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En bref : Nigéria

Que va-t-il advenir des enfants du Nigéria ?

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© UNICEF/UN028425/Esiebo
A mother feeds Ready-to-Use Therapeutic Food (RUTF) to her daughter at one of the health centres UNICEF is supporting in Muna garage IDP camp, Maiduguri, Borno state. Nearly a quarter of a million children are suffering from severe acute malnutrition in Borno, a result of more than three years of violence that has devastated the area.
 

Par Jean Gough

GWOZA, Nigéria, le 23 septembre 2016 – Ajija se trouve dans un état de fragilité extrême. Cette enfant de quatre ans devrait être en train de jouer avec ses amis, mais c’est à peine si elle tient debout. Un agent de santé qui l’examine diagnostique sans surprise une malnutrition sévère.

« Je me sens impuissante. Les temps sont durs depuis deux ans. Il y a peu de nourriture et beaucoup de maladies », m’explique Halima, sa mère, avec désespoir. 

Voici Gwoza, une région isolée de l’État de Borno, située le long de la frontière nord-est du Nigéria avec le Cameroun. Le dispensaire de fortune est rempli de mères amenant leurs bébés et jeunes enfants pour dépister et soigner la malnutrition.

>>  En savoir plus sur la situation humanitaire des enfants au Nigéria

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Mariam Mohammed, 30 ans, nourrit sa fille Fanne Saleh, 1 an, avec des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi. Cette mère et sa fille ont dû quitter Mafa dans l’État de Borno

Hélas, Ajija n’est pas la seule dans ce cas. Avec l’accès croissant de l’aide humanitaire aux zones du nord-est du Nigéria, les véritables conséquences de cette crise sont mises au jour. Désormais, près de 250 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère à Borno, après plus de trois années de violences qui ont dévasté la région.

Comme il est devenu trop dangereux de cultiver les terres, d’accéder aux marchés ou même à l’eau salubre, les familles et notamment les jeunes enfants sont privés des éléments essentiels à la vie. On ne peut qu’imaginer le sort d’environ un million d’enfants qui ne peuvent toujours pas être atteints. 

Le monde a entendu parler pour la première fois de cette tragédie des enfants du Nigéria en avril 2014, quand plus de 270 filles ont été kidnappées par Boko Haram dans leur école de Chibok. Elles non plus n’étaient pas les seules dans ce cas. Au moins 4 000 jeunes femmes (âgées de 18 à 24 ans), filles et garçons ont été enlevés dans les États concernés du nord du Nigéria depuis 2009, et environ 7 000 femmes et filles auraient subi des violences sexuelles.

Aujourd’hui, on entend à nouveau parler des enfants de Borno, mais cette fois-ci parce qu’ils sont frappés par une crise alimentaire et de malnutrition sans précédent. Mais nous ne pouvons pas compter sur des pics intermittents d’attention mondiale pour demander l’aide nécessaire. Nous ne pouvons pas attendre qu’une autre tragédie se produise. Les efforts continuent, avec tous les moyens possibles, même malgré une attaque sur un convoi humanitaire.

Tout d’abord, il s’agit de sauver la vie des enfants que nous pouvons atteindre. Beaucoup d’entre eux ont été déracinés de chez eux. Avec seulement huit semaines d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, les enfants peuvent guérir de la malnutrition aiguë sévère. Mais cela ne fonctionne que s’ils ont aussi accès à des soins de santé primaire, à l’eau salubre et l’assainissement, pour prévenir les maladies de l’enfant évitables et traitables qui peuvent être une question de vie ou de mort pour des enfants déjà affaiblis.

Pour y parvenir, nous devons continuer de participer à la rénovation et la modernisation des dispensaires locaux dont près de 60 % ont été partiellement ou complètement détruits dans l’État de Borno. Nous devons continuer de former les agents de santé et garantir une source durable pour les fournitures médicales, notamment les aliments thérapeutiques qui permettent de sauver des vies. En même temps, grâce à un réseau de bénévoles communautaires, avec les contacts et connaissances locales, il nous faut rapidement identifier et gérer les cas de malnutrition chez les enfants.

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Falmata, 6 mois, est pesée afin de déterminer son état nutritionnel. Une semaine plus tôt, elle a été emmenée dans un centre de santé soutenu par l’UNICEF dans le camp pour personnes déplacées de Dalori, à Maiduguri, dans l’État de Borno, mais elle souffre toujours de malnutrition.

Des progrès ont été réalisés. Cette année, environ 75 000 enfants ont reçu un traitement contre la malnutrition aiguë sévère. Depuis avril, le nombre d’examens de dépistage de la malnutrition a quasiment doublé, passant de 288 000 à environ 500 000. Cela signifie que davantage d’enfants sont examinés et traités régulièrement. Mais personne n’avait anticipé la véritable ampleur de cette crise.

Tout en luttant pour sauver des vies, nous devons également aider les enfants à se remettre psychologiquement des horreurs qu’ils ont vécues. Le retour à la normalité via le jeu, la possibilité d’apprendre en toute sécurité et le soutien psychologique si nécessaire peut permettre de retrouver une enfance perdue.

Les familles et les enfants ne demandent vraiment pas grand-chose. Ils veulent simplement avoir accès à des installations médicales et y trouver des agents de santé et des médicaments. Ils veulent aller à l’école et y trouver des professeurs, des bureaux, des livres et des stylos. Ils veulent des pompes manuelles qui distribuent de l’eau salubre. 

De Gwoza à Maiduguri et de Port Harcourt à Lagos, les enfants constituent la ressource la plus précieuse du Nigéria. Pour sauver, protéger et mettre à profit cette ressource, un engagement ferme et un appui continu sont nécessaires. Seulement alors pourrons-nous garantir les services essentiels et la normalité dont les enfants et leur famille ont besoin pour reconstruire leur vie.

Jean Gough a été Représentante de l’UNICEF au Nigéria de 2013 à septembre 2016.

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