Des SMS qui sauvent des vies

Au Rwanda, le système RapidSMS permet aux mères et aux nouveau-nés d’accéder à des soins vitaux.

Veronica Houser
Une femme montre à une autre femme un téléphone portable
UNICEF Rwanda/Muellenmeister

11 mai 2018

RUBAVU (Rwanda), le 16 mai 2018 – Il y a quelques années, alors qu’Asterie Nyirabatware donnait naissance à son troisième enfant, elle s’est retrouvée dans une situation terrifiante : elle souffrait d’une hémorragie incontrôlable sans infirmière ou médecins compétents à proximité.

Comme pour ses deux enfants précédents, et comme de nombreuses femmes de sa communauté, Asterie avait décidé d’accoucher chez elle, ignorant les risques que cela comportait.

Elle s’est vite rendue dans un centre de santé et, par chance, elle et son bébé ont survécu. Mais cette expérience l’a marquée à jamais.

« Les dangers d’un accouchement à domicile me sont apparus clairement », raconte-t-elle. « Je me suis rendu compte que je mettais ma vie et celle de mon enfant en péril. »

Désormais âgée de 64 ans, Asterie a cinq enfants et 11 petits-enfants. Elle a sublimé son traumatisme afin d’aider les autres. Depuis 10 ans, elle est agent de santé bénévole au sein de sa communauté, dans le district de Rubavu, au Rwanda, sur la rive nord du lac Kivu.

« Je m’efforce d’améliorer l’état de santé de tous les habitants de mon village », explique-t-elle.

Une femme enregistre des données sur son téléphone
UNICEF Rwanda/2017/Nkinzingabo
Un agent de santé communautaire utilise RapidSMS pour enregistrer des données concernant les femmes qui viennent d’accoucher et les femmes enceintes dans un centre de santé local.

RapidSMS

L’un des principaux objectifs d’Asterie est de faire en sorte que les mères n’accouchent plus chez elles, mais dans des centres de santé. Pour cela, elle utilise RapidSMS, un système sur téléphone mobile, destiné aux agents de santé communautaires, qui permet de suivre l’état de santé des femmes enceintes, des nouveau-nés et des jeunes enfants. Grâce à RapidSMS, Asterie recense les femmes dès qu’elle apprend leur grossesse, et envoie par texto des rapports qui sont transmis au Ministère de la santé. Elle reçoit ensuite des rappels par SMS afin de veiller à ce que ces femmes se rendent régulièrement au centre de santé avant l’accouchement. Elle effectue également des visites hebdomadaires à domicile pour donner des conseils aux familles, notamment en matière de nutrition, et continue à assurer un suivi après la naissance.

« Je suis fière de mes contributions », assure-t-elle. « Je suis ravie d’avoir la responsabilité de ma communauté. »

Depuis le lancement du projet pilote en 2009, RapidSMS a permis à plus de 730 000 femmes enceintes et à environ un million de nouveau-nés d’accéder à des services vitaux de santé et de nutrition. Plus de 25 000 de ces femmes étaient en danger de mort, mais grâce à RapidSMS, les agents de santé communautaires les ont aidées à se rendre dans des centres de santé, sauvant ainsi de nombreuses vies.

Le système a également permis de réduire de manière significative le nombre de décès d’enfants et de mères au Rwanda. En 2005, le taux de mortalité maternelle s’élevait à 750 pour 100 000 naissances vivantes. En 2015, ce chiffre était descendu à 210. Les décès de nourrissons ont également diminué, passant de 86 pour 1 000 naissances vivantes en 2005 à 32 pour 1 000 naissances vivantes en 2015. Depuis sa mise en place, le système RapidSMS a été amélioré afin d’être utilisé pendant la période critique des 1 000 premiers jours qui s’étend de la grossesse au deuxième anniversaire de l’enfant.

Un maman tient dans ses bras son bébé, Rwanda
UNICEF Rwanda/2018/Manzi
Claudette Nyirahabinshuti tient dans ses bras son bébé, âgé d’1 semaine. Elle a accouché dans de bonnes conditions à l’hôpital du district de Rubavu, au Rwanda.

Reconnaître les signes de danger

De l’autre côté de la ville, à l’hôpital du district de Rubavu, Claudette, 22 ans, est assise dans le couloir de la maternité. Elle a accouché d’un bébé en bonne santé la semaine dernière.

« Mon bébé et moi avons survécu grâce à RapidSMS », affirme-t-elle. Le premier enfant de Claudette, né chez elle, n’a pas survécu.

Pour son deuxième enfant, un agent de santé communautaire a inscrit Claudette dans le système RapidSMS à sa seizième semaine de grossesse, et a continué à lui rendre visite régulièrement. Encouragée par ces visites et les messages transmis via RapidSMS, Claudette s’est rendue périodiquement au centre de santé pour des examens de contrôle. On lui a fourni des informations sur l’allaitement, et elle a pu parler de ce qu’elle avait appris à son mari.

« J’ai également découvert les signes de danger pendant la grossesse », précise-t-elle.

Lorsque Claudette a ressenti les premières contractions, elle a reconnu les signaux d’alerte et a su qui appeler.

« J’ai perdu les eaux trop tôt. J’ai appelé mon agent de santé communautaire, et elle a fait venir une ambulance grâce à RapidSMS. »

L’agent de santé a utilisé la fonction « alerte rouge » de RapidSMS qui envoie un message automatique si quelque chose se passe mal pendant la grossesse ou l’accouchement. Cette fonction permet non seulement d’envoyer une ambulance, mais aussi d’avertir les établissements de santé à proximité de l’urgence à venir, et d’expliquer à l’agent de santé comment aider la jeune femme en attendant les secours.

Claudette a été transportée à l’hôpital du district de Rubavu où elle a accouché de son deuxième enfant dans de bonnes conditions.

Souriante, serrant fermement sa fille dans ses bras, Claudette est reconnaissante.

« Mon mari et ma famille étaient heureux de nous voir rentrer en bonne santé, moi et mon bébé. Pendant ma grossesse, je me suis toujours sentie accompagnée. »