A Madagascar, des enseignants utilisent les données pour améliorer l’enseignement

Le programme de formation Data Must Speak (Les données doivent parler) aide les enseignants à utiliser les données scolaires pour évaluer leurs performances et demander des ressources.

Par Darafify Ralaivao
 Des enseignants assis en classe, Madagascar
UNICEF Madagascar/2018/Ralaivao

21 janvier 2019

AMBALATENINA, Madagascar – Il faut une journée de marche pour atteindre Ambalatenina, un village paisible situé dans une région reculée dans l’est de Madagascar. Encerclé par des montagnes recouvertes de bambous et de palmiers luxuriants, Ambalatenina est relié à la ville la plus proche par un simple chemin poussiéreux. Ce village de quelque 450 habitants vit de la riziculture ou de l’exploitation des mines aurifères des alentours. Les villageois vivent dans des huttes en feuilles de palmier et bambou.

Officiellement, 113 élèves âgés de 6 à 13 ans sont inscrits à l’école primaire d’Ambalatenina, également construite à partir de matériaux de la forêt. En réalité, ils sont beaucoup moins nombreux à aller à l’école. Dans cette région pauvre et rurale, les villageois ont besoin de la participation de tous les membres de la famille pour survivre et les enfants sont souvent occupés au champ ou à la mine. Mais l’école ne manque pas seulement d’élèves, elle lutte aussi pour trouver des fournitures et du personnel qualifié.

Melene, 11 ans, vit à Ambalatenina. « L’année dernière, on était très nombreux à devoir s’asseoir par terre, parce qu’il n’y avait pas assez de chaises et de tables dans notre classe », explique-t-elle. « C’était très fatigant. J’avais mal au dos à chaque fois que j’allais à l’école. »

Une fille assise à une table, Madagascar
UNICEF Madagascar/2018/Ralaivao
Melene Miasa est en 5e année à l’école primaire publique de Maromitety, à Madagascar. L’année dernière, elle devait s’asseoir par terre, parce que l’école n’avait pas assez de chaises.
Combler les lacunes

Benedicte Rasoa, 23 ans, est l’enseignante de Melene. Benedicte a commencé à travailler dans cette école primaire en 2016, après l’obtention de son diplôme de deuxième cycle du secondaire. Ce diplôme lui vaut d’être la plus qualifiée des trois enseignants de l’établissement. Elle a été promue directrice de l’école en moins d’un an.

La jeune femme adore son travail et les enfants, mais elle n’était pas prête à diriger un établissement. « Je n’ai pas encore l’expérience et les compétences nécessaires », affirme-t-elle. « Je ne sais pas comment faire pour garantir que les élèves apprennent dans un environnement sûr et reçoivent un enseignement de qualité. »

Peu de temps après avoir investi son nouveau rôle, Benedicte s’est inscrite à la formation « Data Must Speak » (Les données doivent parler) de l’UNICEF. Cette formation, qui s’inscrit dans le cadre des objectifs de développement durable et de l’approche « École amie des enfants », s’appuie sur la production de données pour susciter des changements dans des écoles comme celle de Melene et de Benedicte. Elle met l’accent sur les initiatives locales en faveur du développement du système éducatif, sur l’implication de la communauté dans la direction de l’école, et sur le recueil et l’analyse de données basées sur les droits de l’enfant.

 

L’UNICEF a mis en œuvre ce programme de formation dans cinq régions de Madagascar, répondant aux besoins de 5 778 directeurs d’école. Le programme devrait être déployé dans deux régions supplémentaires en janvier 2019. Ces formations visent à encourager les autorités régionales à allouer des ressources aux établissements scolaires et à donner aux communautés les moyens d’influer sur la qualité de l’enseignement fourni à leurs enfants.

 

« L’année dernière, on était très nombreux à devoir s’asseoir par terre, parce qu’il n’y avait pas assez de chaises et de tables dans notre classe. »

Melene, 11
Tirer parti des faiblesses

Durant les six jours de cette formation pratique et intense, Benedicte a appris à évaluer les performances de son établissement et à identifier les points faibles de l’environnement d’apprentissage des élèves. Elle s’est familiarisée avec les principaux indicateurs utilisés dans l’éducation, tels que le pourcentage de filles inscrites, le taux d’inscription net et le taux de décrochage, et a appris à les analyser afin de mettre le doigt sur les problèmes de son école. L’autorité régionale chargée de l’éducation fournit à chaque établissement un tableau de bord axé sur des données qui lui permet de consigner ses performances, un outil que Benedicte peut désormais manier avec assurance. Pendant la formation, elle a même présenté le plan qu’elle avait en tête pour le développement de son établissement.

« La formation m’a aidée à assumer mes nouvelles responsabilités. J’ai appris à gérer les données de l’école et à surveiller les indicateurs. Cela m’aide à prendre des décisions », explique Benedicte.

Chaque jour, la jeune femme utilise ses nouvelles compétences pour suivre de près l’expérience de ses élèves : combien d’élèves décrochent ? Combien redoublent ? Combien disposent des fournitures dont ils ont besoin ?

Ces informations ont permis à l’association des parents d’élèves et de la communauté locale de prendre conscience de plusieurs problèmes au sein de l’école. L’association a ainsi décidé d’augmenter le nombre de tables et de chaises dans les salles de classe, de cimenter le sol humide et de construire un toit au-dessus des toilettes. Ces mesures ont amélioré le confort et la sécurité au sein de l’école, ce qui permet aux enfants de jouir d’un meilleur environnement d’apprentissage et de se concentrer davantage sur leurs études.

Une enseignante montre à une élève un tableau de bord axé sur des données, Madagascar
UNICEF Madagascar/2018/Ralaivao
Une enseignante montre à une élève les indicateurs utilisés dans le tableau de bord du profil de l’établissement.
Des effets considérables

Benedicte est résolue à aider davantage d’enfants à poursuivre leur scolarité, à l’écart des champs et des mines.  Elle se réunit régulièrement avec le conseiller chargé du suivi du programme et présente tous les mois les résultats de l’école à l’association des parents d’élèves et de la communauté, à qui elle n’hésite plus à présenter de nouveaux projets et objectifs.

Ses efforts ont déjà été récompensés. Aujourd’hui, 70 % des élèves peuvent s’asseoir en classe, alors qu’ils n’étaient que 30 % il n’y a pas si longtemps. En plus de cela, Benedicte met un point d’honneur à prendre en compte les besoins des filles et à s’assurer qu’elles jouissent des mêmes conditions d’apprentissage que les garçons. Les enfants des deux sexes reçoivent désormais du matériel de sport, par exemple. Le taux de scolarisation des filles est ainsi passé de 75 % à 90 % depuis la fin de sa formation.

Les efforts d’enseignants comme Benedicte ont aussi pour effet d’informer les communautés des performances de chaque établissement, ce qui permet aux familles de se tourner vers les administrations scolaires pour s’assurer qu’elles répondent aux besoins de leurs enfants.

Melene est heureuse des nouvelles améliorations apportées à son établissement. « J’ai une chaise et une table, et je peux protéger mon cahier de la poussière », se réjouit-elle. « Mon enseignante m’a dit que j’avais une des plus belles écritures de la classe maintenant. Je suis très heureuse. »