« Nous n’avons rien pu planter. »

Dans le sud de Madagascar, des enfants souffrent de malnutrition chronique après des années de sécheresse.

Par Fanjaniaina Saholiarisoa Alida
Une femme et son nourrisson à Madagascar
UNICEF Madagascar/2019/Pontus Erre

22 mai 2019

VAHAVOLA, Madagascar – À neuf heures du matin, le soleil tape déjà durement sur le village de Vahavola, situé dans le sud de Madagascar. Il fait 35° C à l’extérieur.

Vola Lambae est assise avec ses sept enfants dans la petite cabane de la famille, au milieu d’une plantation de cactus, l’une des rares plantes qui poussent encore facilement dans la région. La source d’eau la plus proche est une rivière située à plus de 3 km du village, mais dont l’eau n’est pas potable.

Vers midi, toute la famille se prépare à manger ce qui sera le seul repas de la journée : des feuilles de manioc. Faute d’un apport alimentaire régulier, et en particulier de vitamines et de minéraux, les enfants sont déjà frêles. Mais ils n’ont rien d’autre à manger.

« Nous ne pouvons pas faire pousser de riz ou d’autres cultures car la terre est sèche et il pleut très peu ici. Nous n’avons rien pu planter. Les feuilles de manioc viennent des plantations d’autres personnes mais elles nous remplissent le ventre et nous aident à dormir », explique Vola.

Le plus jeune enfant de Vola, Mosa, âgé de sept mois, est maigre et fragile. Il est encore nourri au sein mais Vola ne produit pas suffisamment de lait car elle mange très peu et n’a pas assez d’eau potable à boire.

Une femme entourée de sa famille à Madagascar
UNICEF Madagascar/2019/Pontus Erre
Vola Lambae est assise avec ses sept enfants dans leur petite cabane au milieu d’une plantation de cactus.
Une crise de malnutrition

La situation de Vola et de Mosa est représentative d’un problème plus général à Madagascar. Près de la moitié des enfants de moins de cinq ans sont atteints de retards de croissance (une faible taille pour leur âge) car ils ne bénéficient pas des nutriments dont ils ont besoin pour grandir.

Les enfants comme ceux de Vola qui n’ont pas assez à manger, à la fois en termes de quantité et de variété, sont plus vulnérables face aux maladies infectieuses. Ils risquent également d’être atteints de malnutrition aiguë sévère, qui se caractérise par un poids dangereusement bas et une grave fonte de la masse musculaire et est l’une des grandes causes de mortalité pour les enfants de moins de cinq ans.

Depuis 2014, le sud de Madagascar a été durement touché par la diminution des précipitations, qui s’est répercutée sur les récoltes. Le phénomène météorologique actuel El Niño aggrave la sécheresse, qui a plongé 1,1 million de personnes, dont près de 500 000 enfants, dans l’insécurité alimentaire en 2018. Le nombre d’enfants atteints de malnutrition aiguë devrait encore augmenter en 2019.

Une femme et deux enfants assis dans une cabane à Madagascar
UNICEF Madagascar/2019/Pontus Erre
Vola allaite Mosa pendant que ses autres enfants mangent des feuilles de manioc cuites - le seul repas de la journée de la famille.
Soigner avant qu’il ne soit trop tard

Aujourd’hui, les agents sanitaires communautaires arrivent dans le village de Vahavola. Formés par l’UNICEF, ils se rendent dans des régions reculées pour dépister les premiers stades de la malnutrition aiguë sévère parmi les enfants. En voyant Mosa, ils savent tout de suite qu’il a besoin d’aide. Ils décident de l’emmener au centre de santé le plus proche, situé à Sampona, à 30 minutes à pied de Vahavola.

À Sampona, l’agent de santé Ericka Razafimbelo le pèse et mesure sa taille. Elle mesure également la circonférence de son bras à l’aide d’un bracelet spécial. Mosa est dans la zone rouge, ce qui signifie qu’il a besoin de soins d’urgence sans lesquels il risque de mourir.

Ericka donne à Mosa un aliment thérapeutique prêt à l’emploi, une pâte à base d’arachide qui a bon goût et qui est conçue pour aider les enfants à prendre rapidement du poids. Cet aliment est idéal pour soigner les enfants des zones reculées, non seulement parce qu’il leur apporte tous les nutriments dont ils ont besoin pour se rétablir mais également parce qu’il se conserve bien et n’est pas à base d’eau – il y a donc peu de risques de prolifération de bactérie et il n’a pas besoin d’être réfrigéré.

Ericka renverra Vola et Mosa chez eux avec assez d’aliment thérapeutique pour le reste du traitement. Elle ajoute que sa situation est courante dans la région mais qu’avec un traitement continu, il se remettra en quelques semaines.

 


Chaque année, l’UNICEF apporte son aide au traitement de 14 000 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère à Madagascar. L’UNICEF coopère avec ses partenaires pour identifier rapidement les enfants atteints de malnutrition dans le cadre du dépistage communautaire, dispense des formations au personnel de santé et fournit suffisamment d’aliment thérapeutique.