Yémen : Être parent en zone de guerre

Plus de quatre années de conflit ont eu des conséquences dévastatrices pour les enfants… et pour leurs parents.

Par l' UNICEF
 Yémen. On mesure le bras d’un enfant.
UNICEF/UN0318650/Almahbashi

SANA’A, Yémen – Plus de quatre ans de conflit armé ont amené les services publics essentiels du Yémen au bord de la rupture. Les premiers à en ressentir les effets sont, invariablement, les personnes les plus vulnérables que compte le pays : les mères et leurs bébés.

L’accès à des services sanitaires de qualité au cours de la grossesse et post-partum peut faire la différence entre la vie et la mort pour les mères et leurs bébés à naître ou leurs nouveau-nés. Mais le conflit au Yémen a gravement compromis l’accès à des soins qualifiés.

Toutes les deux heures, une mère et six nouveau-nés meurent de complications survenues pendant la grossesse ou l’accouchement.

Même lorsque les femmes parviennent à se rendre dans une maternité fonctionnelle, rien ne garantit qu’elles pourront y être prises en charge. Les prestataires de santé font état d’un sous‑effectif et d’un manque de ressources, voire de l’absence d’équipements essentiels comme des incubateurs. Entre-temps, les femmes enceintes, les jeunes mères et leurs bébés sont souvent forcés de partager les mêmes lits, ce qui complique la prévention des infections.

Yémen. Une femme donne à manger à un enfant.
UNICEF/UN0318227/Alahmadi

Un avenir en jeu

Ali a perdu sa mère le jour où il est né.

Lorsque le travail a commencé en décembre dernier, le père d’Ali, sans argent et sans véhicule, n’avait aucun moyen d’emmener sa femme, Khaizaran, jusqu’à un hôpital ou dans un centre de santé. Cette histoire est bien trop courante au Yémen, où moins d’un tiers des bébés naissent dans des établissements de santé.

Khaizaran est morte d’hémorragie cinq heures après la naissance d’Ali. Si le père avait pu l’emmener à l’hôpital, elle aurait peut-être survécu. Au lieu de cela, elle est morte dans ses bras.

Aujourd’hui, c’est l’avenir d’Ali qui est en jeu. Il vit avec sa tante, qui essaie tant bien que mal de s’occuper de lui en même temps que de son propre enfant, âgé de 3 ans.

Survie maternelle et survie infantile sont étroitement liées. Les bébés qui perdent leur mère n’ont souvent que de faibles chances de survie : dans ce cas, 1 nouveau-né sur 37 meurt au cours du premier mois. En outre, ces enfants – qui ne sont pas allaités exclusivement au sein – ont un risque de mortalité plus élevé, soit directement, à cause de la malnutrition, soit indirectement, en raison d’une susceptibilité accrue aux infections.

Dans une économie yéménite ravagée par le conflit, les familles qui avaient déjà du mal à joindre les deux bouts se retrouvent encore plus endettées.

La plupart des décès maternels sont liés à des causes qui auraient pu être évitées si la femme avait eu accès à des services de planification familiale et à des soins de qualité avant et pendant sa grossesse, et lors de son accouchement. Malheureusement, dans une économie yéménite ravagée par le conflit, même lorsqu’elles parviennent à accéder aux soins, les familles qui avaient déjà du mal à joindre les deux bouts se retrouvent encore plus endettées..

Yémen. Une femme tient un petit enfant dans ses bras.
UNICEF/UN0320193/Baholis

Le coût d’un avenir

Les combats intenses ont forcé Suad et sa famille à fuir leur maison de Taiz, dans le sud du Yémen. Ils vivent désormais dans un camp de déplacés internes dans le gouvernorat voisin de Lahij. À l’approche de la naissance à sa petite dernière, Saeed, son mari, Mansur, était déterminé à ce que Suad accouche à l’hôpital le plus proche. Le problème ? Cet hôpital était situé à plusieurs heures de chez eux.

Mansur a donc souscrit un prêt pour couvrir les coûts de transport et de prise en charge hospitalière. Toutefois, en raison de complications survenues pendant l’accouchement, Suad a dû subir une césarienne. La facture médicale de la famille s’allongeant, Mansur a dû se défaire de l’intégralité de ses économies – 90 dollars É.-U. – pour couvrir les frais.

N’ayant pu trouver du travail que comme simple ouvrier agricole, et sans revenu assuré, Mansur gagne désormais à peine de quoi nourrir ses enfants.

Seule la moitié des établissements de santé du Yémen sont à 100 % fonctionnels, et quand bien même, ces derniers aussi font face à de graves pénuries de médicaments, d’équipement et de personnel. Dans le cadre de ses efforts pour faire baisser le niveau élevé de mortalité néonatale dans le pays, l’UNICEF soutient 13 hôpitaux dans 5 gouvernorats, y compris en les équipant d’unités de soins néonatals intensifs.

Yémen. Un nouveau-né dort à l’hôpital.
UNICEF/UN0318233/Aljaberi

Par ailleurs, l’UNICEF et ses partenaires ont lancé cette année le Healthy Start Voucher Scheme, un système de coupons pour un départ en bonne santé qui vise à améliorer l’accès à des soins de santé d’importance vitale. Ce projet prévoit des coupons pour les femmes enceintes et allaitantes pauvres et vulnérables, afin de les aider à couvrir le coût du transport pour un accouchement à l’hôpital et de leur permettre de bénéficier de services obstétriques d’urgence et de soins néonatals en cas de complications. Les familles peuvent également utiliser ce dispositif pour accéder à la contraception et à des traitements contre la malnutrition.