À quoi ressemble la vie des survivants d’Ebola qui retournent à l’école

En République démocratique du Congo, l’UNICEF travaille avec des psychologues, des enseignants et des élèves pour aider les enfants à se réintégrer.

Par Sam Waterton
République démocratique du Congo. Un enfant est assis dans une salle de classe.
UNICEF/2019/Nybo/225

31 octobre 2019

BENI, République démocratique du Congo – « C’était le plus beau jour de ma vie », déclare Nixon, 12 ans, en parlant du jour où il a quitté le centre de traitement d’Ebola de Beni, une ville du nord‑est de la République démocratique du Congo.

Nixon a passé 30 jours dans ce centre après que sa mère lui a transmis le virus – elle et lui font partie des plus de 3 200 personnes à avoir contracté Ebola lorsque l’épidémie a commencé à ravager certaines zones du pays en août 2018.

La prise en charge médicale précoce dont Nixon a bénéficié lui a sauvé la vie. De manière tragique, sa mère, elle, n’a pas survécu. Lorsque sa famille est enfin parvenue à l’emmener dans un centre de traitement dans la ville voisine de Mangina, il était déjà trop tard.

« Nous n’avons pas pu échanger de derniers mots. »

Kahambu, 14 ans, est aussi retournée en classe le mois dernier. Elle fréquente l’institut Mese, dans la localité voisine de Butembo.

Comme nombre des enfants qui reprennent le chemin de l’école dans le pays, elle a dû affronter le traumatisme émotionnel causé par la perte de ses proches. Neuf membres de sa famille ont succombé à Ebola, dont sa mère et deux frères et sœurs plus âgés.

« Elle est morte dans la nuit », explique Kahambu en parlant de sa mère. « Nous n’avons pas pu échanger de derniers mots. »

Peu de temps après, Kahambu a commencé à présenter des symptômes d’Ebola et a été emmenée d’urgence dans un centre de traitement. Elle a survécu grâce à un dépistage précoce, et grâce aux soins des médecins et du personnel infirmier à qui elle doit la vie.

RDC. Une fillette se tient à l’entrée de sa salle de classe.
UNICEF/2019/Nybo/226
Kahambu se tient devant sa salle de classe à l’institut Mese, un collège de Butembo, dans l’est de la République démocratique du Congo.

Des psychologues soutenus par l’UNICEF ont mis en place une cellule de soutien pour les écoliers devenus orphelins à cause d’Ebola. Les enseignants qui vivent dans les zones touchées par le virus ont également reçu une formation qui les aide à identifier et à aider les enfants victimes de stigmatisation ou de discrimination, ou encore ceux qui souffrent de la perte de leurs proches – que ce soit en raison d’Ebola, d’autres maladies ou du violent conflit qui déchire la région.

Kahambu vit désormais avec sa grand-mère et réussit bien à l’école. Sa matière préférée est l’histoire et, un jour, elle aimerait pouvoir tenir une boutique.

Dix amis et plus

« Quand je suis allé mieux, j’ai voulu savoir où se trouvait ma famille », déclare Tulisa, 10 ans, qui va aussi à l’école à Butembo. Mais le personnel du centre de traitement où il a été soigné a alors dû lui annoncer une nouvelle difficile : non seulement il avait perdu sa mère à cause d’Ebola, mais après la mort de cette dernière, son père avait abandonné sa famille.

« On m’a dit qu’ils étaient tous les deux partis et qu’ils ne reviendraient jamais. »

L’expérience de Tulisa nous rappelle que les effets d’Ebola ne sont pas que physiques. La stigmatisation peut être un facteur d’isolement pour des enfants qui luttent déjà afin de surmonter le deuil et des drames inimaginables. Ces blessures émotionnelles peuvent mettre des années à cicatriser.

« On m’a dit qu[e mes parents] étaient [...] partis et qu’ils ne reviendraient jamais »

Heureusement, Tulisa n’est pas seul pour affronter ces épreuves. Il vit désormais avec ses deux frères aînés et raconte qu’il a été bien accueilli par ses camarades à son retour à l’école.

« J’ai 10 amis dans ma classe », déclare-t-il avec un grand sourire. « Ensemble, on joue à cache‑cache. »

RDC. Un enfant est assis à un pupitre dans une salle de classe.
UNICEF/2019/Nybo/228
Tulisa est assis à son pupitre dans une salle de classe de l’école primaire Tarse à Butembo, dans l’est de la République démocratique du Congo.

L’UNICEF couvre les frais de scolarité de Tulisa ainsi que la formation professionnelle de ses deux frères aînés afin qu’ils puissent devenir mécaniciens. Il est également suivi par un psychologue.

La matière préférée de Tulisa, ce sont les mathématiques, et il rêve de devenir médecin. Les enseignants sont impressionnés par ses progrès. « Nous sommes très fiers de Tulisa », déclare le directeur de l’école, Mumbere. « Il a réussi tous ses examens et il a beaucoup d’amis. »

 


La riposte de l’UNICEF contre Ebola repose sur une approche communautaire transversale, qui passe par le dialogue avec les communautés, l’approvisionnement en eau salubre et l’amélioration de l’assainissement et de l’hygiène dans le cadre de la prévention et du contrôle de l’infection, le renforcement de l’assistance psychosociale et des services d’éducation et de protection de l’enfance, et l’aide sur le plan nutritionnel. Pour en savoir plus sur Ebola et la riposte de l’UNICEF, cliquez ici.