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Guinée

Avec 10 nouvelles stations, la portée des radios s’étend en Guinée rurale

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© UNICEF Guinea/2016/La Rose
Les habitants de Kassa fêtent l’ouverture de leur nouvelle station de radio. L’île rurale de Kassa se situe à 45 minutes en bateau de Conakry, la capitale de la Guinée
 

Par Timothy La Rose

Quand la Guinée a été touchée par Ebola en 2014, le pays s’est retrouvé face à de nombreux défis pour stopper la propagation du virus, notamment une population rurale étendue et de nombreuses langues locales. Le développement d’un réseau de stations de radio rurales a permis de surmonter ces obstacles à la communication et de créer des outils précieux pour les communautés, encore utilisés aujourd’hui.

CONAKRY, Guinée, le 14 septembre 2016 – La radio, dans la croyance commune, est le meilleur moyen d’atteindre les populations en Afrique. Je l’ai entendu à maintes reprises quand je travaillais au Siège des Nations Unies, en général avant le lancement d’une campagne mondiale. Il y avait toujours quelqu’un pour dire « Pensez à la radio ». Et tout le monde acquiesçait.

Quand l’épidémie d’Ebola a commencé en 2014, peu après mon arrivée en Guinée, la radio semblait être le moyen le plus évident pour transmettre aux communautés rurales des informations vitales. Mais ce n’était pas le cas.

Au cours de l’épidémie, et encore aujourd’hui lorsque je parle à des journalistes, des spécialistes en sciences sociales ou des épidémiologistes, que ce soit dans des restaurants de la capitale ou dans des cafés sur le terrain, on me demande souvent : « Pourquoi l’épidémie a-t-elle été à ce point plus difficile à enrayer en Guinée qu’au Libéria ? »

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Les habitants de Kassa fêtent l’ouverture de leur nouvelle station de radio. Elle a été créée dans le cadre d’une initiative plus vaste de l’UNICEF visant à établir un réseau de radios rurales capables de transmettre des messages en langue locale au sujet du virus Ebola.)
 

Il existe tant de réponses à cette question. Tant de théories. Voici une raison sur laquelle tout le monde est d’accord : la géographie du pays. La superficie de la Guinée est plus de deux fois supérieure à celle du Libéria. Ce vaste territoire, qui semble sans limite, dissimule des tas de villages, cachés à chaque virage de la route comme au fin fond des chemins de terre. Il est impossible de se l’imaginer en regardant une carte. Pourtant dans ces villages, le virus Ebola a sévi comme la pneumonie dans les alvéoles d’un poumon, et c’est là que nous avons dû aller le combattre.

La radio peut jouer un rôle d’antibiotique agissant sur toutes les zones affectées. À l’UNICEF, nous avons immédiatement commencé à travailler avec des stations de radio rurales. Mais nous avons vite découvert que nous ne connaissions pas vraiment la limite de leur portée. Nous nous sommes aperçus que deux tiers des 24 stations existantes ne pouvaient tout simplement pas payer le carburant nécessaire au fonctionnement de leurs générateurs. Nous avons même eu beaucoup de difficultés à cartographier l’intensité du signal et la portée des radios rurales existantes. La plupart fonctionnaient uniquement la nuit, bien au-delà des heures auxquelles les organisations locales et internationales peuvent se rendre en toute sécurité dans la brousse pour mener la complexe opération scientifique d’allumer la radio de leur voiture et d’écouter.

Pour compliquer encore le problème,  dans d’immenses secteurs du pays, notamment dans les zones de contamination, aucune radio rurale n’existait. À Forécariah, où le virus a sévi pendant plus d’un an, la plupart des habitants recevaient des informations provenant de Sierra Leone – où les politiques de lutte contre Ebola étaient très différentes. En Guinée, les gens ont commencé à craindre que les villages soient bouclés ou que d’autres mesures de ce type qui étaient adaptées à l’intervention en Sierra Leone mais qui n’auraient jamais fonctionné en Guinée soient mises en place. Dans certaines parties de la région de Kankan, la population écoutait des radios maliennes et manquaient tous les messages de prévention et d’alerte relatifs à Ebola diffusés par les autorités guinéennes. Lorsque l’épidémie s’est déclarée à Siguiri, une communauté minière proche de la frontière malienne dont les indicateurs figurent parmi les plus bas en Guinée, certaines personnes avaient à peine entendu parler de l’épidémie. Et le processus de sensibilisation a dû pratiquement partir de zéro.

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Devant la nouvelle antenne, un artiste sur des échasses participe à la fête organisée en l’honneur de la nouvelle radio à Kassa.

Au-delà d’Ebola, la Guinée est un pays accablé par d’autres épidémies. La polio, la rougeole, la méningite et le choléra, entre autres, sévissent régulièrement dans les campagnes. Malgré la construction de centaines d’écoles, certaines communautés se trouvent encore à des kilomètres et des kilomètres de l’école la plus proche. Le niveau d’alphabétisation y est bas et le taux de pratiques traditionnelles dangereusement violentes comme les mutilations et ablations génitales féminines, qui s’élève à 97 %, figure parmi les plus élevés au monde.

Nous avons réalisé très rapidement qu’un solide réseau de radios rurales diffusant dans plusieurs langues locales et atteignant même les villages les plus isolés serait nécessaire pour lutter contre tous ces problèmes et d’autres encore.

En mars 2015, l’UNICEF a inauguré la première nouvelle station de radio rurale à Forécariah, qui était alors l’épicentre de l’épidémie d’Ebola. On m’a dit qu’autant qu’on s’en souvienne, il s’agissait de la première station de radio en Soussou à Forécariah.


Après Forécariah, nous avons établi une station à Boffa, puis à Dalaba et à Boké. Lorsque la Guinée a été débarrassée d’Ebola, le 29 décembre 2015, l’UNICEF avait établi, rénové ou soutenu 22  stations de radio rurales. Mais il y avait encore beaucoup à faire. Certaines communautés n’étaient toujours pas couvertes. Nous avons placé des répéteurs en haut des collines et continué de créer de nouvelles stations.

Le mois dernier, après une semaine d’inaugurations à Lélouma, Koubia, Dubréka et Fria, avec le Ministère de la communication qui appuie le développement de ces stations, nous avons lancé la dernière station de radio rurale sur l’île de Kassa. Cette station est destinée à atteindre toutes les personnes vivant sur les cinq îles au large des côtes de Conakry. Il est essentiel de proposer aux villages des îles des programmes dans leur propre langue. Les épidémies de choléra survenues dans le passé ont souvent commencé au large des côtes.

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À Kassa, un DJ lance la radio pour la première fois. Les stations ne sont pas prévues pour une communication à sens unique. Il existe des clubs de radio et des émissions avec des appels en direct qui permettent aux communautés d’échanger avec les DJ et d’influencer la programmation
 

Les stations elles-mêmes, à première vue, ne sont pas très impressionnantes. Il s’agit simplement d’un petit bâtiment avec quelques salles de réunion. Au fond se trouve un tout petit studio avec quelques micros et deux ordinateurs. Mais il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Elles diffusent de la musique traditionnelle locale et relatent des épisodes anciens de l’histoire du village. Les auditeurs de Conakry peuvent appeler et saluer toute leur famille dans un village éloigné. Les radios ne sont pas prévues pour une communication à sens unique. Il existe des clubs de radio et des émissions avec des appels en direct qui permettent aux communautés d’échanger avec les DJ et d’influencer la programmation. Mais surtout, les radios fournissent des informations qui peuvent protéger les villages.

En tout, l’UNICEF, avec ses partenaires, a mis en place 10 nouvelles stations de radio rurales et rénové et renforcé 16 autres stations. Mais il reste encore beaucoup à faire. Lola, une préfecture frontalière de la région de la Guinée forestière, près de là où l’épidémie de choléra a commencé, a toujours besoin d’une radio. L’UNICEF va étudier les possibilités.

La construction des radios elles-mêmes ne constituait qu’une première étape. Les possibilités de collaboration avec les radios rurales pour améliorer la vie des mères et des enfants guinéens sont infinies. L’UNICEF continue de demander l’appui de ses partenaires, afin de garantir que ce nouveau réseau reste opérationnel et d’appuyer la mise en œuvre de nouveaux programmes.

De nouvelles idées naissent chaque jour, mais lors de la prochaine réunion au Siège de l’Organisation des Nations Unies, nous pourrons dire avec fierté qu’en Guinée, la radio est opérationnelle.


 

 

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