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Honduras

La crise oubliée des enfants migrants non accompagnés d’Amérique centrale

Par Marcos Gonzalez

Des enfants qui quittent leur foyer pour essayer de trouver un endroit meilleur et plus sûr où grandir, cela arrive un peu partout dans le monde.  Même si la crise des enfants migrants non accompagnés d’Amérique centrale qui tentent de rejoindre les Etats-Unis ne fait plus la une des journaux, elle continue. De concert avec les gouvernements, l’UNICEF s’efforce de remédier aux causes de cette migration et de garantir la protection et les droits des enfants qui décident d'entreprendre ce périlleux périple.

L'histoire tragique de ce garçon du Honduras âgé de 17 ans illustre le désespoir et l'espoir qui incitent des milliers d'enfants à tenter cette dangereuse traversée vers le « Nord »

OMOA, Honduras, décembre 2015 – « Une fois au Mexique, j’ai pris le train pour les États-Unis. Mais je suis tombé et on a dû m’amputer de la jambe. J'étais installé entre deux wagons… Je pense que je me suis endormi, et quand je me suis réveillé, j’étais déjà tombé sur la voie. »

Image de l'UNICEF: Bryan (ce n’est pas son vrai nom), un jeune Hondurien de 17 ans, se rappelle l’accident, quand il était tombé de ce train de marchandises à bord duquel il espérait rejoindre les États-Unis, au cours du voyage le plus audacieux de sa vie
© UNICEF LACRO/2014/González
Bryan (ce n’est pas son vrai nom), un jeune Hondurien de 17 ans, se rappelle l’accident, quand il était tombé de ce train de marchandises à bord duquel il espérait rejoindre les États-Unis, au cours du voyage le plus audacieux de sa vie

Ceci est une partie de l’histoire de Bryan* : il est parti en direction du Nord, accompagné seulement de son cousin de 16 ans. Bryan ne connaissait personne aux États-Unis et il ne savait pas vraiment ce qu’il allait y faire. Mais son désespoir était plus fort que toutes les raisons de ne pas partir.

« La seule chose que je voulais, c’était d'y aller, dit-il ... Je ne sais pas exactement pourquoi, pour aider. »

« Je veux continuer à étudier, mais je ne peux pas, parce que nous ne disposons pas de ressources suffisantes », explique Bryan, qui a l’air plus jeune et plus petit que ses 17 ans.

« Maintenant, je me sens mal, parce que tout ce que j’ai fait n’a servi à rien », dit-il.

« La Bête »

Assis devant sa maison d’une petite communauté de montagne dans la municipalité d’Omoa, dans le nord du Honduras, Bryan se souvient de son histoire. Autour de lui quelques-uns de ses neuf frères et sœurs s’amusent à courir. Il a quitté le Honduras et traversé le Guatemala à bord d'un conteneur. En arrivant à Tapachula, au Mexique, il est resté dans un refuge pour migrants pendant quelques nuits avant de commencer son long voyage en train – dans le train de marchandises qui roule jusqu’à la frontière des États-Unis et que les gens ont surnommé « la Bête » ou « le Train de la Mort »En route, il a rencontré d'autres personnes dans la même situation.

« La plupart étaient des enfants qui eux aussi voyageaient seuls, comme nous », se souvient-il.

Certains jours, ils trouvaient à manger et à boire, d’autres jours, rien.

Beaucoup de ces enfants et adolescents qui entreprennent ce voyage sont victimes de vols, ou sont enlevés, violés, tués même. Bryan avoue qu’il avait peur.

« Oui, mais qu'est-ce qu’on pouvait faire ? Nous étions là. Des gens nous ont dit qu’ils avaient été attaqués, que c’étaient les « garroteros » (les serre-freins] ... mais rien ne nous est arrivé, Dieu merci », dit-il.

Il ne garde pas beaucoup de souvenirs du moment le plus tragique du voyage. Il croit qu'il s’est endormi et qu’il est tombé sur les rails, à proximité de la ville de Salamanque. Là, on l’a amputé de sa jambe droite – « Ça me fait encore mal, parce que la prothèse la fait enfler » - et son « rêve américain » a pris fin abruptement.

Image de l'UNICEF: Un dortoir à l’Eden, un centre d’accueil des migrants, à San Pedro Sula, au Honduras
© UNICEF LACRO/2014/González
Un dortoir à l’Eden, un centre d’accueil des migrants, à San Pedro Sula, au Honduras

Bryan est resté à l'hôpital pendant plus d’un mois. Après, il a été transféré dans plusieurs refuges au Mexique, et six mois plus tard, il a pris un avion pour la première fois de sa vie, pour retourner chez lui, habité d’un mélange d’émotions amères.A l'aéroport, il n’y avait que sa mère, sa tante et sa grand-mère. Personne d'autre.

Violence et pauvreté

Tout comme dans le cas de Bryan, la plupart des enfants et des adolescents qui sont partis l’année dernière sans adultes pour les États-Unis étaient originaires du triangle du Nord de l’Amérique centrale : Honduras, El Salvador et Guatemala.

Échapper à la violence, c’est une des principales raisons de partir. Selon l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, la sous-région détient trois des cinq taux nationaux d'homicides les plus élevés du monde, principalement en raison de la prolifération des gangs et de la criminalité organisée.

Autre cause de cette migration, comme cela l’a été pour Bryan, le niveau élevé de pauvreté et d'inégalité. Faute de possibilités d’emploi qui leur permettraient de rester dans leur pays d'origine, beaucoup de gens sont obligés de migrer pour soutenir leurs familles.

L'UNICEF travaille avec les gouvernements d’Amérique centrale et du Mexique pour tenter de trouver une solution à ces problèmes.  Par le biais de divers programmes, il renforce les services qui permettent de réduire la vulnérabilité des enfants face à la violence, la criminalité et d’autres dangers, et soutient des programmes pour l'éducation et la santé, en privilégiant les communautés les plus touchées et les plus vulnérables.

Selon Bernt Aasen, le Directeur régional de l'UNICEF pour l’Amérique latine et les Caraïbes, « il faut davantage d’investissements axés sur les services sociaux, l’éducation, le développement, les perspectives d’emploi et c’est la voie qu’ont choisie ces États pour remédier aux causes de la migration. En outre, il est nécessaire de prendre des mesures vigoureuses contre l’impunité dont jouissent les réseaux criminels pour arrêter la violence et l'insécurité dans ‘zones d'éjection’ et les zones de transit migratoire. »

Des centaines de milliers de personnes ont entrepris le voyage d’Amérique centrale et du Mexique vers le Nord. L'année dernière, cependant, l'augmentation spectaculaire du nombre d'enfants et d'adolescents qui tentaient d'entrer aux États-Unis a provoqué l’alarme. Selon le Gouvernement des États-Unis, plus de 68 000 enfants non accompagnés de moins de 18 ans ont été arrêtés à la frontière du sud-ouest du pays en 2014. En 2015, ce chiffre a chuté de 41 %, mais on comptait encore plus de 35 000 enfants en danger, preuve que la crise se poursuit.

L’UNICEF et ses partenaires n’ont cessé de travailler pour aider les gouvernements à recevoir les enfants rapatriés chez eux en mettant en place des services de protection mobiles dans des centres d’accueil spéciaux dans leur pays, en retrouvant les membres de leur famille, en facilitant leur enregistrement, en dispensant une assistance médicale et psychologique et en leur offrant un abri temporaire.

Image de l'UNICEF: Un des dessins de Bryan, sur lequel on peut lire «Las estrellas te Haran brillar » (« Les étoiles te feront briller »).
© UNICEF LACRO/2014/González
Un des dessins de Bryan, sur lequel on peut lire «Las estrellas te Haran brillar » (« Les étoiles te feront briller »).

En outre, d'importantes campagnes de communication ont été lancées dans des pays comme le Honduras et El Salvador pour présenter les risques et les dangers de la migration clandestine. L'UNICEF travaille également avec les autorités consulaires et autres impliquées dans le processus d'expulsion, afin qu’elles puissent offrir des soins spécialisés et garantir les droits de ces enfants une fois qu’ils ont été arrêtés.« Que puis-je faire ? »

Bryan reprendrait-il la route s’il en avait l’occasion ? « Peut-être, répond-il. Ici, je ne peux rien faire. Je ne peux pas étudier, et maintenant je ne peux pas travailler. Alors qu'est-ce que je peux faire ? »

Mais Bryan ne veut pas donner l'impression qu’il n’y a ni avenir ni espoir dans son pays. Il serait heureux ici s’il pouvait jouir pleinement de ses droits et de conditions de vie décentes. « Le Honduras a tout. Il y a la nature, de l’eau en abondance. Mais à quoi ça sert... s’il n'y a pas ...? ». Sa voix s’estompe.

Maintenant qu'il ne va plus à l’école, Bryan passe ses journées à écrire des histoires et à dessiner. Il aimerait devenir comptable ou administrateur d’entreprise, mais aujourd’hui, cela ne semble pas facile.

L’espoir existe toutefois et il est même évident dans l'un des dessins de son livre, dans lequel on peut lire ce message clair : « Las estrellas te haran brillar » - « Les étoiles te feront briller ».

* Le nom a été changé


 

 

UNICEF Photographie : En quête d’espoir

 

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