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Malawi

Au Malawi, un chef local s’efforce de mettre fin au mariage des enfants dans sa communauté

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© UNICEF Malawi/2017/Eldson Chagara
 

Au Malawi, près de la moitié des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans et courent ainsi plus de risques d’abandonner leurs études, ou sont davantage exposées à la violence domestique et aux conséquences potentiellement graves d’une grossesse précoce sur la santé. Découvrez de quelle manière des responsables locaux comme le chef Kapoloma s’efforcent de mettre un terme au mariage des enfants dans leur district.

Par Andrew Brown

DISTRICT DE MACHINGA, Malawi, le 18 avril 2018 – Par un après-midi chaud et ensoleillé, le chef Kapoloma rend visite à Fatima, adolescente, et à sa mère, qui vivent toutes deux dans le village d’Aisa, au Malawi. Il marche à grands pas sur la terre craquelée du lit d’un cours d’eau asséché, portant une coiffe circulaire et une robe traditionnelles par-dessus sa chemise et son pantalon. La région est peuplée en majorité de musulmans, et une petite mosquée en brique au minaret orné d’une étoile et d’un croissant blancs se dresse au milieu des habitations. D’un enclos à foin situé derrière les maisons en terre, le chant d’un coq retentit.

L’expression solennelle du chef en dit long sur l’importance de sa mission : soustraire des jeunes filles au mariage d’enfants. Il est déterminé à user de son influence pour améliorer les conditions de vie des adolescents de sa communauté, en veillant à ce qu’ils reçoivent une éducation. Dans son district, il a déjà mis un terme à plus de 30 mariages d’enfants, qui ont pu retourner à l’école.

« On sait que l’éducation est essentielle à la réalisation d’un individu, explique-t-il. J’essaye de faire en sorte que les jeunes retournent à l’école. Afin que cela soit possible, notamment pour les filles, je cherche à mettre un terme au mariage des jeunes de moins de 18 ans. »

La stratégie du chef semble fonctionner. « La situation s’est beaucoup améliorée dans cette région, affirme-t-il. Auparavant, on comptait 10 à 15 mariages d’enfants par an. En 2017, deux seulement ont été recensés. Il s’agit d’une avancée considérable, même si j’aimerais que le phénomène disparaisse complètement. »

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Fatima Lameck, 16 ans, observe sa fille. Lorsqu’elle est tombée enceinte, Fatima s’est mariée. Le chef Kapoloma l’a aidée à retourner chez ses parents et à se réinscrire à l’école.

L’histoire de Fatima

Fatima Lameck, 16 ans, est l’une des jeunes filles soustraites au mariage d’enfants par le chef Kapoloma. Il lui rend visite pour voir comment sa situation évolue. Elle est assise sur une natte à l’extérieur de la maison, à l’ombre d’un arbre, avec sa mère et sa fille de 6 mois.

Fatima séjournait chez des membres de la famille à Blantyre lorsqu’elle est tombée enceinte. On l’a convaincue de se marier afin de pourvoir aux besoins de l’enfant. Mais son mari n’a pas pu subvenir à leurs besoins. Lorsque le chef Kapoloma a pris connaissance de la situation, il est intervenu auprès de la famille. Prenant conscience que le mariage n’était pas une solution à la pauvreté, celle-ci a accepté de faire annuler l’union. Fatima est retournée vivre chez sa mère avec son enfant. Elle est désormais dans son avant-dernière année d’études secondaires.

« J’ai été influencée par mes camarades, explique Fatima. Mes amies avaient toutes des petits amis et je ne voulais pas me sentir exclue, alors j’ai trouvé un homme. Plus tard, j’ai compris que j’étais enceinte et j’ai décidé de me marier. Mais le chef m’a convaincue de retourner à l’école. »

« Au début, j’ai cru que le mariage était une bonne idée, poursuit-elle. Mais lorsque le chef m’a parlé de l’importance de l’éducation, j’ai compris et j’ai décidé de reprendre mes études. Je suis heureuse d’être rentrée à la maison et de retourner à l’école. »

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« Je veux que l’on se souvienne de moi comme d’un chef qui a permis d’améliorer le cours des choses », affirme le chef Kapoloma qui œuvre avec d’autres responsables locaux pour que la législation sanctionne juridiquement les hommes épousant des mineures.

Une passion pour l’éducation

L’enthousiasme et la passion pour l’éducation du chef Kapoloma, né Ahammad Gowelo, sont intrinsèquement liés à son histoire personnelle. « Je suis né sur les rives du lac, et j’habitais avec mon oncle qui était chauffeur chez un Allemand, raconte-t-il. Je jouais avec son fils qui avait mon âge. »

La famille allemande a quitté le Malawi après l’indépendance du pays, en 1964, et a proposé d’emmener avec elle le jeune Ahammad, lui offrant la possibilité d’aller à l’école. Mais le père du garçon n’approuvait pas l’éducation laïque et s’est opposé à ce déménagement.

« Mon père ne voulait pas que j’aille à l’école, donc je fuguais pour assister aux cours, explique le chef. J’avais la possibilité d’étudier en Allemagne, mais mon père a annulé le voyage lorsque j’étais à l’aéroport. Ce fut le moment le plus douloureux de ma vie, car j’avais tellement envie de faire de bonnes études. Encore aujourd’hui, je regrette d’être passé à côté de cette chance. »

Ahammad a eu accès à une éducation élémentaire, mais il a toujours le cœur brisé lorsqu’il voit des personnes se marier très jeunes. Pour lui, le mariage des enfants est responsable de la baisse du niveau d’éducation dans son district qui empêche son peuple, les Yao, de contribuer au développement du Malawi.

« Cela m’attriste de voir que les Yao sont connus pour leur analphabétisme », ajoute-t-il.

Promouvoir le changement

Le mariage des enfants constitue une violation des droits de l’enfant, car les jeunes filles mariées courent plus de risques d’abandonner leurs études, et sont davantage exposées à la violence domestique et aux conséquences potentiellement graves d’une grossesse précoce sur la santé.

L’UNICEF s’efforce de mettre fin au mariage des enfants au Malawi. D’après l’enquête démographique et de santé 2015-2016 au Malawi, 46 % des filles du pays étaient mariées avant l’âge de 18 ans. Début 2017, une coalition d’agences de l’ONU et d’ONG a joué un rôle important en incitant les pouvoirs publics à modifier la Constitution, afin que l’âge minimum du mariage passe de 15 à 18 ans, pour les filles comme pour les garçons.

Depuis, l’action de l’UNICEF vise à garantir que cette évolution politique se traduit concrètement sur le terrain. Il s’agit donc de travailler avec les groupes religieux afin de repérer et d’annuler les mariages d’enfants, et de collaborer avec des responsables locaux, tels que le chef Kapoloma, et les communautés, afin de transmettre aux filles et aux garçons le savoir et les compétences nécessaires pour réduire le risque de mariage d’enfants.

Une impulsion locale

Au Malawi, les chefs traditionnels comme Kapoloma prennent des décrets pour leur communauté. Afin de rallier des soutiens en faveur de son action pour mettre fin au mariage des enfants, le chef a organisé une large concertation avec d’autres responsables locaux et avec la police. Ils ont modifié la réglementation pour instaurer des sanctions juridiques à l’encontre des hommes épousant des mineures, tout en insistant sur la responsabilité des parents quant à la scolarisation de leurs enfants.

Cependant, le chef Kapoloma reconnaît qu’il reste des défis à relever. Il souligne notamment la nécessité d’apporter une aide financière aux familles comme celle de Fatima qui soustraient leur fille au mariage, mais peinent à s’acquitter seules des frais de scolarité.

Pour le chef Kapoloma, la fin du mariage des enfants ne constitue que la première étape de l’amélioration des conditions de vie dans sa communauté. « Je veux que les jeunes de la région voient grand et explorent les perspectives que leur ouvre l’éducation, conclut-il. Je veux que l’on se souvienne de moi comme d’un chef qui a permis d’améliorer le cours des choses


 

 

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