Nous construisons un nouveau UNICEF.org et sommes en période de transition.
Merci pour votre patience – N’hésitez pas à nous rendre visite pour voir les changements mis en place.

Thaïlande

La protection des enfants exploités à des fins sexuelles en Thaïlande et dans la région Asie-Pacifique

Par Andy Brown

Rien ne saurait justifier que l’on se serve d’enfants à des fins sexuelles, déclare Shirley Mark Prabhu, spécialiste du VIH pour le Bureau Asie-Pacifique de l’UNICEF : « La Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies, qui a été signée par tous les pays de la région, est très claire sur ce point. Les prostitués enfants, ça n’existe pas. Tout enfant de moins de 18 ans est une victime d’exploitation sexuelle. Cela viole leurs droits à la santé, à l’éducation et à avoir une enfance. »

BANGKOK, Thaïlande, 24 février 2015 – Saeng* a été forcé de se prostituer à l’âge de 14 ans. Après s’être disputé avec ses parents et avoir fait une fugue, Saeng s’est retrouvé à la rue sans argent. Désespéré et trop jeune pour comprendre les risques impliqués, il a fini dans l’industrie du sexe, exploité par des adultes. Comme les bars refusaient de le laisser travailler sur place parce qu’il était mineur, il s’est livré à la prostitution dans la rue.

Image de l'UNICEF
© UNICEF EAPRO/2014/Brown
Shirley Mark Prabhu, spécialiste du VIH, parle avec Saeng de sa situation.

« Je me suis disputé avec mon père parce que je voulais devenir un kathoey et il ne pouvait pas comprendre, » se rappelle Saeng qui a aujourd’hui 18 ans. Le mot thaï qu’il utilise est un terme familier utilisé pour désigner une variété d’identités transsexuelles. « Je suis allé habiter avec un ami qui se prostituait dans les bars du quartier de Nana. J’approchais des étrangers qui me payaient 500 bahts (15 USD) pour avoir des relations sexuelles. Si je trouvais assez de clients, je pouvais passer la nuit dans un hôtel. Sinon, je dormais dans la rue.

« Je ne savais pas grand-chose sur le VIH. »

Les adultes qui exploitaient Saeng l’exposaient à un grave danger de contracter des maladies sexuellement transmissibles. Certains se livraient à des violences contre lui. « Une fois, un client m’a plongé la tête dans le lavabo d’un hôtel et ne voulait pas me lâcher. J’ai crié pour appeler à l’aide et le réceptionniste est venu à mon secours. »

Il a aussi rencontré des problèmes de territoire. « Il y avait une mafia kathoey à Nana, raconte-t-il. Ils me donnaient des gifles ou des coups parce que je travaillais sur leur territoire. »

Saeng a aussi eu des ennuis avec la police. « Une autre fois, un client sortait de l’argent pour moi d’un distributeur. La police m’a saisi par-derrière et m’a emmené. Ils ont arrêté trois d’entre nous. Ils ont laissé les autres partir contre 1000 bahts chacun, mais je n’avais pas d’argent. Ils m’ont gardé au poste toute la nuit et m’ont relâché le matin suivant. »

Dans les ruelles obscures

Le quartier où Saeng s’est retrouvé, Nana, est le quartier chaud de la capitale, un quartier dont les clients principaux sont des touristes étrangers. D’autres quartiers ont une clientèle différente. Dans les ruelles obscures et le long des canaux de Sanam Luang, près du Grand Palais, des femmes se prostituent aux chauffeurs de taxi thaï et aux conducteurs de tuk-tuk. Elles louent des chaises en plastique et s’installent le long de la rue pour s’exposer. Une fois que le marché est conclu, elles se rendent dans des hôtels louches qui louent des chambres à l’heure.

Nathee Sornwaree est travailleur social à la Fondation Issarachon qui s’occupe des prostitués des deux sexes et des sans-abri qui travaillent et vivent dans les rues du quartier. Bien que la majorité des personnes qui se prostituent soient des adultes, M. Sornwaree dit que des enfants sont aussi impliqués, commençant parfois à un très jeune âge. « Nous avons découvert des enfants qui n’avaient pas plus de 8 ans qui étaient vendus à des fins sexuelles, explique-t-il. Les filles commencent à 11 ou 12 ans. Quand il n’y a pas d’école, elles viennent et travaillent le long du canal. »

Image de l'UNICEF
© UNICEF EAPRO/2014/Thuentap
Nathee Sornwaree parle à des bénévoles avant leur tournée nocturne dans les rues.

Les raisons pour lesquelles les enfants sont entraînés dans la prostitution ont changé au cours des années. « Autrefois, ils le faisaient pour aider leur famille, dit M. Sornwaree. Mais la société change. Maintenant les enfants des milieux les plus pauvres le font pour avoir de l’argent pour s’acheter des téléphones intelligents et d’autres articles de consommation qu’autrement ils ne pourraient pas se payer. Nous avons aussi vu un plus grand nombre de prostitués homosexuels et transsexuels. Les médias sociaux leur permettent de rencontrer plus facilement des clients. »

En Thaïlande, la sollicitation à des fins sexuelles est illégale, donc les gens qui s’y livrent ne peuvent pas faire appel à la police s’ils ont besoin d’aide. « Les personnes qui travaillent dans l’industrie du sexe ont souvent des problèmes avec la police, raconte M, Sornwaree, une situation que confirme l’expérience de Saeng. « S’ils ont moins de 18 ans, ils peuvent être envoyés dans un centre de détention pour mineurs. Souvent, ce dont ils ont le plus besoin est un ami, quelqu’un qui ne les jugera pas. La plupart sont informés sur le VIH, mais ils ne se préoccupent pas des autres maladies sexuellement transmissibles. »

Le soir, M. Sornwaree parcoure les rues en distribuant des préservatifs, aide ces travailleurs de l’industrie du sexe à accéder aux services de santé – et essaye de leur trouver un autre emploi.

Des mesures concrètes en faveur du changement

L’UNICEF travaille d’abord à empêcher des jeunes comme Saeng de se retrouver forcés à la prostitution. Nous intervenons également pour assurer que les gouvernements respectent leurs obligations de protéger et de prendre en charge les enfants victimes d’exploitation sexuelle, y compris en leur garantissant un accès aux services de santé et à des informations sur le VIH/SIDA.

Travaillant de concert avec ses partenaires, le Bureau Asie-Pacifique de l’UNICEF a produit un guide à l’usage des chercheurs [PDF] sur la manière d’obtenir des données sur les adolescents et les jeunes à risque tout en garantissant leur anonymat. « C’est une population cachée, explique Mme Prabhu. La première chose à faire est d’obtenir des données fiables à leur sujet. Nous travaillons actuellement sur un guide en bandes dessinées destiné à aider les organisations de jeunesse à comprendre et à utiliser ces données. »

En 2014, l’UNICEF de Thaïlande a publié un rapport [PDF] sur les jeunes touchés par le VIH qui a montré que le pays faisait face à une nouvelle augmentation des infections transmises par voie sexuelle, 70 % des cas se produisant dans le groupe d’âge des 15-24 ans. L’UNICEF a utilisé ces données pour demander au gouvernement d’abaisser l’âge du consentement pour les tests sur le VIH au-dessous de 18 ans, de fournir une formation aux agents des services de santé qui travaillent avec des jeunes à risque et d’élargir les activités d’éducation sur le VIH organisées dans les écoles. En décembre 2014, la Thaïlande a modifié les instructions officielles sur les tests pour le VIH conformément à nos recommandations.

Vivre mieux

Pour des jeunes comme Saeng, il existe d’autres solutions que se livrer à la prostitution. Il y a deux ans, les travailleurs de rue d’une autre ONG, Dton Naam (la Source), l’ont abordé alors qu’il dormait dans une rue du quartier de Nana.

Image de l'UNICEF
© UNICEF EAPRO/2014/Brown
Celeste McGee montre une des peintures faites par Saeng à Dton Naam.

Dton Naam travaille avec la communauté transsexuelle de Thaïlande. Celeste McGee, sa directrice générale, explique que son organisation fait face à des difficultés particulières. « Leurs choix dans la vie sont très limités, avance-t-elle. Ils peuvent seulement obtenir certains emplois, comme dans l’industrie du spectacle, et il est facile pour eux de passer à la prostitution. Ils peuvent utiliser cet argent pour acheter des produits cosmétiques, des hormones et pour une opération chirurgicale, mais cela devient un cercle vicieux et ils ont besoin de continuer à se prostituer pour garder le même style de vie. »

Grâce au travail de Dton Naam, Saeng n’est plus à la rue. Ils l’ont aidé à se réconcilier avec ses parents et à obtenir un traitement médical. Ils lui ont trouvé d’autres moyens de gagner sa vie, comme travailler dans un café et fabriquer des objets artisanaux. Il passe aux locaux de l’organisation une fois par semaine pour une session de soutien psychologique et pour des classes de peinture. Il a été privé de nombreuses années d’éducation, mais c’est un début.

« Mes parents me traitent beaucoup mieux maintenant, dit-il. Ma mère ne me crie plus dessus. Elle est beaucoup plus calme et plus gentille. Mon père n’apprécie toujours pas mon style de vie comme kathoey, mais il l’a accepté. »

Et pour ce qui concerne les projets d’avenir de Saeng, « J’aimerais retourner à l’école, et ensuite travailler comme cuisinier ou comme artiste, » conclut-il.

_________

* Ce nom a été changé.

** Le genre masculin a été assigné à Saeng à sa naissance. L’identité sexuelle et son expression ne sont pas fixes chez Saeng et il utilise des indicateurs masculins et féminins. Comme ces entretiens montraient que son auto-identification, y compris son langage et son choix de vêtements, tendait le plus souvent vers le masculin, des pronoms masculins ont été utilisés tout le long de l’article.


 

 

Photographie : Egalité des sexes

Recherche