Un jour dans la vie d’une sage-femme communautaire au Yémen

« Ne vous inquiétez pas, nous vous protègerons »

Par Najwa Al-dheeb
UNICEF Yemen/2016/Al-dheeb

10 août 2016

SANAA, Yémen, 10 août 2016 – À 8 h 20, j’arrive dans le district de Bani Hushaysh, à l’est de la capitale du Yémen, Sanaa. Le voyage a commencé dans la ville à 7 heures et des collègues de l’UNICEF et du personnel de la Direction de la santé du gouvernorat de Sanaa se sont joints à moi.

Notre premier arrêt a lieu au dispensaire du district de Bani Hushaysh où nous sommes accueillis par Kawkab Abdu, une sage-femme communautaire de la région. Elle nous raconte qu’après une période de cessez-le-feu, longue et incertaine, des bruits de bombes ont retenti tôt ce matin-là, ce qui a effrayé les habitants. « Ne vous inquiétez pas, nous vous protègerons », dit Kawkab Abdu comme pour me rassurer. Je souris simplement et nous pénétrons dans le centre de santé.
  

Un ensemble intégré de services

Après avoir achevé une formation spécialisée en soins maternels et néonatals au niveau de la communauté en 2007, Kawkab Abdu, 36 ans, est devenue sage-femme communautaire à Bani Hushays. La formation est dispensée aux sages-femmes communautaires pour leur apporter les compétences de base en matière de soins obstétriques d'urgence.

Aujourd’hui, elle est le seul agent de santé qui s’est présenté au travail. Les bombes ont effrayé les autres, qui ont probablement voulu évaluer la situation avant de se rendre au travail. Depuis que le conflit au Yémen s’est intensifié, les dispensaires ont été gravement touchés. Certains ont été la cible d’attaques, d’autres sont à court de médicaments, de carburant et d’électricité. Dans de nombreux cas, le personnel médical s’est enfui.

UNICEF Yemen/2016/Al-dheeb

Le Dr Najwa Al-dheeb (à gauche), de l’UNICEF, s’entretient avec Kawkab Abdu, sage-femme, au cours d’une visite au dispensaire de Bani Hushaysh, à l’est de la ville de Sanaa, au Yémen. Ce jour-là, Kawkab Abdu était le seul agent de santé à se présenter à son travail, les habitants ayant entendu des bombardements tôt ce matin-là.

À Bani Hushaysh, Kawkab Abdu est une planche de salut pour les habitants. Ils la décrivent comme un « ensemble intégré de services » : elle administre des vaccins, gère les maladies infantiles telles que les infections des voies respiratoires, la diarrhée et la rougeole ; elle s’occupe aussi des problèmes de malnutrition, examine les enfants, fournit des traitements et, dans les cas graves, dirige les patients vers des soins plus spécialisés.
  

Une sage-femme passionnée par son métier

Kawkab Abdu est non seulement une professionnelle dévouée mais elle est également passionnée par son métier. Elle raconte que son rêve était de devenir médecin mais qu’elle n’a pas eu les moyens de faire des études de médecine. Elle a donc préparé un diplôme en éducation, mais son rêve de travailler dans le domaine médical ne la quittait pas.

Quand elle a su que la Direction de la santé du district recherchait des femmes ayant étudié pour les former au métier de sage-femme communautaire, elle a abandonné le cursus d’éducation et s’est inscrite pour préparer un diplôme de sage-femme. C’est lorsqu’elle a commencé à apporter son aide comme sage-femme aux femmes du district qu’a débuté son aventure au sein de la communauté. Depuis lors, elle a accompagné d’innombrables accouchements dans le secteur et s’est construit une solide réputation dans la communauté. Alors que nous marchons à ses côtés dans le village, les saluts et les gestes des habitants expriment leur respect et leur reconnaissance.

Elle nous indique qu’elle aide chaque mois trois à six femmes à accoucher. Elle assure ensuite un suivi pour vérifier que la mère et le bébé sont correctement alimentés et en bonne santé.

Aujourd’hui, elle nous emmène dans la maison d’Ali où, il y a un mois, elle a aidé son épouse, Om Mohammed, à mettre au monde leur huitième enfant, le petit Mohammed. Dès notre arrivée, elle procède, en souriant, à des examens physiques du bébé pour repérer tout signe de maladie ou de malnutrition. Elle fait la même chose pour la mère puis lui donne un cours sur l’importance de l’allaitement exclusif.

Elle explique à la mère que l’allaitement, exclusif et prolongé, pendant les six premiers mois, contribue au développement physique et intellectuel rapide de l’enfant. Elle précise également l’importance de maintenir de bonnes conditions d’hygiène et d’assainissement. Peu après, les autres femmes de la maison se joignent à nous pour écouter attentivement et poser des questions, Kawkab Abdu y répondant au fur et à mesure. Leur conversation est ponctuée de rires : toutes apprécient la séance.

Nous quittons la maison d’Ali au bout d’une heure et nous marchons jusqu’à la maison de Kawkab Abdu. Elle qualifie sa maison de « mini-hôpital » parce qu’elle y a une pièce où elle reçoit des patients après ses heures de travail. Elle conserve aussi des dossiers sur les accouchements pour les mères et les différents patients, ce qui lui permet de se tenir informée des cas qui nécessitent un suivi.

« Je fais quelque chose pour les gens de ma communauté et j’en suis heureuse », dit-elle alors que nous achevons notre visite.