Rompre avec les normes liées au genre – Du Nil à la mer Rouge

Le parcours d’une jeune Égyptienne qui a trouvé le travail de ses rêves de l’autre côté de la mer

Par Dalia Younis
Une femme
UNICEF Egypt/2018/Younis

11 octobre 2018

Qena, Égypte, 11 octobre 2018 – Donia Zakareya, 24 ans, est née à Qena, une ville située sur les bords du Nil, à quelques kilomètres au nord de Luxor, dans la Vallée des Rois. La région, baptisée Haute-Égypte, borde le Nil, dans le sud du pays. Réputée pour la richesse de son patrimoine culturel, la région est aussi très attachée à ses traditions strictes, dont ses coutumes peu propices à l’instauration d’un environnement favorable à l’autonomisation des filles et des femmes. De fait, de nombreuses filles de la région sont privées d’éducation et n’ont pas la possibilité de quitter leur ville natale pour faire des études ou se construire une carrière professionnelle.

« Le fait d’être une fille est la plus grande difficulté que j’ai rencontrée durant ma carrière »

Cependant, portée par le soutien et les encouragements de sa famille très ouverte d’esprit, Donia a réussi à devenir la première femme ingénieure paysagiste d’un grand complexe touristique égyptien.

A young woman talks to her father at a railroad factory, Egypt
UNICEF Egypt/2018/Younis
« Mon but n’était pas de lui enseigner quoi que ce soit lorsque je l’emmenais à l’usine avec moi quand elle était petite. J’étais juste un papa fier, heureux de passer davantage de moments de qualité avec mon enfant. Je suis ravi qu’elle ait appris toutes ces choses qui lui ont permis de devenir la personne qu’elle est aujourd’hui. »
Une enfance immergée dans des domaines essentiellement masculins

Tout a commencé dans l’usine de traverses de chemin de fer où le père de Donia, Yehia Zakareya, travaille depuis qu’elle est enfant.

« Elle avait 4 ans lorsqu’elle est venue ici pour la première fois. Elle n’arrêtait pas de courir partout », se souvient Yehia. « Tout le monde l’aimait ici et m’aidait à la tenir à l’écart des machines. »

En grandissant, son père est devenu son mentor. « Il m’a appris à écrire des lettres officielles, à élaborer des feuilles de travail et à faire plein d’autres choses », nous confie Diona. « Cela m’a été très utile pour mes activités scolaires et les travaux bénévoles que j’ai entrepris par la suite. »

Donia a ensuite entamé des études d’agriculture à l’université. La jeune fille a vraiment commencé à être handicapée par le fait d’être une femme lorsqu’elle a choisi de se spécialiser dans l’aménagement paysager.

« L’aménagement paysager et le travail sur le terrain en général, à savoir les deux choses qui me plaisaient le plus, étaient considérés comme des domaines exclusivement réservés aux hommes », explique Donia. « Les autres étudiants étaient persuadés que je devais m’en tenir aux emplois administratifs pour faire carrière dans l’agriculture, pour la simple raison que j’étais une fille. »

Cependant, Donia a bénéficié du soutien de ses professeurs, qui l’ont encouragée à poursuivre son rêve.

Un père et sa fille
UNICEF Egypt/2018/Younis
« Mon père est la seule personne qui me regarde avec autant de fierté dans les yeux », témoigne Donia.
La chance d’une vie

Voyant la fin de ses études approcher, Donia savait qu’elle devait acquérir davantage d’expérience pratique si elle voulait se démarquer des autres étudiants sur le marché. La jeune femme a donc décidé de participer à une série de formations axées sur le développement des compétences à Qena.

Ces formations étaient proposées par Meshwary (« Mon parcours »), un projet soutenu par l’UNICEF en collaboration avec le Ministère égyptien de la jeunesse et des sports et financé par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

Six mois plus tard, par l’intermédiaire de Meshwary, Donia a reçu une proposition qui allait changer sa vie : participer à un entretien pour recevoir une formation dans un grand complexe touristique. Le seul problème : le complexe était situé à plus de 480 km de Qena.

« C’est mal vu en Haute-Égypte qu’une fille travaille et vive loin de chez elle. Certains pères ne laissent même pas leur fille travailler même si le travail est dans le même gouvernorat », explique Diona.

« Je voulais qu’ils se disent que le combat qu’ils avaient mené contre les normes sociales et les traditions pour me défendre et me donner les moyens de vivre ma vie en avait valu la peine. »

La jeune femme redoutait également d’essuyer des préjugés sur son sexe et son milieu lors de l’entretien. 

« Quelles étaient les chances qu’un hôtel international accepte de faire venir une fille, de la loger et de lui donner une formation complète en aménagement paysager, un domaine essentiellement masculin ? »

À sa grande surprise, Diona a été acceptée.

« Je suis immédiatement allée voir mon père et je lui ai dit que c’était la chance de ma vie », raconte Donia.

Yehia s’est laissé convaincre de lutter une nouvelle fois contre les tabous pour le bonheur de sa fille.

« Va travailler là-bas et laisse-moi me charger de ceux qui te critiquent ici », a-t-il répondu à sa fille.

Une femme sourit, Egypte
UNICEF Egypt/2018/Younis
Du Nil à la mer Rouge

Donia a commencé sa formation au Hilton Waterfalls à Charm el-Cheikh en mars 2018. Un mois plus tard, le complexe lui proposait un emploi d’ingénieure paysagiste.

Bien qu’il s’agisse du travail de ses rêves, cela n’a pas été une décision facile à prendre pour la jeune femme.

« Déménager à Charm el-Cheikh, loin du cocon familial, est la décision la plus importante que j’ai eue à prendre dans ma vie », déclare-t-elle.

« J’ai pensé aux autres filles de Haute-Égypte qui avaient aussi reçu des propositions d’emploi [dans d’autres domaines] au Hilton, mais qui devaient les refuser parce que leurs parents ne les laisseraient pas partir à Charm el-Cheikh », ajoute-t-elle. « Tout à coup, j’ai eu la conviction que je devais partir et accomplir quelque chose là-bas, pas tant pour moi, mais pour mes parents qui m’avaient toujours soutenue. Je voulais qu’ils se disent que le combat qu’ils avaient mené contre les normes sociales et les traditions pour me défendre et me donner les moyens de vivre ma vie en avait valu la peine. »

Vivre son rêve

Aujourd’hui, Donia s’épanouit dans son nouveau travail. Ses craintes initiales de se voir principalement confier des tâches administratives ne se sont pas matérialisées.

« Il est arrivé une chose formidable : nous avons tous bénéficié des mêmes chances ! Les seuls critères utilisés pour déterminer la nature de notre travail étaient nos compétences, notre détermination et l’intérêt que nous manifestions », se réjouit-elle.

Lors d’un évènement récemment organisé par Meshwary à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, Donia a prononcé un discours dans lequel elle a appelé les filles qui manquent de confiance en elles, que ce soit à cause de leur sexe, de leur couleur de peau ou de la ville où elles sont nées, à continuer de se battre.

« Montrez à notre pays et au monde entier que les filles de Haute-Égypte sont capables de travailler et de faire carrière. Montrez-leur qu’il n’y a rien que nous ne soyons capables d’accomplir. »

En savoir plus sur le travail réalisé par l’UNICEF Égypte en faveur du développement des adolescents