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Libéria

La chasse au virus Ebola au Libéria

Par Sophie Reeves and Helene Sandbu Ryeng

Étant donné la récente baisse du nombre de cas de contamination par le virus Ebola au Libéria, la lutte contre le virus est passée de l’étape du traitement de masse à celle de la traque du virus où qu’il émerge. Il suffit d’un seul cas pour mettre tout un village en danger.

MONROVIA, Libéria, 9 janvier 2015 – Le soleil s’est couché il y a trois heures. Les phares du taxi jaune à la carrosserie rouillée sautillent dans l’obscurité à chaque zigzag que le chauffeur fait pour éviter les nids-de-poule qui parsèment la route. Cette voiture, qui vient de Monrovia, traverse Margibi et se dirige vers Gibi, transporte un chargement mortel. Le nom de la victime était Patricia*. Le nom du tueur, Ebola. 

Image de l'UNICEF
© UNICEF Liberia/2014/Ryeng
Une équipe de fossoyeurs désinfecte l’endroit où le corps de Patricia, qui a succombé au virus Ebola, était gardé. Il est important de procéder de cette manière et de prendre d’autres mesures préventives afin d’empêcher le virus de se propager dans son village.

Le taxi traverse Kakata et tourne à droite pour emprunter des pistes.
Le dernier voyage

Le dernier voyage de Patricia entrepris à la faveur de l’obscurité à lieu juste une semaine après l’enterrement clandestin de son fiancé. Patricia l’avait soigné pendant sa brève mais douloureuse maladie. Peu après son inhumation, elle a commencé à se sentir malade.

Patricia est décédée alors qu’elle était hospitalisée au dispensaire de Bushrod. Son dossier médical indique que les deux causes conjuguées de son décès sont le paludisme et la typhoïde. Le père de Patricia a recueilli le corps. Il voulait ramener sa fille bien-aimée chez elle dans son village pour qu’elle y trouve sa dernière demeure. Il a appelé un taxi. Le corps de Patricia a été chargé dans la voiture qui a commencé son voyage.
L’alerte est donnée

Quelque temps après le départ du taxi, Tarlo Kerkula a reçu un appel téléphonique. Mme Kerkula est une coordonnatrice des activités de mobilisation pour le comté de Montesserrado, elle fait partie du dispositif de première ligne mis en place par l’UNICEF pour lutter contre l’épidémie du virus Ebola. La personne qui l’appelait l’a prévenue qu’un taxi transportant un corps traversait Margibi, et qu’il était possible que cette mort ait été causée par le virus Ebola.

Mme Kerkula a appelé à son tour Sophie Reeves, sa collègue postée à Margibi qui a donné l’alerte. Les postes de contrôle situé sur le trajet du taxi ont été alertés.
Le dernier voyage prend fin

Il est tard. Le taxi freine bruyamment pour s’arrêter dans un petit village de 150 habitants. Le père et le frère de Patricia ouvrent la portière et sortent le corps de la voiture. Les voisins se précipitent pour les aider. 

Les villageois déshabillent le corps de la jeune fille et le lavent. Ils lui passent de nouveaux vêtements et nouent un cordon autour de la mâchoire pour la maintenir fermée. Ils transportent le corps dans la cuisine située derrière la maison familiale. Un vieil homme veillera sur le corps toute la nuit.
La mobilisation

Le matin suivant, un coordonnateur de district des activités de mobilisation confirme la présence du corps d’une personne décédée dans le village de Lonfay. Il alerte les partenaires des services sanitaires qui se mettent immédiatement en route.

Une équipe d’agents sanitaires et d’organisateurs de la mobilisation sociale arrivent à Lonfay. Des « pisteurs de contact », chargés de déterminer qui a été en contact avec la personne malade, que ce soit pendant qu’elle était en vie ou après son décès, s’entretiennent avec la famille. L’équipe est informée que Patricia est morte du paludisme et de la typhoïde. Seuls, le père et le frère de Patricia ont touché au corps.

La coordonnatrice des activités de mobilisation de l’UNICEF pour le comté élargit l’enquête en parlant aux voisins. Les enquêteurs dressent une liste de 36 personnes qui ont été en contact avec le corps de Patricia.

Pendant que leurs collègues recueillent des informations, les agents de mobilisation sociale saisissent cette occasion pour parler aux villageois des mesures de prévention à prendre contre le virus Ebola, y compris la manière d’inhumer les victimes sans danger, ainsi que des symptômes du virus.

Pendant ce temps, des techniciens de laboratoire ont fait un prélèvement sur le corps de Patricia. Aussitôt qu’ils ont procédé à cette opération, l’équipe de fossoyeurs peut commencer à préparer l’inhumation et à désinfecter l’endroit où le corps a reposé.
Bloquer la propagation du virus

Le test s’est révélé positif. Patricia a succombé à l’infection par le virus Ebola.

L’équipe réunit les notables du village de Lonfay et leur communique le résultat. Les 21 prochains jours seront décisifs, expliquent-ils, c’est la période d’incubation du virus.

Les villageois acceptent la mise en quarantaine du village. L’UNICEF et ses partenaires restent dans le village pour s’assurer que tous les habitants savent comment se protéger du virus, et ce qu’il faut faire s’ils éprouvent des symptômes de la maladie. L’équipe se rend dans les villages voisins pour les alerter sur ce cas d’Ebola et pour parler de la prévention de la contamination par le virus.

Le virus qui a tué Patricia a fait cet ultime voyage en taxi avec son corps, avant de parvenir jusqu’à Lonfay. Le nombre de cas de contamination par le virus Ebola est sans doute en diminution – mais il n’en est que plus nécessaire pour l’UNICEF et ses partenaires de pourchasser le virus partout où il apparaît. C’est seulement quand tous les cas sans exception, et dans tous les villages – quelle que soit la difficulté pour atteindre ceux-ci – auront été éliminés, et des mesures de prévention et de protection solidement mises en place, que la propagation de ce virus sera arrêtée.

*Ce nom a été changé.


 

 

Photographie : Réunir les enfants affectés par Ebola avec leurs familles

Hunting Ebola in Liberia 

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