

Le message de tous les enfants de Syrie est clair et net : il veulent pouvoir étudier dès à présent. Nous leur devons, pour leur courage et leur détermination, de soutenir leurs rêves de construction d’un avenir meilleur.  

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Depuis le début de la crise, l’UNICEF a investi pour aider les enfants à poursuivre leurs études : en  distribuant aux enfants plus de 2,8 millions de manuels et de fournitures scolaires ; en remettant en état plus de 440 écoles ; et en construisant plus de 600 salles de classe préfabriquées pour leur offrir davantage de lieux d’enseignement de meilleure qualité.
  
Cette année, l’UNICEF a lancé des programmes d’enseignement innovants afin de réduire le nombre d’enfants non scolarisés.  L’auto-apprentissage permet aux enfants qui ne peuvent pas se rendre physiquement à l’école d’étudier. Les manuels conçus pour encourager l’auto-apprentissage permettent aux enfants d’étudier chez eux avec l’aide des membres de leur famille ou dans les lieux d’enseignement de leur communauté animés par des bénévoles. À l’approche de la fin de l’année scolaire, ils peuvent s’inscrire pour passer les examens de certification dans n’importe quelle école publique. 

Pour ceux qui suivent l’enseignement officiel mais se trouvent en retard par rapport aux autres enfants de leur âge, un second programme, du nom de programme scolaire B, offre un enseignement accéléré permettant de rattraper les cours et, finalement, de réintégrer les écoles ordinaires.

*Afin de protéger les identités, les noms ont été modifiés



 

 

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