L’initiative Petites subventions donne vie à de nouvelles idées dans l’est de l’Ukraine

Dans l’est de l’Ukraine, enfants et adolescents ne manquent pas d’idées pour améliorer leurs conditions de vie

Par Chris Schuepp
UNICEF Ukraine/2016/Schuepp
09 novembre 2016

SLOVIANSK, Ukraine, 9 novembre 2016 – Oleksiy et Karyna, 14 ans, ainsi que Tetiana, 28 ans, habitent à Rodynske, une petite ville de l’oblast de Donetsk qui compte environ 10 000 habitants, dont 3 500 enfants et adolescents, située près de Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine. Malgré sa taille, cette ville dispose d’un nombre très limité d’installations sportives.

« En fait, nous avons bien des installations sportives, mais elles sont payantes », explique Oleksiy. « Bien qu’elles appartiennent à l’administration locale, il faut payer pour pouvoir les utiliser. Jouer au football coûte 20 hryvnias de l’heure à chaque participant. Pour le gymnase, il faut compter 150 hryvnias par mois. »

Les parents d’Oleksiy lui donnent environ 300 hryvnias d’argent de poche par mois, mais il utilise surtout cette somme pour s’acheter à manger à la cafétéria de l’école. « Il ne me reste donc pas assez pour le sport », conclut-il.

Alors quand le centre dédié aux jeunes Teplitsya de Sloviansk, soutenu par l’UNICEF, a lancé l’initiative Petites subventions pour demander aux jeunes de l’est de l’Ukraine de présenter des idées de projets, Oleksiy et ses amis ont sauté sur l’occasion. Le centre Teplitsya a organisé des formations sur la manière de formuler une proposition, et en quelques semaines, il a reçu près de 30 projets imaginés par des jeunes, dont celui d’Oleksiy, Karyna et Tetiana : un nouveau parcours de santé dans le jardin public de la ville.

« Tout ce que nous demandons, c’est environ 15 000 hryvnias pour acheter le matériel nécessaire à la mise en place du parcours de santé. Nous suivrons un cours sur le travail du métal, puis nous construirons le parcours de nos propres mains », expliquent-ils.

UNICEF Ukraine/2016/Schuepp

Tetiana, Karyna et Oleksiy à l’extérieur du centre dédié aux jeunes Teplitsya de Sloviansk, dans l’est de l’Ukraine. Leur idée de parcours de santé dans le jardin public de leur ville a été sélectionnée par l’initiative Petites subventions, dans le cadre de laquelle ils ont reçu une subvention.

Rapprocher les communautés

L’organisatrice de leur groupe était Tetiana, une ancienne journaliste originaire de Donetsk déplacée par le conflit qui secoue actuellement le pays. Dans de nombreuses villes de l’est de l’Ukraine, ce sont les enfants déplacés qui apportent de nouvelles idées et des approches innovantes sur l’engagement des jeunes et sur la société civile en général. Ils considèrent souvent ces idées comme un moyen de s’ancrer dans leur communauté d’accueil et de « donner quelque chose en retour », comme l’a déclaré Tetiana lors d’une visite à Teplitsya où, avec son groupe, elle a présenté son projet au comité Petites subventions.

À l’issue du processus de sélection, le centre dédié aux jeunes Teplitsya a décidé de soutenir huit projets : quatre à Sloviansk, deux à Lyman, un à Dobropillia et un à Rodynske. Tetiana, Oleksiy et Karyna étaient aux anges : leur proposition avait été retenue.

« Le comité qui a pris la décision du financement était un comité local », déclare Yana Pomelnykova, coordinatrice de l’initiative Petites subventions au centre Teplitsya. « Le comité comptait deux personnes appartenant à notre centre, l’adjoint au maire de Sloviansk et un représentant de l’administration régionale qui travaille sur les questions de la jeunesse et des sports. »

Le représentant local de l’UNICEF à Kramatorsk faisait également partie du comité, qui comptait bien entendu aussi deux jeunes. « Le processus doit inclure des gens de divers horizons et prendre différents points de vue en compte », explique Yana Pomelnykova. « Nous sommes vraiment satisfaits des huit projets sélectionnés, qui vont maintenant bénéficier du financement qui leur est nécessaire. »

Avec le développement du réseau des centres dédiés aux jeunes dans l’est de l’Ukraine, des compétitions permettant d’obtenir de petites subventions auront également lieu prochainement à Marioupol, Volnovakha, Dobropillia et Kharkiv. Le financement maximum par projet est de 1000 dollars américains, et l’initiative Petites subventions dispose d’une enveloppe totale de 250 000 dollars grâce au soutien financier apporté par le Gouvernement allemand par l’intermédiaire de la KfW (Kreditanstalt für Wiederaufbau). Soutenue par l’UNICEF Ukraine, l’ONG Slavic Heart mène elle aussi un projet similaire à Sviatohirsk et a récemment approuvé cinq projets dirigés par des jeunes.

UNICEF Ukraine/2016/Schuepp

Olexandra et Danylo se tiennent sur l’échiquier extérieur installé à la suite de la proposition qu’ils ont soumise dans le cadre de l’initiative Petites subventions. Il ne reste plus qu’à attendre l’arrivée des pièces pour que les parties commencent.

Jeunesse déconnectée

Dans la ville de Sloviansk, Olexandra, 15 ans, et Danylo, 16 ans, sont confrontés aux mêmes problèmes que les jeunes de Rodynske. Ils représentent une initiative baptisée « Jeunesse déconnectée », qui vise à engager les jeunes dans des activités ne nécessitant pas d’ordinateur. Leur projet consiste à faire construire un échiquier extérieur dans un parc du centre de leur ville et à organiser un grand événement intergénérationnel rassemblant le plus de monde possible.

« Avant, ce parc était un repaire de toxicomanes, mais depuis que des initiatives locales ont permis de le nettoyer, d’y construire une aire de jeux et d’y installer de nouveaux bancs, l’endroit a changé », explique Olexandra.

Et grâce aux efforts assidus de l’initiative « Jeunesse déconnectée », le parc va devenir un endroit encore plus accueillant et permettre à la population locale de se réunir. Comme celle des jeunes de Rodynske, la proposition d’Olexandra et Danylo a été retenue.

« Maintenant, on est en train d’installer notre échiquier ici, avec des bancs, et on espère que plein de monde viendra jouer et discuter ici », déclare Olexandra.

Jeunesse déconnectée est une initiative menée par des jeunes. Son noyau dur se compose de 10 personnes. « Il y a plein d’autres personnes qui nous aident pour nos différents projets, mais c’est toujours le même groupe qui trouve les idées. Chez nous aussi, les jeunes déplacés sont nombreux, mais on ne les considère pas comme des étrangers », ajoute Olexandra. « Ils vivent ici avec nous, veulent aussi améliorer les conditions de vie, alors ils sont comme nous. »